L'étude des fonctions en Sciences Mathématiques mobilise des théorèmes que les autres filières n'abordent pas. Ce cours présente la dérivée d'une fonction réciproque, les dérivées successives, la convexité, ainsi que les théorèmes de Rolle et des accroissements finis. Vous apprendrez à vous en servir pour démontrer des inégalités ou établir l'existence de solutions — des usages typiques des sujets d'examen national. Le cours distingue soigneusement ce qui relève de la dérivée première (variations, extremums) et de la dérivée seconde (convexité, points d'inflexion). En SM, l'étude de fonction n'est pas qu'un calcul : c'est un raisonnement structuré que ce chapitre vous apprend à conduire.
1 · Résumé du cours
La dérivation transforme une formule en information sur la courbe. En Sciences Maths, on va plus loin : les théorèmes de Rolle et des accroissements finisfondent l'étude des variations, et la fonction Arctangente enrichit la boîte à outils.
1.1 Nombre dérivé & tangente
Définitionf est dérivable en a si la limite suivante existe et est finie :
f′(a)=h→0limhf(a+h)−f(a)=x→alimx−af(x)−f(a).f′(a) est le coefficient directeur de la tangente en A(a,f(a)) : y=f′(a)(x−a)+f(a).
Demi-tangentes
Si fd′(a)=fg′(a), A est un point anguleux (ex. ∣x∣ en 0, pentes −1 et +1). Si le quotient tend vers ±∞, la courbe admet une tangente verticale en A.
1.2 Approximation affine locale
Propriété
Si f est dérivable en a, alors pour h voisin de 0 :
f(a+h)≈f(a)+hf′(a)
Plus précisément f(a+h)=f(a)+hf′(a)+hε(h) avec limh→0ε(h)=0 : au voisinage de a, on remplace la courbe par sa tangente.
Exemple
Estimons 4,02 avec f(x)=x, a=4, h=0,02 : f′(4)=241=41, donc 4,02≈2+0,02×41=2,005 (exact : 2,00499…, erreur ∼10−5).
1.3 Dérivabilité et continuité
Théorème
Si f est dérivable en a, alors f est continue en a.
La réciproque est faussex↦∣x∣ est continue en 0 sans y être dérivable. Retenez : dérivable ⇒ continue, jamais l'inverse.
Ne jamais oublier le u′((2x+1)3)′=6(2x+1)2, et non3(2x+1)2.
1.5 Dérivée d'une fonction réciproque
Théorème
Soit f continue strictement monotone sur I, bijective de I sur J=f(I). Si f est dérivable en a et f′(a)=0, alors f−1 est dérivable en b=f(a) et
(f−1)′(b)=f′(f−1(b))1=f′(a)1
Pentes inverses
Si la courbe de f a en A une tangente de pente f′(a), la courbe de f−1 a au point symétrique (par rapport à y=x) une tangente de pente f′(a)1. Si f′(a)=0, cette tangente est verticale.
1.6 La fonction Arctangente
Définitiontan est continue strictement croissante sur ]−2π,2π[, à valeurs dans R : c'est une bijection. Sa réciproque est l'Arctangente :
y=Arctanx⟺(x=tanyety∈]−2π,2π[)
définie sur R.
Propriétéstan(Arctanx)=x pour tout x∈R. Arctan est continue, impaire, strictement croissante sur R, et
(Arctanx)′=1+x21,x→+∞limArctanx=2π,x→−∞limArctanx=−2π.
Une dérivée sans racineArctan est la fonction de référence dont la dérivée est 1+x21 — d'où son rôle capital en calcul intégral (primitive de 1+x21). Les droites y=±2π sont deux asymptotes horizontales. Valeurs : Arctan0=0, Arctan1=4π, Arctan3=3π.
1.7 Dérivées successives
Définition
Si f′ est dérivable, sa dérivée est f′′ ; en itérant, on définit la dérivée n-ièmef(n), avec f(0)=f et f(n)=(f(n−1))′. Ex. (ex)(n)=ex ; pour x3 : f′′=6x, f′′′=6, f(4)=0.
1.8 Théorèmes de Rolle et des accroissements finis
Théorème de Rolle
Soit fcontinue sur [a,b], dérivable sur ]a,b[, telle que f(a)=f(b). Alors il existe c∈]a,b[ tel que f′(c)=0.
Lecture géométrique : la courbe part et revient à la même hauteur ⇒ tangente horizontale entre les deux.
Théorème des accroissements finis (T.A.F.)
Soit f continue sur [a,b], dérivable sur ]a,b[. Il existe c∈]a,b[ tel que
f(b)−f(a)=f′(c)(b−a)
Il existe un point où la tangente est parallèle à la corde(AB) : f′(c)=b−af(b)−f(a). Rolle en est le cas particulier (corde horizontale).
Inégalité des accroissements finis
Si m≤f′(x)≤M sur [a,b], alors m(b−a)≤f(b)−f(a)≤M(b−a). En particulier, si ∣f′(x)∣≤k :
∣f(b)−f(a)∣≤k∣b−a∣
Une inégalité déjà rencontrée
C'est l'outil de la méthode de contraction des suites récurrentes (chapitre 2) : ∣f′∣≤k<1⇒∣un+1−ℓ∣≤k∣un−ℓ∣, d'où la convergence.
