Le chapitre des suites en Sciences Mathématiques dépasse le cadre de l'analyse courante. Ce cours aborde, au-delà de la monotonie et des limites de référence, les suites adjacentes, les suites définies par uₙ₊₁ = f(uₙ) avec une fonction contractante, et la démonstration rigoureuse par récurrence. Vous y travaillerez la rédaction attendue en SM : encadrer pour conclure, justifier chaque passage à la limite, prouver la convergence avant de calculer la limite. L'exercice de suites, fréquent dans les examens nationaux, exige une rédaction irréprochable autant qu'un calcul juste. Le cours met l'accent sur cette rigueur de raisonnement propre à la filière.
1 · Résumé du cours
Une suite n'est qu'une fonction dont la variable est un entier : tout le chapitre des limites s'applique encore. Ce qui change, c'est la façon de raisonner — on ne calcule pas toujours la limite, on la prouve par comparaison ou par monotonie, souvent par récurrence.
1.1 Qu'est-ce qu'une suite ?
Définition
Une suite numérique(un) associe à tout entier n un réel un. Elle peut être définie :
explicitement : un=f(n) — on calcule un directement ;
par récurrence : u0 donné et un+1=f(un) — il faut connaître un pour obtenir un+1.
1.2 Les deux suites de référence
Arithmétique & géométrique
Arithmétique de raison r : un+1=un+r, d'où un=u0+nr=up+(n−p)r.
Géométrique de raison q : un+1=qun, d'où un=u0qn=upqn−p.
1.3 Sommes de termes consécutifs
Formules
Pour une somme de up à un (soit n−p+1 termes) :
arithmeˊtique :k=p∑nuk=(n−p+1)2up+un=(nb termes)×2premier+dernier.geˊomeˊtrique (q=1):k=p∑nuk=up1−q1−qn−p+1=(premier)×1−q1−qnb termes.
En particulier k=1∑nk=2n(n+1) et k=0∑nqk=1−q1−qn+1.
Compter les termes
Le piège classique : le nombre de termes de up+⋯+un est n−p+1 (et nonn−p). Une fois ce compte fait : « nombre de termes × moyenne des extrêmes » (arithmétique), « premier ×1−q1−qnb » (géométrique).
1.4 Monotonie & suites bornées
Définitions
Croissante si un+1≥un pour tout n ; décroissante si un+1≤un.
Majorée s'il existe M tel que un≤M ; minorée s'il existe m tel que un≥m.
Bornée si elle est majorée et minorée.
Étudier la monotonie
Trois techniques selon la forme de un : ① signe de un+1−un (la plus courante) ; ② si un>0, comparer le quotient unun+1 à 1 ; ③ si un=f(n), étudier les variations de f sur [0,+∞[.
1.5 Suite convergente, suite divergente
Définitions intuitives
(un)converge vers ℓ si un devient aussi proche que l'on veut de ℓ dès que n est assez grand : n→+∞limun=ℓ.
(un)diverge vers +∞ si un dépasse tout réel dès que n est assez grand.
Divergente ne veut pas dire « infinie »
Une suite est divergente dès qu'elle ne converge pas. Deux cas très différents : elle tend vers ±∞ (ex. un=n2) ; ou elle n'a aucune limite — un=(−1)n oscille entre −1 et 1 sans se stabiliser, tout en étant bornée. Retenez : bornée n'implique pas convergente.
1.6 La définition formelle : le langage des « ε »
Limite finie, version rigoureusen→+∞limun=ℓ⟺(∀ε>0)(∃N∈N)(∀n∈N)n≥N⟹∣un−ℓ∣<ε.
Quelle que soit la bande ]ℓ−ε,ℓ+ε[ choisie autour de ℓ, tous les termes y entrent à partir d'un certain rang N — et n'en ressortent plus.
Le rang N dépend de ε
L'ordre des quantificateurs est tout : ε est donné d'abord, N construit ensuite en fonction deε. Méthode : on résout l'inéquation ∣un−ℓ∣<ε d'inconnue n, et on prend N=⌊valeur⌋+1.
1.7 Unicité de la limite
Propriété
Si une suite converge, sa limite est unique. De plus, toute suite convergente est bornée (la réciproque étant fausse).
