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Tronc Commun · Sciences · Chapitre 7

Les polynômes

Un polynôme, c'est une somme de monômes aₙxⁿ + … + a₁x + a₀ : l'objet central de tout le calcul algébrique. Ce chapitre pose d'abord le vocabulaire (degré, coefficient dominant, terme constant) et la règle d'or de l'identification — deux polynômes sont égaux exactement quand leurs coefficients de même degré coïncident, ce qui permet de trouver des coefficients inconnus par un système. On étudie ensuite les opérations et leur effet sur le degré (deg(PQ) = deg P + deg Q), puis la division euclidienne P = AQ + R avec deg R < deg A. Le cœur du chapitre relie division et racines : le théorème du reste (le reste de la division par x − a vaut P(a)) et le théorème de factorisation (a est racine ⟺ P est divisible par x − a). Vous apprendrez à chercher une racine évidente, à obtenir le quotient par identification ou par le schéma de Horner, puis à factoriser complètement et à résoudre P(x) = 0 grâce à la règle du produit nul. Un polynôme de degré n a au plus n racines réelles distinctes.

1 · Résumé du cours

Les polynômes interviennent dans le calcul littéral, la résolution d'équations et l'étude des fonctions. Ce chapitre apprend à reconnaître un polynôme, à opérer sur ses coefficients, à le diviser et à le factoriser à l'aide de ses racines.

1.1 Vocabulaire et définition

Définition — monôme Un monôme de variable xx est une expression axkax^k avec aRa\in\mathbb{R} et kNk\in\mathbb{N}. Le réel aa est le coefficient et, lorsque a0a\ne0, kk est le degré du monôme.
Définition — polynôme Un polynôme à une variable réelle est une somme finie de monômes. Après réduction et classement selon les puissances décroissantes : P(x)=anxn+an1xn1++a1x+a0(an0).\boxed{P(x)=a_nx^n+a_{n-1}x^{n-1}+\cdots+a_1x+a_0}\quad(a_n\ne0). ana_n est le coefficient dominant, a0a_0 le terme constant, et n=degPn=\deg P le degré.
Propriété — cas particuliers
  • Un polynôme constant non nul est de degré 00.
  • Le polynôme dont tous les coefficients sont nuls est le polynôme nul ; on ne lui attribue pas de degré.
  • Degré 11 : un binôme ax+bax+b (a0a\ne0) ; degré 22 : un trinôme ax2+bx+cax^2+bx+c (a0a\ne0).

Exemple. P(x)=3x5+2x3x+7P(x)=-3x^5+2x^3-x+7 est réduit et ordonné (les coefficients en x4x^4 et x2x^2 sont nuls). Son degré est 55, son coefficient dominant 3-3, son terme constant 77.

Reconnaître ce qui n'est pas un polynôme Dans un polynôme, les exposants de xx sont des entiers naturels. Ainsi x2+3x1x^2+3x-1 est un polynôme, mais 2x+x\dfrac2x+x, x+1\sqrt x+1 et x2+4x^{-2}+4 n'en sont pas.

1.2 Valeur numérique d'un polynôme

Définition La valeur numérique de PP en aRa\in\mathbb{R}, notée P(a)P(a), s'obtient en remplaçant chaque xx par aa.

Exemple. Pour P(x)=2x35x+4P(x)=2x^3-5x+4 : P(2)=2(8)+10+4=2P(-2)=2(-8)+10+4=-2. De plus P(0)=4P(0)=4 : P(0)P(0) est toujours égal au terme constant.

Méthode — calculer P(a)P(a) sans erreur (1) remplacer xx par aa entre parenthèses ; (2) calculer d'abord les puissances ; (3) faire les produits, puis les sommes ; (4) surveiller les signes lorsque a<0a<0.

