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2ᵉ Bac · Sciences Maths · Chapitre 11

Lois de composition interne

Ce chapitre ouvre l'algèbre abstraite du programme de Sciences Mathématiques. Le cours définit précisément une loi de composition interne et ses propriétés — associativité, commutativité, élément neutre, élément symétrique — ainsi que la notion de partie stable. C'est le vocabulaire fondateur sur lequel se construisent les structures de groupe, d'anneau et de corps étudiées ensuite. La difficulté, nouvelle pour beaucoup d'élèves, consiste à raisonner sur une loi notée « ∗ » sans la ramener à l'addition ou à la multiplication habituelles. Le cours vous y entraîne pas à pas, en insistant sur l'ordre logique : on établit d'abord l'existence d'un neutre avant de chercher les symétriques.

1 · Résumé du cours

Avant de parler de groupes ou d'anneaux, il faut un objet plus simple : une opération sur un ensemble. Ce chapitre en étudie les propriétés une à une — associativité, neutre, symétrique — car ce sont précisément ces briques qui, assemblées, définiront les grandes structures du chapitre suivant.

1.1 Loi de composition interne & stabilité

Définition Une loi de composition interne (LCI) sur un ensemble EE est une application qui, à tout couple (a,b)(a,b) d'éléments de EE, associe un unique élément de EE, noté aba\ast b.
« Interne » = stable (1ʳᵉ étape) Le mot interne signifie que le résultat reste dans EE. L'addition est une LCI sur N\mathbb{N}, mais la soustraction non, car 25=3N2-5=-3\notin\mathbb{N}. Vérifier la stabilité est toujours la première étape — avant même de tester la moindre propriété.
Partie stable Une partie FF de EE est stable par la loi \ast si, pour tous x,yFx,y\in F, on a xyFx\ast y\in F.

1.2 Propriétés d'une loi

Associativité & commutativité \ast est associative si (ab)c=a(bc)(a\ast b)\ast c=a\ast(b\ast c) pour tous a,b,ca,b,c ; elle est commutative si ab=baa\ast b=b\ast a pour tous a,ba,b.
Élément neutre eEe\in E est neutre pour \ast si ae=ea=a\boxed{\,a\ast e=e\ast a=a\,} pour tout aEa\in E. S'il existe, il est unique.
Comment trouver le neutre On le cherche en résolvant l'équation ae=aa\ast e=a d'inconnue ee. Si la solution ne dépend pas de aa, c'est le neutre ; si elle en dépend, il n'y a pas de neutre.
Élément symétrique On suppose \ast muni d'un neutre ee. aEa'\in E est un symétrique de aa si aa=aa=e\boxed{\,a\ast a'=a'\ast a=e\,}. Si \ast est associative, le symétrique, lorsqu'il existe, est unique.
Élément régulier (simplifiable) aa est régulier si ax=ayx=ya\ast x=a\ast y\Rightarrow x=y et xa=yax=yx\ast a=y\ast a\Rightarrow x=y.
Symétrisable \Rightarrow régulier Tout élément admettant un symétrique (pour une loi associative) est automatiquement régulier : il suffit de « composer par le symétrique » des deux côtés pour simplifier. La réciproque est fausse en général (ex. : dans (N,+)(\mathbb{N},+) tout élément est régulier, mais aucun sauf 00 n'est symétrisable).

1.3 Distributivité

Définition Soient \ast et \top deux LCI sur EE. \top est distributive par rapport à \ast si pour tous a,b,ca,b,c : a(bc)=(ab)(ac)et(bc)a=(ba)(ca).a\top(b\ast c)=(a\top b)\ast(a\top c)\quad\text{et}\quad(b\ast c)\top a=(b\top a)\ast(c\top a).
À quoi ça sert La distributivité est la propriété qui relie deux lois entre elles. C'est elle qui, au chapitre suivant, permettra de passer d'un simple groupe à un anneau — une structure à deux lois.