Les F.I. : rien de nouveau
Les opérations sur les limites de suites sont exactement celles des fonctions, et les quatre F.I. sont les mêmes : ∞∞,00,∞−∞,0×∞. Les méthodes du chapitre 1 s'appliquent telles quelles : factoriser par le terme dominant, quantité conjuguée.
1.9 Critères de convergence
Le cœur du chapitre : ces théorèmes permettent de prouver qu'une limite existe, même sans savoir la calculer.
Théorème des gendarmes
Si, à partir d'un certain rang, un≤vn≤wn et limun=limwn=ℓ, alors (vn)converge et limvn=ℓ.
Déclencheur : un sinn ou cosn ? On ne sait pas le calculer, mais −1≤sinn≤1 — point de départ de l'encadrement.
Divergence par comparaison
À partir d'un certain rang : si un≥vn et limvn=+∞, alors limun=+∞ ; si un≤vn et limvn=−∞, alors limun=−∞. « Plus grand que l'infini ⇒ infini. »
Convergence monotone
Toute suite croissante et majorée converge ; toute suite décroissante et minorée converge. Toute suite croissante non majorée tend vers +∞.
Ce que le théorème ne dit PAS
Il prouve que la limite existe, mais ne la donne pas. Et ℓ n'est pas forcément égale au majorant M : on sait seulement ℓ≤M.
1.10 Suites adjacentes
Définition(un) et (vn) sont adjacentes si l'une est croissante, l'autre décroissante, et n→+∞lim(vn−un)=0.
Théorème
Deux suites adjacentes ((un) croissante, (vn) décroissante) convergent vers la même limiteℓ, et pour tout n : un≤ℓ≤vn. Cet encadrement est d'autant plus fin que n est grand — la méthode reine pour approcher un réel qu'on ne sait pas calculer.
1.11 Les suites particulières
Suites un=f(n)
Si x→+∞limf(x)=L, alors n→+∞limf(n)=L. La réciproque est fausse : f(x)=sin(2πx) donne f(n)=0 pour tout entier alors que f n'a pas de limite.
Suites géométriques qnn→+∞limqn=⎩⎨⎧01+∞pas de limitesi ∣q∣<1,si q=1,si q>1,si q≤−1.C'est ∣q∣ qui décide de la convergence vers 0 ; le signe ne fait qu'alterner les termes.
Suites vn=f(un) & récurrentes
Si limun=a et fcontinue en a, alors limf(un)=f(a). Conséquence : si un+1=f(un)converge vers ℓ et f continue en ℓ, alors ℓ est un point fixe : ℓ=f(ℓ).
L'erreur qui coûte tous les points
Ce théorème suppose que la suite converge déjà. Résoudre ℓ=f(ℓ) sans avoir prouvé la convergence donne un candidat, pas une limite. Ordre imposé : ① prouver la convergence (monotone + bornée, par récurrence) ; ② résoudre ℓ=f(ℓ) et écarter les solutions incompatibles.
Lecture graphique d'une suite récurrente : on rebondit entre (Cf) et la droite y=x. L'escalier converge vers le point fixeℓ.
1.12 Suites arithmético-géométriques
Définition(un) est arithmético-géométrique s'il existe a=1 et b tels que un+1=aun+b pour tout n.
La ramener à une suite géométrique (point fixe)① Point fixe : ℓ=aℓ+b, soit ℓ=1−ab. ② Poser vn=un−ℓ : alors vn+1=avn, donc (vn) est géométrique de raison a. ③ D'où un=ℓ+(u0−ℓ)an. ④ Si ∣a∣<1, alors an→0 et un→ℓ.
1.13 Méthode de contraction (approche SM)
Inégalité de contraction
Soit f dérivable sur un intervalle I stable par f, contenant le point fixe ℓ. S'il existe k avec 0≤k<1 tel que ∣f′(x)∣≤k sur I, alors pour un+1=f(un) à valeurs dans I :
∣un+1−ℓ∣≤k∣un−ℓ∣d’ouˋ∣un−ℓ∣≤kn∣u0−ℓ∣.
Comme 0≤k<1, kn→0, donc (un)converge versℓ.
D'où vient l'inégalité
On écrit un+1−ℓ=f(un)−f(ℓ), puis on applique l'inégalité des accroissements finis : ∣f(un)−f(ℓ)∣≤k∣un−ℓ∣. L'erreur est divisée par au moins k1 à chaque rang : convergence géométrique, très rapide.