1.3 Égalité et identification des coefficients

Théorème — égalité de deux polynômes Deux polynômes réduits sont égaux si et seulement si les coefficients des termes de même degré sont égaux : anxn++a0=bnxn++b0    a0=b0, a1=b1, , an=bn.a_nx^n+\cdots+a_0=b_nx^n+\cdots+b_0\iff\boxed{a_0=b_0,\ a_1=b_1,\ \ldots,\ a_n=b_n.} On complète au besoin par des coefficients nuls avant d'identifier.
Méthode — déterminer des coefficients inconnus (1) développer chaque membre ; (2) réduire et ordonner ; (3) identifier les coefficients de même degré ; (4) résoudre le système, puis vérifier.

Exemple. Cherchons a,b,ca,b,c tels que (x2)(ax2+bx+c)=3x3x212x+4(x-2)(ax^2+bx+c)=3x^3-x^2-12x+4. Le développement donne ax3+(b2a)x2+(c2b)x2cax^3+(b-2a)x^2+(c-2b)x-2c, d'où a=3a=3, b=5b=5, c=2c=-2 (la troisième égalité c2b=12c-2b=-12 est bien vérifiée). Donc (a,b,c)=(3,5,2).\boxed{(a,b,c)=(3,5,-2).}

Contrôle de cohérence Quand il y a plus d'équations que d'inconnues, les égalités en trop servent à vérifier. Si l'une n'est pas satisfaite, l'égalité demandée est impossible.

1.4 Opérations sur les polynômes

Propriété — somme, différence, produit Pour P,QP,Q non nuls :
  • deg(P+Q)max(degP,degQ)\deg(P+Q)\le\max(\deg P,\deg Q) et de même pour PQP-Q ;
  • deg(PQ)=degP+degQ\boxed{\deg(PQ)=\deg P+\deg Q} ;
  • pour tout kNk\in\mathbb{N}, deg(Pk)=kdegP\deg(P^k)=k\deg P.
Pourquoi le degré d'une somme peut-il diminuer ? Les termes de plus haut degré peuvent s'annuler : (3x4+x)(3x42x2)=2x2+x(3x^4+x)-(3x^4-2x^2)=2x^2+x est de degré 22 alors que les deux polynômes sont de degré 44. Dans un produit de polynômes non nuls, en revanche, les degrés s'ajoutent toujours.

Exemple. Pour P(x)=2x23x+1P(x)=2x^2-3x+1 et Q(x)=x2+x4Q(x)=x^2+x-4 : P+Q=3x22x3P+Q=3x^2-2x-3, PQ=x24x+5P-Q=x^2-4x+5, et PQ=2x4x310x2+13x4PQ=2x^4-x^3-10x^2+13x-4 (degré 44, coefficient dominant 2×1=22\times1=2).

1.5 Division euclidienne

Théorème — division euclidienne des polynômes Pour PP et AA polynômes, A0A\ne0, il existe un unique couple (Q,R)(Q,R) tel que P(x)=A(x)Q(x)+R(x)\boxed{P(x)=A(x)Q(x)+R(x)} avec R=0R=0 ou degR<degA\deg R<\deg A. PP est le dividende, AA le diviseur, QQ le quotient, RR le reste.
Méthode — poser une division euclidienne (1) réduire et ordonner dividende et diviseur ; (2) compléter les puissances manquantes par des 00 ; (3) diviser le terme dominant du dividende par celui du diviseur ; (4) multiplier le diviseur par ce terme, puis soustraire ; (5) recommencer tant que le reste provisoire a un degré \ge celui du diviseur.

Exemple. Division de P(x)=2x3+3x25x+1P(x)=2x^3+3x^2-5x+1 par A(x)=x2+x2A(x)=x^2+x-2 : le quotient est 2x+12x+1, le reste 2x+3-2x+3, soit P(x)=(x2+x2)(2x+1)+(2x+3).\boxed{P(x)=(x^2+x-2)(2x+1)+(-2x+3).}

Définition — divisibilité PP est divisible par AA lorsque le reste de la division euclidienne de PP par AA est nul ; il existe alors QQ tel que P(x)=A(x)Q(x)P(x)=A(x)Q(x).

