Le produit vectoriel complète la boîte à outils de la géométrie dans l'espace en fournissant un vecteur orthogonal à deux vecteurs donnés. Ce cours en présente la définition, les propriétés (antisymétrie, produit nul en cas de colinéarité) et les applications : calcul de l'aire d'un parallélogramme ou d'un triangle, détermination d'un vecteur normal, distance d'un point à une droite. En PC/SVT, il s'articule avec le produit scalaire dans l'exercice de géométrie spatiale. Le cours met en avant un critère très pratique : deux vecteurs sont colinéaires si et seulement si leur produit vectoriel est nul — le test d'alignement le plus rapide qui soit.
1 · Résumé du cours
Le produit scalaire du chapitre précédent associait à deux vecteurs un nombre. Le produit vectoriel, lui, leur associe un vecteur — et pas n'importe lequel : un vecteur orthogonal aux deux. C'est exactement l'outil qui manquait pour construire un vecteur normal à un plan (au lieu de le deviner), calculer des aires, tester l'alignement de trois points ou mesurer la distance d'un point à une droite. On travaille dans un repère orthonormé direct(O;,,k).
1.1 Orientation de l'espace
Trièdre & orientation
Un trièdre(u,v,w) est la donnée de trois vecteurs non coplanaires, pris dans cet ordre. Il est dit direct s'il respecte la règle de la main droite : le pouce suivant u, l'index suivant v, le majeur donne le sens de w. Sinon il est indirect.
L'ordre change tout
Si (u,v,w) est direct, alors (v,u,w) est indirect : échanger deux vecteurs inverse l'orientation. C'est la raison profonde pour laquelle le produit vectoriel n'est pas commutatif.
1.2 Définition du produit vectoriel
Définition
Le produit vectoriel de u par v, noté u∧v, est le vecteur défini par :
si u et v sont colinéaires : u∧v=0 ;
sinon, c'est l'unique vecteur orthogonal à u et à v, de norme ∥u∧v∥=∥u∥∥v∥∣sinθ∣, tel que le trièdre (u,v,u∧v) soit direct.
∥u∧v∥ est l'aire du parallélogramme construit sur u et v ; le vecteur u∧v est orthogonal au plan(u,v), et son sens est fixé par la règle de la main droite.
Scalaire ou vectoriel : ne pas confondreu⋅v est un nombre, avec un cos ; il est nul quand les vecteurs sont orthogonaux. u∧v est un vecteur, avec un sin ; il est nul quand les vecteurs sont colinéaires. Les deux se complètent : l'un détecte la perpendicularité, l'autre la colinéarité.
1.3 Norme et aire
Aire∥u∧v∥=aire du paralleˊlogramme construit sur u et v.
Par conséquent, pour trois points A, B, C :
A(ABC)=21AB∧AC.
Pourquoi l'aire, et pourquoi la moitié
L'aire d'un parallélogramme est « base × hauteur ». Avec u pour base, la hauteur vaut ∥v∥sinθ — d'où ∥u∥∥v∥sinθ=∥u∧v∥. Et un triangle est la moitié d'un parallélogramme : d'où le 21.
1.4 Colinéarité et alignement
Test de colinéaritéu∧v=0⟺u et v sont colineˊaires.
Donc trois points A, B, C sont alignés si et seulement si AB∧AC=0. C'est cohérent avec l'aire : trois points alignés forment un triangle « aplati » d'aire nulle.
1.5 Propriétés algébriques
Règles de calculv∧u=−(u∧v)(antisymeˊtrie),u∧u=0,u∧(v+w)=u∧v+u∧w,(ku)∧v=k(u∧v).
Les deux pièges
Le produit vectoriel n'est pas commutatif(v∧u=−u∧v) : inverser l'ordre change le sens du vecteur (mais pas sa norme, donc pas l'aire). Il n'est pas non plus associatif : en général (u∧v)∧w=u∧(v∧w). Ne transposez pas vos réflexes du produit scalaire, qui est symétrique.