1.4 Homomorphisme entre deux lois

Morphisme & isomorphisme Soient (E,)(E,\ast) et (F,)(F,\top). Une application f:EFf:E\to F est un homomorphisme (ou morphisme) si f(ab)=f(a)f(b)\boxed{\,f(a\ast b)=f(a)\top f(b)\,} pour tous a,bEa,b\in E. Un morphisme bijectif est un isomorphisme ; (E,)(E,\ast) et (F,)(F,\top) sont alors isomorphes.
E×E E F×F F f×f f
Le diagramme commutatif d'un morphisme : partir de (a,b)(a,b), composer par \ast puis appliquer ff, ou appliquer ff puis composer par \top — on obtient le même résultat f(ab)=f(a)f(b)f(a\ast b)=f(a)\top f(b).
Ce qu'un morphisme transporte Un morphisme « fait passer » les propriétés de la loi de départ vers son image : il transporte l'associativité et la commutativité, envoie le neutre de \ast sur celui de \top, et le symétrique de aa sur le symétrique de f(a)f(a). Deux structures isomorphes sont, du point de vue algébrique, indiscernables.
Exemple fondamental ln:(R+,×)(R,+)\ln:(\mathbb{R}_+^{*},\times)\to(\mathbb{R},+) vérifie ln(ab)=lna+lnb\ln(ab)=\ln a+\ln b : c'est un isomorphisme de réciproque exp\exp. Il transforme le produit en somme, envoie le neutre 11 sur le neutre 00, et l'inverse 1a\frac1a sur l'opposé lna-\ln a.

1.5 Un exemple à deux lois : les matrices M2(R)\mathcal{M}_2(\mathbb{R})

Matrices carrées d'ordre 22 Une matrice M=(abcd)M=\begin{pmatrix}a&b\\c&d\end{pmatrix} (a,b,c,dRa,b,c,d\in\mathbb{R}) ; leur ensemble est M2(R)\mathcal{M}_2(\mathbb{R}), muni de deux lois internes : (abcd)+(abcd)=(a+ab+bc+cd+d),\begin{pmatrix}a&b\\c&d\end{pmatrix}+\begin{pmatrix}a'&b'\\c'&d'\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}a+a'&b+b'\\c+c'&d+d'\end{pmatrix}, (abcd)×(abcd)=(aa+bcab+bdca+dccb+dd).\begin{pmatrix}a&b\\c&d\end{pmatrix}\times\begin{pmatrix}a'&b'\\c'&d'\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}aa'+bc'&ab'+bd'\\ca'+dc'&cb'+dd'\end{pmatrix}.
Propriétés
  • ++ est associative et commutative, de neutre la matrice nulle O=(0000)O=\begin{pmatrix}0&0\\0&0\end{pmatrix}, et toute MM admet une opposée M-M.
  • ×\times est associative et distributive par rapport à ++, de neutre l'identité I=(1001)I=\begin{pmatrix}1&0\\0&1\end{pmatrix}.
  • Mais ×\times n'est pas commutative.
Non-commutativité — l'exemple à connaître Avec A=(1101)A=\begin{pmatrix}1&1\\0&1\end{pmatrix}, B=(1011)B=\begin{pmatrix}1&0\\1&1\end{pmatrix} : AB=(2111)AB=\begin{pmatrix}2&1\\1&1\end{pmatrix} tandis que BA=(1112)BA=\begin{pmatrix}1&1\\1&2\end{pmatrix}. Donc ABBAAB\neq BA. C'est le premier exemple naturel de loi associative non commutative — on le retrouvera comme anneau non commutatif au chapitre suivant.

2 · Feuille de route

L'ordre conseillé pour maîtriser le chapitre.

1

Stabilité

abEa\ast b\in E : la loi est-elle bien interne ?

2

Commut. / assoc.

ab=baa\ast b=b\ast a ? (ab)c=a(bc)(a\ast b)\ast c=a\ast(b\ast c) ?

3

Neutre

Résoudre ae=aa\ast e=a ; indépendant de aa ⇒ neutre.

4

Symétriques

Résoudre aa=ea\ast a'=e ; qui admet un symétrique ?

5

Réguliers

Symétrisable ⇒ régulier (réciproque fausse).

6

Distributivité

\top sur \ast : relie les deux lois (→ anneau).

7

Morphismes

f(ab)=f(a)f(b)f(a\ast b)=f(a)\top f(b) ; bijectif = isomorphisme.

8

Matrices M2(R)\mathcal{M}_2(\mathbb{R})

Deux lois ; ×\times associative non commutative.

3 · Exercices choisis

Une sélection couvrant chaque compétence clé, avec correction guidée.

Étude complète d'une loi

Exercice 1

Sur R\mathbb{R}, on définit ab=a+b3a\ast b=a+b-3. Étudier la commutativité, l'associativité, l'existence d'un neutre et des symétriques.

Voir la correction

Interne : a+b3Ra+b-3\in\mathbb{R} pour tous réels ✓.

Commutative : ab=a+b3=b+a3=baa\ast b=a+b-3=b+a-3=b\ast a ✓.