1.6 Division par xax-a et théorème du reste

Théorème — théorème du reste La division de PP par xax-a s'écrit P(x)=(xa)Q(x)+rP(x)=(x-a)Q(x)+r avec rr constant. En posant x=ax=a, on obtient P(a)=rP(a)=r, donc P(x)=(xa)Q(x)+P(a).\boxed{P(x)=(x-a)Q(x)+P(a).}

Exemple. Le reste de la division de P(x)=x43x2+2x5P(x)=x^4-3x^2+2x-5 par x2x-2 est P(2)=1612+45=3P(2)=16-12+4-5=3. Inutile de poser toute la division si l'on ne veut que le reste.

1.7 Racines et factorisation

Définition Un réel aa est une racine (ou un zéro) de PP si P(a)=0.\boxed{P(a)=0.}
Théorème — théorème de factorisation Pour tout réel aa, P(a)=0    P(x)=(xa)Q(x)\boxed{P(a)=0\iff P(x)=(x-a)Q(x)} pour un certain polynôme QQ. Ainsi aa est racine de PP si et seulement si PP est divisible par xax-a. Si P0P\ne0, alors degQ=degP1\deg Q=\deg P-1.
Propriété — nombre de racines Un polynôme non nul de degré nn possède au plus nn racines réelles distinctes. En particulier, un polynôme de degré n\le n qui s'annule en plus de nn valeurs distinctes est le polynôme nul.
Méthode — chercher puis exploiter une racine Pour factoriser un polynôme de degré 3\ge3 : (1) tester des valeurs simples 0,1,1,2,20,1,-1,2,-2 ; (2) dès que P(a)=0P(a)=0, écrire P(x)=(xa)Q(x)P(x)=(x-a)Q(x) ; (3) déterminer QQ (identification, division ou Horner) ; (4) factoriser QQ si possible ; (5) vérifier en développant.

Exemple. Pour P(x)=x34x2+x+6P(x)=x^3-4x^2+x+6 : P(2)=0P(2)=0, donc P(x)=(x2)(x22x3)=(x2)(x3)(x+1)P(x)=(x-2)(x^2-2x-3)=(x-2)(x-3)(x+1). Les racines sont 1,2,3-1,2,3.

1.8 Méthode de Horner

Méthode — schéma de Horner Le schéma de Horner calcule à la fois P(a)P(a) et le quotient de la division de PP par xax-a. Pour P(x)=bnxn++b0P(x)=b_nx^n+\cdots+b_0 : (1) écrire tous les coefficients, y compris les nuls ; (2) abaisser le premier ; (3) le multiplier par aa et l'ajouter au coefficient suivant ; (4) répéter jusqu'au terme constant ; (5) le dernier nombre est P(a)P(a), les précédents sont les coefficients du quotient.

Exemple. Division de P(x)=x34x2+x+6P(x)=x^3-4x^2+x+6 par x2x-2, avec a=2a=2 et coefficients 1,4,1,61,-4,1,6 : 214162461230\begin{array}{c|rrrr}2&1&-4&1&6\\&&2&-4&-6\\\hline&1&-2&-3&0\end{array} La dernière valeur 0=P(2)0=P(2) : 22 est racine. Le quotient est Q(x)=x22x3Q(x)=x^2-2x-3, donc P(x)=(x2)(x22x3)P(x)=(x-2)(x^2-2x-3).

Ne pas oublier les coefficients nuls Pour appliquer Horner à P(x)=2x43x+1P(x)=2x^4-3x+1, la liste est 2, 0, 0, 3, 12,\ 0,\ 0,\ -3,\ 1. Oublier les zéros de x3x^3 et x2x^2 décale tous les calculs et donne un quotient faux.

1.9 Résoudre une équation polynomiale factorisée

Propriété — règle du produit nul Pour des expressions réelles A1(x),,Ak(x)A_1(x),\ldots,A_k(x) : A1(x)A2(x)Ak(x)=0A_1(x)A_2(x)\cdots A_k(x)=0 si et seulement si au moins l'un des facteurs est nul.
Méthode — résoudre P(x)=0P(x)=0 (1) tout ramener dans un même membre pour obtenir P(x)=0P(x)=0 ; (2) factoriser complètement PP ; (3) appliquer la règle du produit nul ; (4) résoudre chaque équation et réunir les solutions.