1.6 Expression analytique
Coordonnées
Dans un repère orthonormé direct, pour u(x;y;z) et v(x′;y′;z′) :
u∧v=(yz′−zy′;zx′−xz′;xy′−yx′).
Attention à la 2ᵉ composante
La deuxième composante est zx′−xz′, et nonxz′−zx′ : le schéma « en croix » s'inverse sur cette ligne. Après tout calcul de w=u∧v, une vérification infaillible : les deux produits scalaires w⋅u=0 et w⋅v=0. Si l'un n'est pas nul, il y a une erreur.
1.7 Applications
Trois outils clés
Vecteur normal à un plan (ABC) : n=AB∧AC, puis on écrit ax+by+cz+d=0 et on trouve d avec A.
Intersection de deux plans non parallèles(P), (P′) : leur droite commune a pour vecteur directeur u=n∧n′ (orthogonal aux deux normaux).
Distance d'un point M à une droite(D) passant par A, de vecteur directeur u : d(M,(D))=∥u∥AM∧u (aire du parallélogramme divisée par la base).
2 · Feuille de route
1
Orientation
Trièdre direct, règle de la main droite.
2
Définition & propriétés
Antisymétrie, colinéarité, non-associativité.
3
Coordonnées
Calcul analytique + vérification par ⋅.
4
Aires
Parallélogramme, triangle, alignement.
5
Vecteur normal & plans
Plan par 3 points, intersection de deux plans.
6
Distance point–droite
Formule de l'aire divisée par la base.
3 · Exercices choisis
Calcul + vérification
Exercice 1
Soient u(1;2;−1) et v(3;0;2). Calculer u∧v et vérifier le résultat.
Voir la correction
Composante par composante :
u∧v=(2⋅2−(−1)⋅0;(−1)⋅3−1⋅2;1⋅0−2⋅3)=(4;−5;−6).
Vérification : w⋅u=4−10+6=0 ✓ et w⋅v=12−0−12=0 ✓. Le vecteur est bien orthogonal aux deux : le calcul est juste.
Colinéarité
Exercice 2
Les vecteurs u(1;−1;2) et v(2;−2;4) sont-ils colinéaires ?
Le produit vectoriel est nul : les vecteurs sont colinéaires (on retrouve v=2u).
Plan + aire
Exercice 3
Soient A(1;0;0), B(0;2;0), C(0;0;3). Montrer que A, B, C ne sont pas alignés, déterminer une équation du plan (ABC), puis calculer l'aire du triangle ABC.
Vérif. : u⋅n=2−5+3=0 ✓ et u⋅n′=4+5−9=0 ✓. Le vecteur u(2;−5;−3) dirige la droite d'intersection.
Distance point–droite
Exercice 5
Calculer la distance de M(3;4;4) à la droite (D) passant par A(1;2;0), de vecteur directeur u(2;1;2).
Voir la correction
AM(2;2;4), donc AM∧u=(2⋅2−4⋅1;4⋅2−2⋅2;2⋅1−2⋅2)=(0;4;−2).
AM∧u=0+16+4=25 et ∥u∥=4+1+4=3.
d(M,(D))=325≈1,49.
Besoin de plus d'exercices, avec un accompagnement pas à pas ? Demande à ton professeur en cours.
4 · Astuces & pièges à éviter
Astuce Trois points ⇒ vecteur normal =AB∧AC ; deux plans ⇒ vecteur directeur =n∧n′. C'est ce que le chapitre du produit scalaire ne savait pas construire.
Astuceu∧v=0 est un test rapide de colinéarité (donc d'alignement de trois points), tout comme u⋅v=0 teste l'orthogonalité.
Piège Le produit vectoriel n'est pas commutatif(v∧u=−u∧v) ni associatif : l'ordre et les parenthèses comptent.
Piège Ne pas confondre : u⋅v est un nombre (scalaire, cos), u∧v est un vecteur (sin). Et surveille le signe de la deuxième composante : zx′−xz′.