Ce chapitre bâtit les grandes structures de l'algèbre : groupes, anneaux et corps. Le cours présente le critère caractérisant un sous-groupe, les morphismes de structures, la notion de diviseur de zéro et ce qui distingue un corps d'un anneau. En Sciences Mathématiques, on attend des démonstrations abstraites soignées — montrer, par exemple, qu'un ensemble muni d'une loi possède bien une structure de groupe. Un résultat revient régulièrement dans les examens nationaux et mérite d'être parfaitement su : ℤ/nℤ est un corps si et seulement si n est premier. Ce cours vous donne les définitions exactes et la logique des raisonnements attendus.
1 · Résumé du cours
On assemble maintenant les briques du chapitre précédent. Un groupe, c'est une loi qui vérifie une courte liste d'axiomes ; un anneau, deux lois qui coopèrent ; un corps, un anneau où tout se divise. Tout se démontre en vérifiant une liste — jamais « au feeling ».
1.1 Groupes
Définition
Un ensemble G muni d'une loi ∗ est un groupe, noté (G,∗), lorsque : ① ∗ est interne ; ② ∗ est associative ; ③ G possède un élément neutree ; ④ tout élément de G admet un symétrique dans G. Si de plus ∗ est commutative, le groupe est dit abélien.
Exemples & contre-exemple(Z,+), (R,+), (C,+) et (R∗,×) sont des groupes abéliens. En revanche (N,+) n'est pas un groupe : 2 n'a pas de symétrique dans N (il faudrait −2).
Méthode — montrer que (G,∗) est un groupe
On vérifie les quatre points dans l'ordre : ① interne a∗b∈G ; ② associative ; ③ neutre — résoudre a∗e=a pour trouver e ; ④ symétrique — résoudre a∗a′=e et vérifier a′∈G.
1.2 Sous-groupes
Critère du sous-groupe
Une partie H de G est un sous-groupe de (G,∗) si et seulement si : ① e∈H (donc H=∅) ; ② pour tous x,y∈H, x∗y′∈H (où y′ est le symétrique de y).
Pourquoi ce critère fait gagner du temps
Un sous-groupe est déjà un groupe : inutile de re-vérifier l'associativité, elle est héritée de G. Il suffit de contrôler que H contient le neutre et reste stable par x∗y′ — deux lignes suffisent.
1.3 Morphismes de groupes
Morphisme & isomorphisme
Soient (G,∗) et (G′,⊤) deux groupes. Une application f:G→G′ est un morphisme de groupes si f(a∗b)=f(a)⊤f(b) pour tous a,b∈G. Un morphisme bijectif est un isomorphisme.
Ce qu'un morphisme respecte
Si f:(G,∗)→(G′,⊤) est un morphisme, alors f(e)=e′ (le neutre va sur le neutre) et f(a′)=(f(a))′ (il respecte les symétriques).
Exemple fondamentalln:(R+∗,×)→(R,+) vérifie ln(ab)=lna+lnb : il transforme le produit en somme. C'est même un isomorphisme, de réciproque exp.
1.4 Anneaux
Définition
Un anneau(A,+,×) est un ensemble muni de deux lois telles que : (A,+) est un groupe abélien (de neutre 0A) ; × est associative ; × est distributive à gauche et à droite par rapport à + :
a×(b+c)=a×b+a×cet(b+c)×a=b×a+c×a.
Si × admet un neutre 1A(=0A), l'anneau est unitaire ; si × est commutative, l'anneau est commutatif.
Pourquoi « à gauche ET à droite »
Tant que × n'est pas supposée commutative, a×(b+c) et (b+c)×a sont a priori différents : il faut donc exiger la distributivité des deux côtés. Dans les anneaux usuels (Z,R,C) les deux se confondent, mais l'axiome doit couvrir le cas général.
Règle utile
Dans tout anneau : a×0A=0A×a=0A. Une partie B d'un anneau unitaire est un sous-anneau si 1A∈B et si, pour tous x,y∈B, x−y∈B et x×y∈B.
Exemples(Z,+,×), (R,+,×), (C,+,×) sont des anneaux commutatifs unitaires. Mais (M2(R),+,×) (chapitre 11) est un anneau unitaire non commutatif : × y est associative et distributive, de neutre I, mais A×B=B×A en général.
1.5 Diviseurs de zéro & anneaux intègres
Diviseur de zéro · anneau intègre
Dans un anneau A, un élément a=0A est un diviseur de zéro s'il existe b=0A tel que a×b=0A. Un anneau commutatif unitaire sans diviseur de zéro est intègre :
a×b=0A⟹a=0A ou b=0A
Un anneau NON intègre — l'exemple à connaître(Z/6Z,+,×) n'est pas intègre : 2ˉ×3ˉ=6ˉ=0ˉ alors que 2ˉ=0ˉ et 3ˉ=0ˉ. De même M2(R) :
(1000)(0001)=(0000)=O,
avec deux facteurs non nuls : ce sont des diviseurs de zéro.
Ce que l'intégrité autorise
Dans un anneau intègre, on peut simplifier : a×b=a×c et a=0A⟹b=c.
Pourquoi l'intégrité est vitale
C'est elle qui justifie le réflexe « un produit est nul ⟺ l'un des facteurs est nul » — donc toute la résolution d'équations par factorisation. Dans un anneau non intègre, cette règle tombe, et une équation du second degré peut avoir plus de deux solutions. Notez que tout corps est intègre.
