En Sciences Mathématiques, ce premier chapitre d'analyse est traité avec toute la rigueur qui caractérise la filière. Le cours revient sur la définition d'une limite, la continuité, l'image d'un intervalle par une fonction continue, le théorème des valeurs intermédiaires et le cas d'une fonction continue strictement monotone, qui réalise une bijection. Vous y apprendrez à justifier proprement l'existence et l'unicité d'une solution d'équation. Dans les sujets d'examen national SM, ces résultats servent de socle à des raisonnements exigeants : une limite ou une continuité mal justifiée fragilise tout un problème. Ce cours en donne les énoncés précis et les conditions d'application.
1 · Résumé du cours
Le chapitre des limites ouvre l'analyse : dérivation, étude de fonctions et primitives en dépendent. L'objectif n'est pas d'apprendre des recettes, mais d'acquérir un réflexe — identifier la forme, puis choisir la méthode.
1.1 Notion de limite
Définition
Soit f une fonction et a un réel.
x→alimf(x)=ℓ : f(x) devient aussi proche que l'on veut de ℓ dès que x est assez proche de a.
x→alimf(x)=+∞ : f(x) dépasse tout réel dès que x est assez proche de a.
x→+∞limf(x)=ℓ : f(x) devient aussi proche que l'on veut de ℓ dès que x est assez grand.
Limites à gauche / à droite :x→a−limf (par valeurs inférieures) et x→a+limf (par valeurs supérieures). La limite en a existe ⟺ ces deux limites existent et sont égales.
Le premier réflexe
Avant tout calcul, remplacez directement — si les fonctions sont continues au point et les opérations définies. Un nombre ? c'est fini. Une forme indéterminée ? c'est un signal : il faut transformer l'expression, ce n'est jamais une réponse.
1.2 La définition formelle : le langage des « ε »
« Aussi proche que l'on veut » est une image ; en Sciences Maths, on doit savoir la traduire en quantificateurs. C'est cette définition qui permet de démontrer une limite, pas seulement de la calculer.
Limite finie en un point(∀ε>0)(∃α>0)(∀x∈Df)0<∣x−a∣<α⟹∣f(x)−ℓ∣<ε.
Pour toute marge ε imposée d'avance, on sait trouver un voisinage de a où f reste dans la bande ]ℓ−ε,ℓ+ε[. La condition 0<∣x−a∣exclutx=a : la limite décrit le comportement au voisinage de a, indépendamment de f(a).
Limite finie à l'infini & limite infiniex→+∞limf(x)=ℓ:(∀ε>0)(∃A∈R)(∀x∈Df)x>A⟹∣f(x)−ℓ∣<ε.x→alimf(x)=+∞:(∀B>0)(∃α>0)(∀x∈Df)0<∣x−a∣<α⟹f(x)>B.
Lire les quantificateurs dans le bon ordre∀εpuis∃α : αdépend de ε. L'adversaire choisit ε aussi petit qu'il veut, c'est à vous de fournir un α qui marche. En pratique, une démonstration se fait à l'envers : on part de ∣f(x)−ℓ∣<ε, on la transforme jusqu'à ∣x−a∣<(quelque chose), et ce « quelque chose » est le α cherché.
1.3 Opérations sur les limites & formes indéterminées
La limite d'une somme, d'un produit ou d'un quotient se déduit des limites de chaque terme — sauf dans quatre cas, les formes indéterminées :
Les 4 formes indéterminées (F.I.)00,∞∞,∞−∞,0×∞.
Hors F.I. : le signe des cases infinies suit la règle des signes ; « 0± » précise si le dénominateur tend vers 0 par valeurs positives ou négatives.
1.4 Théorèmes de comparaison
Théorème des gendarmes
Au voisinage de a (réel ou ±∞) :
Si g(x)≤f(x)≤h(x) et limg=limh=ℓ (finie), alors limf=ℓ.
Si f(x)≥g(x) et limg=+∞, alors limf=+∞ (et le symétrique en −∞).
Bornée × nulle : si f est bornée au voisinage de a et limg=0, alors lim(fg)=0.