2 · Feuille de route
L'ordre conseillé pour maîtriser le chapitre.
1
Suites de référence & sommes
Arithmétique / géométrique, formules de somme, compter les termes.
2
Monotonie & bornes
Signe de un+1−un, quotient, variations de f.
3
Limites & définition « ε »
Limites usuelles, F.I. (chapitre 1), démonstration avec le rang N.
Une sélection couvrant chaque compétence clé, avec correction guidée.
Limites · terme dominant & qn
Exercice 1
Calculer n→+∞lim2n2+1n2−n, puis n→+∞lim(31)n.
Voir la correction
a) Forme ∞∞, on factorise par n2 : n2(2+n21)n2(1−n1)=2+n211−n1→21. b) Géométrique de raison 31, ∣31∣<1 donc →0.
Gendarmes · un sinus
Exercice 2
Soit un=nsinn (n≥1). Montrer que (un) converge et donner sa limite.
Voir la correction
On encadre : −1≤sinn≤1. Comme n>0, −n1≤nsinn≤n1. Les deux gendarmes tendent vers 0 ⇒ (encadrement) n→+∞limnsinn=0. ∎
Définition « ε »
Exercice 3
Montrer, avec la définition, que n→+∞limn2n+1=2.
Voir la correction
Soit ε>0. Pour n≥1, n2n+1−2=n1. Or n1<ε⟺n>ε1 : on pose N=⌊ε1⌋+1. Pour tout n≥N, n2n+1−2<ε. ∎
Suite récurrente · récurrence + point fixe
Exercice 4
(un) : u0=1, un+1=un+2. Montrer que 0≤un≤2, que (un) est croissante, puis calculer sa limite.
Voir la correction
Bornée :u0=1∈[0;2]. Si 0≤un≤2 alors 2≤un+2≤4, et par croissance de la racine 2≤un+1≤2 ⇒ 0≤un+1≤2. Croissante :un+12−un2=−(un−2)(un+1)≥0 car (un−2)≤0 et (un+1)>0 ; termes positifs ⇒ un+1≥un. Limite : croissante majorée ⇒ converge vers ℓ ; f(x)=x+2 continue ⇒ ℓ=ℓ+2⇒ℓ2−ℓ−2=0⇒(ℓ−2)(ℓ+1)=0. Comme ℓ≥0, on écarte −1 : limun=2. ∎
Arithmético-géométrique
Exercice 5
u0=5, un+1=21un+3. Exprimer un et calculer sa limite.
Voir la correction
Point fixe : ℓ=21ℓ+3⇒ℓ=6. Posons vn=un−6 : vn+1=21vn, v0=−1, donc vn=−(21)n. Ainsi un=6−(21)n→6 car ∣21∣<1.
Divergence · raisonnement par l'absurde
Exercice 6
Montrer que un=(−1)n n'a pas de limite.
Voir la correction
Supposons un→ℓ et prenons ε=1 : il existe N tel que ∣un−ℓ∣<1 pour n≥N. Avec n pair puis impair : ∣1−ℓ∣<1 et ∣−1−ℓ∣<1. L'inégalité triangulaire donne 2=∣1−(−1)∣≤∣1−ℓ∣+∣ℓ+1∣<2, soit 2<2 : absurde. Donc (un) diverge. ∎
Besoin de plus d'exercices sur un point précis ? Demande à ton professeur en cours.
4 · Astuces & pièges à éviter
Astuce Les F.I. et leurs méthodes sont celles du chapitre 1 : factoriser le terme dominant.
Astuce Un sinn ou cosn ? ⇒gendarmes (−1≤sinn≤1).
Astuce Pour qn, c'est ∣q∣ qui décide : ∣q∣<1⇒0.
AstuceSomme : arithmétique = nb termes × moyenne des extrêmes ; géométrique =up1−q1−qnb.
AstuceArithmético-géo : point fixe ℓ=1−ab, puis vn=un−ℓ est géométrique de raison a.
PiègeBornée = convergente :(−1)n le prouve.
PiègeMonotone + bornée ⇒ convergente : le théorème prouve l'existence, pas la valeur (ℓ≤M, pas ℓ=M).
PiègeSuite récurrente : prouver la convergence d'abord, résoudre ℓ=f(ℓ)ensuite, et écarter les solutions impossibles.
PiègeNombre de termes : de up à un il y en a n−p+1, pas n−p.