1.6 Corps & hiérarchie des structures
Définition
Un corps est un anneau commutatif unitaire dans lequel tout élément non nul admet un inverse pour ×. Autrement dit : « un anneau où l'on peut diviser ».
Exemples & contre-exemple(R,+,×) et (C,+,×) sont des corps. (Z,+,×) est un anneau commutatif unitaire, mais pas un corps : 2 n'a pas d'inverse dans Z (il faudrait 21∈/Z). Enfin (Z/nZ,+,×) est un corps si et seulement sin est premier.
Les trois structures s'emboîtent par ajout d'axiomes (et non par inclusion d'ensembles) : le groupe gère une loi ; l'anneau en ajoute une seconde, distributive ; le corps exige en plus que tout non nul soit inversible.
2 · Feuille de route
L'ordre conseillé pour maîtriser le chapitre.
1
Groupe
Interne, associative, neutre, symétrique (+ abélien si commutative).
Symétrique :a∗a′=3⇒a+a′−3=3⇒a′=6−a, qui existe pour tout réel a ✓.
Les quatre axiomes plus la commutativité sont vérifiés : (R,∗) est un groupe abélien. ∎
Sous-groupe
Exercice 2
Montrer que 2Z={2k;k∈Z} est un sous-groupe de (Z,+).
Voir la correction
Pour la loi +, le symétrique de y est −y ; le critère devient x−y∈H.
Neutre :0=2×0∈2Z, donc 2Z=∅ ✓.
Stabilité : soient x=2k et y=2k′. Alors x−y=2k−2k′=2(k−k′)∈2Z ✓.
Les deux conditions sont remplies : 2Z est un sous-groupe de (Z,+). Une seule ligne de calcul aura suffi. ∎
Morphisme de groupes
Exercice 3
On munit {−1,1} de la multiplication. Montrer que f:(Z,+)→({−1,1},×), f(n)=(−1)n, est un morphisme de groupes, puis vérifier qu'il envoie le neutre sur le neutre.
Voir la correction
Morphisme : pour tous m,n∈Z, f(m+n)=(−1)m+n=(−1)m×(−1)n=f(m)×f(n) ✓ (la somme devient produit).
Neutre : le neutre de (Z,+) est 0, et f(0)=(−1)0=1, qui est le neutre de ({−1,1},×) ✓.
Symétriques : le symétrique de n est −n, et f(−n)=(−1)−n=(−1)n=(f(n))−1 (car 1 et −1 sont leurs propres inverses). f est bien un morphisme. ∎
Intégrité & corps
Exercice 4
a) Montrer que (Z/6Z,+,×) n'est pas intègre. b) Justifier que (Z/5Z,+,×) est un corps.
Voir la correction
a) On a 2ˉ×3ˉ=6ˉ=0ˉ, or 2ˉ=0ˉ et 3ˉ=0ˉ. Le produit de deux éléments non nuls est nul : Z/6Z possède des diviseurs de zéro, il n'est pas intègre (cohérent avec 6=2×3 non premier).
b)5 est premier, donc tout aˉ=0ˉ vérifie a∧5=1 : par Bézout, aˉ est inversible dans Z/5Z. Par exemple 2ˉ×3ˉ=6ˉ=1ˉ, donc 2ˉ−1=3ˉ. Comme l'anneau est commutatif unitaire et que tout non nul est inversible, Z/5Z est un corps. ∎
Corps Q(2)
Exercice 5
Soit K={a+b2;a,b∈Q}. Montrer que K est stable par produit, puis que tout élément non nul de K admet un inverse dans K.
Voir la correction
Stabilité par × :(a+b2)(c+d2)=(ac+2bd)+(ad+bc)2, avec ac+2bd∈Q et ad+bc∈Q : le résultat est de la forme voulue ✓ (K contient aussi 1=1+02).
Inverse : soit x=a+b2=0. On multiplie par le conjugué :
a+b21=(a+b2)(a−b2)a−b2=a2−2b2a−b2=a2−2b2a−a2−2b2b2.
Le dénominateur a2−2b2 est non nul : sinon 2=±a/b serait rationnel, ce qui est faux. Les deux coefficients sont dans Q, donc l'inverse appartient à K. Ainsi (K,+,×) est un corps. ∎
Besoin de plus d'exercices sur un point précis ? Demande à ton professeur en cours.
4 · Astuces & pièges à éviter
Astuce Une structure = une liste d'axiomes à cocher : on démontre en vérifiant chaque point, jamais « au feeling ».
AstuceSous-groupe : ne re-vérifie jamais l'associativité — elle est héritée. Seuls e∈H et x∗y′∈H comptent.
Astuce Un morphisme envoie neutre sur neutre et symétrique sur symétrique — trois lignes de vérification.
AstuceCorps = « anneau où l'on peut diviser » ; Z/nZ est un corps ⟺n est premier.
Piège Anneau = commutatif : la distributivité doit être exigée à gauche ET à droite (M2(R)).
Piège Dans un anneau non intègre, ab=0 n'entraîne pasa=0 ou b=0 : la factorisation ne s'applique plus (2ˉ×3ˉ=0ˉ dans Z/6Z).
Piège(Z,+,×) est intègre mais pas un corps : intégrité = tout non nul inversible.
Piège Les structures s'emboîtent par axiomes, pas par inclusion d'ensembles : « corps ⇒ anneau », « anneau ⇒(A,+) groupe abélien ».
Formulaire à retenir
Groupe (G,∗) interne · associative · neutre e · tout élément symétrisable