Exemple. x34x2+x+6=0x^3-4x^2+x+6=0 se factorise en (x2)(x3)(x+1)=0(x-2)(x-3)(x+1)=0, d'où x=2x=2, x=3x=3 ou x=1x=-1 : S={1,2,3}.\boxed{S=\{-1,2,3\}.}

L'essentiel du chapitre
  • P(x)=anxn++a0P(x)=a_nx^n+\cdots+a_0 avec an0a_n\ne0, degP=n\deg P=n.
  • Deux polynômes sont égaux ssi leurs coefficients de même degré le sont.
  • deg(PQ)=degP+degQ\deg(PQ)=\deg P+\deg Q ; le degré d'une somme peut diminuer.
  • Division euclidienne : P=AQ+RP=AQ+R avec R=0R=0 ou degR<degA\deg R<\deg A.
  • Le reste de la division de PP par xax-a est P(a)P(a).
  • aa racine de P    PP\iff P divisible par xax-a.
  • Degré nn \Rightarrow au plus nn racines réelles distinctes.
  • Après factorisation, P(x)=0P(x)=0 se résout avec la règle du produit nul.

2 · Exercices résolus

Racine · factorisation

Exercice 1

Soit P(x)=2x3+x213x+6P(x)=2x^3+x^2-13x+6. Vérifier que 22 est racine de PP, puis factoriser complètement PP.

Voir la correction

1. P(2)=2×8+426+6=0P(2)=2\times8+4-26+6=0. Donc 22 est racine et PP est divisible par x2x-2.

2. On écrit P(x)=(x2)(ax2+bx+c)=ax3+(b2a)x2+(c2b)x2cP(x)=(x-2)(ax^2+bx+c)=ax^3+(b-2a)x^2+(c-2b)x-2c. Par identification avec 2x3+x213x+62x^3+x^2-13x+6 : a=2a=2, b2a=1b=5b-2a=1\Rightarrow b=5, 2c=6c=3-2c=6\Rightarrow c=-3, et c2b=310=13c-2b=-3-10=-13 (vérifié). Donc P(x)=(x2)(2x2+5x3)P(x)=(x-2)(2x^2+5x-3).

3. 2x2+5x3=2x2+6xx3=2x(x+3)(x+3)=(2x1)(x+3)2x^2+5x-3=2x^2+6x-x-3=2x(x+3)-(x+3)=(2x-1)(x+3). Ainsi P(x)=(x2)(2x1)(x+3).\boxed{P(x)=(x-2)(2x-1)(x+3).}

4. Contrôle : produit des dominants 1×2×1=21\times2\times1=2 ; terme constant (2)(1)(3)=6(-2)(-1)(3)=6. Cohérent. \blacksquare

Paramètre

Exercice 2

Déterminer mm pour que 1-1 soit racine de P(x)=x3+mx2x+3P(x)=x^3+mx^2-x+3.

Voir la correction

1-1 est racine     P(1)=0\iff P(-1)=0. Or P(1)=(1)3+m(1)2(1)+3=1+m+1+3=m+3.P(-1)=(-1)^3+m(-1)^2-(-1)+3=-1+m+1+3=m+3.

Donc P(1)=0    m+3=0    m=3P(-1)=0\iff m+3=0\iff\boxed{m=-3}.

Vérification : pour m=3m=-3, P(x)=x33x2x+3=x2(x3)(x3)=(x21)(x3)=(x1)(x+1)(x3)P(x)=x^3-3x^2-x+3=x^2(x-3)-(x-3)=(x^2-1)(x-3)=(x-1)(x+1)(x-3). Le facteur x+1x+1 apparaît : 1-1 est bien racine. \blacksquare

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