Associative : (ab)c=(a+b3)+c3=a+b+c6(a\ast b)\ast c=(a+b-3)+c-3=a+b+c-6, et a(bc)=a+(b+c3)3=a+b+c6a\ast(b\ast c)=a+(b+c-3)-3=a+b+c-6 : égaux ✓.

Neutre : ae=aa+e3=ae=3a\ast e=a\Rightarrow a+e-3=a\Rightarrow e=3 (indépendant de aa) ✓.

Symétriques : aa=3a+a3=3a=6aa\ast a'=3\Rightarrow a+a'-3=3\Rightarrow a'=6-a, qui existe pour tout réel aa ✓. Ainsi \ast est commutative, associative, de neutre 33, tout élément symétrisable. ∎

Neutre & symétrisables

Exercice 2

Sur R\mathbb{R}, on pose ab=a+b+aba\ast b=a+b+ab. Déterminer l'élément neutre, puis l'ensemble des éléments qui admettent un symétrique.

Voir la correction

Neutre : ae=aa+e+ae=ae(1+a)=0a\ast e=a\Rightarrow a+e+ae=a\Rightarrow e(1+a)=0. Pour que ce soit vrai pour tout aa, il faut e=0e=0.

Symétriques : aa=0a+a+aa=0a(1+a)=aa=a1+aa\ast a'=0\Rightarrow a+a'+aa'=0\Rightarrow a'(1+a)=-a\Rightarrow a'=\dfrac{-a}{1+a}. Cette expression existe     1+a0\iff 1+a\neq0, soit a1a\neq-1. Donc tout réel différent de 1-1 admet un symétrique ; 1-1 n'en a pas. ∎

Isomorphisme

Exercice 3

Soit f:(R,+)(R+,×)f:(\mathbb{R},+)\to(\mathbb{R}_+^{*},\times) définie par f(x)=e2xf(x)=e^{2x}. Montrer que ff est un isomorphisme, puis en déduire l'image du neutre et du symétrique de xx.

Voir la correction

Morphisme : f(x+y)=e2(x+y)=e2x×e2y=f(x)×f(y)f(x+y)=e^{2(x+y)}=e^{2x}\times e^{2y}=f(x)\times f(y) ✓ (la somme devient produit).

Bijectif : ff est strictement croissante et continue de R\mathbb{R} sur R+\mathbb{R}_+^{*} ; sa réciproque est f1(y)=12lnyf^{-1}(y)=\frac12\ln y. Donc ff est un isomorphisme.

Transport : le neutre 00 de (R,+)(\mathbb{R},+) va sur f(0)=e0=1f(0)=e^{0}=1, le neutre de (R+,×)(\mathbb{R}_+^{*},\times) ✓. Le symétrique de xx est x-x, et f(x)=e2x=1e2x=(f(x))1f(-x)=e^{-2x}=\dfrac{1}{e^{2x}}=\big(f(x)\big)^{-1} : l'opposé va sur l'inverse. ∎

Élément régulier

Exercice 4

Sur N\mathbb{N} muni de ++, montrer que tout élément est régulier, mais qu'aucun sauf 00 n'est symétrisable. Que peut-on en conclure ?

Voir la correction

Régulier : pour tous x,y,aNx,y,a\in\mathbb{N}, a+x=a+yx=ya+x=a+y\Rightarrow x=y (on retranche aa dans Z\mathbb{Z}, le résultat reste dans N\mathbb{N}). Tout aa est donc régulier.

Symétrisable : le neutre est 00 ; aa est symétrisable ssi il existe aNa'\in\mathbb{N} avec a+a=0a+a'=0, ce qui n'est possible que pour a=a=0a=a'=0.

Conclusion : la réciproque de « symétrisable \Rightarrow régulier » est fausse : tout élément de N\mathbb{N} est régulier sans être symétrisable. ∎

Matrices · non-commutativité

Exercice 5

Dans M2(R)\mathcal{M}_2(\mathbb{R}), soient A=(1201)A=\begin{pmatrix}1&2\\0&1\end{pmatrix} et B=(1031)B=\begin{pmatrix}1&0\\3&1\end{pmatrix}. Calculer ABAB et BABA, et conclure. Vérifier aussi que II est neutre pour AA.

Voir la correction

AB=(11+2310+2101+1300+11)=(7231)AB=\begin{pmatrix}1\cdot1+2\cdot3 & 1\cdot0+2\cdot1\\ 0\cdot1+1\cdot3 & 0\cdot0+1\cdot1\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}7&2\\3&1\end{pmatrix}.