1.5 Limites usuelles
À connaître par cœurx→0limxsinx=1,x→0limxtanx=1,x→0limx21−cosx=21,x→0limxex−1=1,x→0limxln(1+x)=1,x→+∞limxlnx=0,x→+∞limxex=+∞,x→0+limxlnx=0,x→0+limlnx=−∞.
Ajuster le facteur :xsin(5x)=5⋅5xsin(5x)→5 — le dénominateur doit être identique à l'argument du sinus.
1.6 Lever une indétermination
∞∞ de polynômes : factoriser par le terme de plus haut degré ; la limite ne dépend que des termes dominants.
00 : factoriser puis simplifier le facteur qui s'annule ; s'il y a une racine, multiplier par la quantité conjuguée.
∞−∞ avec racine :A−B=A+BA−B2 — on retombe sur ∞∞.
0×∞ : réécrire le produit sous forme de quotient.
1.7 Continuité
Définitionf est continue en a lorsque x→alimf(x)=f(a), c'est-à-dire x→a−limf=x→a+limf=f(a).
Polynômes continus sur R ; rationnelles sur leur domaine ; sur [0,+∞[.
sin,cos,exp continues sur R ; ln sur ]0,+∞[.
Somme, produit, quotient (dénominateur =0) et composée de fonctions continues sont continues.
Si f est dérivable en a alors f est continue en a ; la réciproque est fausse (x↦∣x∣ en 0).
Prolongement par continuité
Soit f définie sur I∖{a}. Si x→alimf(x)=ℓ est finie, on prolonge f en posant f~(a)=ℓ : f~ est alors continue en a. On « bouche le trou » avec la seule valeur qui rende f continue.
1.8 Théorème des valeurs intermédiaires & dichotomie
T.V.I.
Si f est continue sur [a;b], alors pour tout k compris entre f(a) et f(b), il existe c∈[a;b] tel que f(c)=k.
Cas usuel : si f(a)⋅f(b)<0, l'équation f(x)=0 admet une solution dans ]a;b[.
Si de plus f est strictement monotone, cette solution est unique.
Dichotomie : on calcule le milieu c=2a+b ; on garde la moitié où f change de signe et on recommence. Après n étapes, l'amplitude vaut 2nb−a.
1.9 Image d'un intervalle par une fonction continue
Théorèmes
L'image d'un intervalle par une fonction continue est un intervalle. L'image d'un segment[a;b] est un segment : f([a;b])=[m;M], où m et M sont le minimum et le maximum de f sur [a;b].
Ne pas confondref([a;b])=[m;M] et non[f(a);f(b)] ! Ces deux écritures ne coïncident que si f est monotone — sinon le maximum peut être atteint à l'intérieur de l'intervalle.
1.10 Fonction réciproque
Théorème de la bijection
Si f est continue et strictement monotone sur I, elle réalise une bijection de I sur J=f(I) et admet une réciproque f−1:J→I, continue et de même sens de variation que f.
f−1(y)=x⟺f(x)=y ; f−1∘f(x)=x et f∘f−1(y)=y.
(Cf) et (Cf−1) sont symétriques par rapport à la droite y=x.
La courbe de f−1 est l'image de celle de f par la symétrie d'axe y=x : les coordonnées d'un point s'échangent.
1.11 Racine nᵉ & puissance d'exposant rationnel
Racine nᵉ
Pour n∈N∗, x↦xn est une bijection de [0,+∞[ sur [0,+∞[ ; sa réciproque est la racine nᵉx↦nx : pour x,y≥0, y=nx⟺yn=x.
nxy=nxny,nmx=nmx,nxm=(nx)m.
Puissance rationnelle
Pour x>0 et r=qp∈Q : xr=qxp=(qx)p. Les règles des puissances entières se prolongent :
xrxr′=xr+r′,xr′xr=xr−r′,(xr)r′=xrr′,(xy)r=xryr.x↦xr est continue sur ]0,+∞[, croissante si r>0, décroissante si r<0.
Toujours x>0
Dès que l'exposant n'est pas entier, on travaille sur ]0,+∞[ : écrire xr pour x<0 n'a pas de sens ici.
1.12 La fonction partie entière
Définition
Pour tout réel x, il existe un unique entier n∈Z tel que n≤x<n+1 : c'est la partie entièreE(x)=⌊x⌋. Ainsi E(x)≤x<E(x)+1 et x−1<E(x)≤x.