1.9 Sens de variation & extremums
Théorème
Sur un intervalle I : f′>0⇒f strictement croissante ; f′<0⇒f strictement décroissante ; f′=0⇒f constante. (C'est le T.A.F. qui le démontre : f(y)−f(x)=f′(c)(y−x).)
Extremum
Si f′ s'annule en changeant de signe en a, f admet un extremum local en a. L'annulation seule ne suffit pas : f′(0)=0 pour x3, mais f′=3x2≥0 ne change pas de signe ⇒ aucun extremum.
1.10 Concavité & points d'inflexion
Théorèmef′′≥0⟺ courbe convexe ; f′′≤0⟺ courbe concave. Si f′′ s'annule en changeant de signe en a, I(a,f(a)) est un point d'inflexion : la courbe y traverse sa tangente.
Branches paraboliques
Si lim+∞f=±∞ sans asymptote oblique, on pose L=limxf(x) : L=±∞ (direction (Oy)) ; L=0 (direction (Ox)) ; L=a=0 et f(x)−ax→±∞ (direction y=ax). Direction = asymptote : l'écart f(x)−ax tend vers l'infini.
1.12 Symétries & plan d'étude
Symétriesx=aaxe de symétrie si f(2a−x)=f(x) ; Ω(a,b)centre de symétrie si f(2a−x)+f(x)=2b. Cas particuliers : f paire (axe (Oy)), f impaire (centre O).
Plan d'étude complet① Domaine Df — ② symétries, périodicité — ③ limites ⇒ asymptotes/branches — ④f′ factorisée, signe, tableau de variations — ⑤f′′ : convexité, inflexions — ⑥ points particuliers, tangentes — ⑦ tracé.
1.13 Étude complète : f(x)=x3−3x
SynthèseDomaine :R. Symétrie :f(−x)=−f(x), impaire, centre O. Limites :lim±∞f=±∞ ; xf(x)=x2−3→+∞, branche parabolique de direction (Oy). Variations :f′(x)=3(x−1)(x+1) ; maximum f(−1)=2, minimum f(1)=−2. Convexité :f′′(x)=6x, inflexion en I(0,0). Zéros :−3,0,3.
Courbe de f : maximum (−1,2), minimum (1,−2), inflexion I(0,0), zéros −3,0,3.
Tangente horizontale / parallèle à la corde, inégalité des A.F.
5
Variations, convexité
Signe de f′, extremums, f′′ et inflexions.
6
Asymptotes & étude complète
Branches, symétries, plan d'étude, tracé.
3 · Exercices choisis
Une sélection couvrant chaque compétence clé, avec correction guidée.
Dérivée d'un quotient · tangente
Exercice 1
Soit f(x)=x−1x2−3x sur R∖{1}. Calculer f′, la tangente en 0 et le sens de variation.
Voir la correction
f′(x)=(x−1)2(2x−3)(x−1)−(x2−3x)=(x−1)2x2−2x+3. f(0)=0, f′(0)=3 : tangente y=3x. Le numérateur a Δ=4−12=−8<0 : toujours positif, donc f′>0 ; f croît sur chaque intervalle de son domaine.
T.A.F. · encadrement
Exercice 2
À l'aide du T.A.F. sur [a,b]⊂]0,+∞[, montrer que bb−a≤lnb−lna≤ab−a.
Voir la correction
ln continue sur [a,b], dérivable sur ]a,b[, ln′=x1. Le T.A.F. donne c∈]a,b[ tel que lnb−lna=c1(b−a). Or a<c<b ⇒ b1<c1<a1 ; en multipliant par (b−a)>0 : bb−a≤lnb−lna≤ab−a. ∎
Arctangente · dérivée nulle
Exercice 3
Montrer que Arctanx+Arctanx1=2π pour tout x>0.
Voir la correction
Posons g(x)=Arctanx+Arctanx1 sur ]0,+∞[. Alors g′(x)=1+x21+(−x21)1+x211=1+x21−x2+11=0. Donc g est constante ; en x=1, g(1)=4π+4π=2π. Ainsi g(x)=2π pour tout x>0. ∎
Soit f(x)=x3−3x+1 sur [−2,2] — non, sur [−3,3] où f(−3)=f(3). Montrer que f′ s'annule sur ]−3,3[.
Voir la correction
f est polynomiale donc continue sur [−3,3] et dérivable sur l'ouvert. Et f(−3)=−33+33+1=1=f(3). Le théorème de Rolle assure l'existence de c∈]−3,3[ tel que f′(c)=0. (Ici f′(x)=3x2−3 s'annule en ±1.) ∎
Besoin de plus d'exercices sur un point précis ? Demande à ton professeur en cours.
4 · Astuces & pièges à éviter
AstuceApproximation affine :f(a+h)≈f(a)+hf′(a) — la tangente approche la courbe près de a.
AstuceRolle : même hauteur ⇒ tangente horizontale. T.A.F. : tangente parallèle à la corde.
AstuceArctangente : réciproque de tan, dérivée 1+x21, asymptotes y=±2π.
Astuce Une identité constante ? Montrer que la dérivée est nulle, puis évaluer en un point.
PiègeDérivable ⇒ continue, jamais l'inverse (∣x∣ en 0).
PiègeNe jamais oublier le u′ dans une composée : ((2x+1)3)′=6(2x+1)2.
PiègeExtremum : il faut que f′change de signe, pas seulement s'annule (x3 en 0).
PiègeDirection = asymptote : dans une branche parabolique, l'écart f(x)−ax tend vers l'infini.