BA=(11+0012+0131+1032+11)=(1237)BA=\begin{pmatrix}1\cdot1+0\cdot0 & 1\cdot2+0\cdot1\\ 3\cdot1+1\cdot0 & 3\cdot2+1\cdot1\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}1&2\\3&7\end{pmatrix}.

Donc ABBAAB\neq BA : la multiplication n'est pas commutative. Enfin AI=(1201)=AAI=\begin{pmatrix}1&2\\0&1\end{pmatrix}=A et IA=AIA=A, donc II est bien le neutre de ×\times. ∎

Besoin de plus d'exercices sur un point précis ? Demande à ton professeur en cours.

4 · Astuces & pièges à éviter

Astuce Interne = stable : le résultat reste dans EE — à vérifier avant tout le reste.
Astuce Le neutre se trouve en résolvant ae=aa\ast e=a ; il est unique.
Astuce Le symétrique se trouve en résolvant aa=ea\ast a'=e ; unique si la loi est associative.
Astuce Homomorphisme f(ab)=f(a)f(b)f(a\ast b)=f(a)\top f(b) : il transporte neutre et symétriques ; bijectif ⇒ isomorphisme.
Astuce La distributivité relie deux lois — c'est la clé de la structure d'anneau (chapitre 12).
Piège Symétrisable \Rightarrow régulier, mais la réciproque est fausse ((N,+)(\mathbb{N},+)).
Piège Si le ee trouvé dépend de aa, il n'y a pas de neutre (donc pas de symétriques à chercher).
Piège Une loi peut être associative sans être commutative : les matrices M2(R)\mathcal{M}_2(\mathbb{R}) (×\times) en sont l'exemple type.
Piège Ne pas oublier de vérifier le neutre des deux côtés (aea\ast e et eae\ast a) tant que la commutativité n'est pas acquise.

Formulaire à retenir

Loi interne (LCI) :E×EE\ast:E\times E\to E, (a,b)ab(a,b)\mapsto a\ast b (résultat dans EE)
Partie stable FEF\subset E stable : x,yF, xyF\forall x,y\in F,\ x\ast y\in F
Associativité (ab)c=a(bc)(a\ast b)\ast c=a\ast(b\ast c)
Commutativité ab=baa\ast b=b\ast a
Élément neutre ae=ea=aa\ast e=e\ast a=a ; unique s'il existe (résoudre ae=aa\ast e=a)
Symétrique aa=aa=ea\ast a'=a'\ast a=e ; unique si \ast associative (résoudre aa=ea\ast a'=e)
Régulier ax=ayx=ya\ast x=a\ast y\Rightarrow x=y (et à droite)
Implication clé symétrisable \Rightarrow régulier (réciproque fausse)
Distributivité a(bc)=(ab)(ac)a\top(b\ast c)=(a\top b)\ast(a\top c) (et à droite)
Homomorphisme f(ab)=f(a)f(b)f(a\ast b)=f(a)\top f(b)
Isomorphisme homomorphisme bijectif ⇒ structures indiscernables
Transport par ff f(e)=ef(e_\ast)=e_\top, f(a)=(f(a))f(a')=\big(f(a)\big)'
Exemple ln:(R+,×)(R,+)\ln:(\mathbb{R}_+^{*},\times)\to(\mathbb{R},+), ln(ab)=lna+lnb\ln(ab)=\ln a+\ln b
Matrices — somme (abcd)+(abcd)=(a+ab+bc+cd+d)\begin{pmatrix}a&b\\c&d\end{pmatrix}+\begin{pmatrix}a'&b'\\c'&d'\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}a+a'&b+b'\\c+c'&d+d'\end{pmatrix}
Matrices — produit (abcd)(abcd)=(aa+bcab+bdca+dccb+dd)\begin{pmatrix}a&b\\c&d\end{pmatrix}\begin{pmatrix}a'&b'\\c'&d'\end{pmatrix}=\begin{pmatrix}aa'+bc'&ab'+bd'\\ca'+dc'&cb'+dd'\end{pmatrix}
Neutres matrices O=(0000)O=\begin{pmatrix}0&0\\0&0\end{pmatrix} pour ++ ; I=(1001)I=\begin{pmatrix}1&0\\0&1\end{pmatrix} pour ×\times
Non-commutativité en général ABBAAB\neq BA dans M2(R)\mathcal{M}_2(\mathbb{R})
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