Piège du négatif :E(2,7)=2, E(5)=5, mais E(−1,3)=−2 (l'entier immédiatement inférieur). E est constante sur chaque [n;n+1[, continue à droite en chaque entier, discontinue à gauche : continue sur R∖Z.
2 · Feuille de route
L'ordre conseillé pour maîtriser le chapitre, du plus fondamental au plus exigeant.
1
Limites & formes indéterminées
Reconnaître la F.I. avant tout calcul ; maîtriser le terme dominant.
2
Définition « ε »
Démontrer une limite avec les quantificateurs ; nier une limite.
Une sélection représentative couvrant chaque compétence clé, avec correction guidée.
Limites · terme dominant & trigo
Exercice 1
Calculer x→+∞limx3−x+13x3+2x, x→0limxsin(5x) et x→0limx21−cosx.
Voir la correction
a) Polynômes de même degré : rapport des coefficients dominants =13=3. b) xsin(5x)=5⋅5xsin(5x)→5. c) Limite usuelle : 21.
Définition · démontrer une limite
Exercice 2
À l'aide de la définition, montrer que x→3lim(2x+1)=7.
Voir la correction
Soit ε>0. On a ∣(2x+1)−7∣=2∣x−3∣. Il suffit que 2∣x−3∣<ε, soit ∣x−3∣<2ε. Le choix α=2ε convient : 0<∣x−3∣<α⇒∣(2x+1)−7∣<ε. ■
Limites · quantité conjuguée
Exercice 3
Calculer x→+∞limx2+x−x.
Voir la correction
Forme ∞−∞. x2+x−x=x2+x+xx=1+x1+11→21.
T.V.I. · existence & unicité
Exercice 4
Montrer que f(x)=x3+x−1 admet une unique racine α∈[0;1], puis l'encadrer par dichotomie (deux étapes).
Voir la correction
f continue sur [0;1], f(0)=−1<0, f(1)=1>0 ⇒ (T.V.I.) une racine dans ]0;1[. f′(x)=3x2+1>0 ⇒ stricte croissance ⇒ unicité. Dichotomie : f(0,5)=−0,375<0⇒α∈]0,5;1[ ; f(0,75)≈0,17>0⇒α∈]0,5;0,75[.
Continuité · prolongement
Exercice 5
Étudier la continuité en 0 de f(x)=xsinx (x=0), f(0)=1.
Voir la correction
Sur R∗, quotient de fonctions continues (dénominateur =0) ⇒ f continue. En 0 : limx→0xsinx=1=f(0) ⇒ f continue en 0, donc sur R. (C'est le prolongement par continuité de xsinx.)
Bijection · réciproque
Exercice 6
Soit f(x)=x−2 sur I=[2;+∞[. Montrer que f admet une réciproque et déterminer f−1.
Voir la correction
f continue et strictement croissante sur [2;+∞[ ⇒ bijection vers J=[0;+∞[. y=x−2⇒x=y2+2, donc f−1(x)=x2+2 sur [0;+∞[.
Puissances rationnelles
Exercice 7
Simplifier 82/3 et x3/2 (x≥0), puis calculer x→+∞limx−1/2.
Voir la correction
82/3=(38)2=22=4 ; x3/2=xx. Comme r=−21<0, x−1/2=x1→0.
Besoin de plus d'exercices sur un point précis ? Demande à ton professeur en cours.
4 · Astuces & pièges à éviter
AstuceToujours nommer la forme indéterminée avant de calculer : c'est elle qui dicte la technique.
Astuce∞−∞ avec racine : multiplier par la quantité conjuguée.
AstuceLimites trigo : se ramener à usinu→1 en ajustant le facteur.
AstuceDémonstration « ε » : partir de ∣f(x)−ℓ∣<ε et remonter jusqu'à ∣x−a∣<α.
PiègeOrdre des quantificateurs :α dépend de ε ; les inverser rend l'énoncé faux.
PiègeImage d'un segment :f([a;b])=[m;M], pas [f(a);f(b)] (sauf si f est monotone).
PiègePartie entière d'un négatif :E(−1,3)=−2, pas −1.
PiègeT.V.I. : écrire que f est continue fait partie du barème ; l'unicité exige la stricte monotonie.