En Sciences Mathématiques, les nombres complexes forment un chapitre riche, qui va bien au-delà du calcul algébrique. Ce cours aborde les racines n-ièmes, la formule de Moivre, la notation exponentielle e^(iθ) et, surtout, les transformations du plan : rotations et similitudes directes. Vous apprendrez à lire chaque écriture complexe comme une opération géométrique — une similitude directe z′ = az + b a pour rapport |a| et pour angle arg(a). Dans les examens nationaux SM, l'exercice de complexes est souvent décisif par sa richesse. Le cours articule systématiquement calcul algébrique et interprétation géométrique, la double lecture qui fait la force de ce chapitre.
1 · Résumé du cours
L'équation x2=−1 n'a aucune solution réelle. Plutôt que de s'arrêter là, on crée un nombre dont le carré vaut −1 — et l'on découvre un ensemble où toute équation du second degré a des solutions, et où la géométrie du plan se calcule à l'algèbre. C'est le chapitre le plus riche du programme.
1.1 Généralités
Définition
Il existe un ensemble noté C, contenant R, muni d'une addition et d'une multiplication, et contenant un élément i tel que i2=−1. Tout z∈C s'écrit de manière unique sous la forme algébriquez=a+ib avec a,b∈R. a=Re(z) est la partie réelle, b=Im(z) la partie imaginaire.
Piège — Im(z) est un RÉEL
La partie imaginaire de z=3+2i est 2, et non 2i. C'est une erreur de notation très fréquente — et elle fausse tous les calculs qui suivent.
Égalité & cas particuliersa+ib=a′+ib′⟺{a=a′b=b′z=0⟺{a=0b=0z est réel⟺Im(z)=0 ; z est imaginaire pur⟺Re(z)=0.
Le principe le plus utile du chapitre
Une égalité complexe = deux équations réelles. Identifier parties réelles et parties imaginaires transforme une équation dans C en deux équations dans R.
Puissances de ii0=1,i1=i,i2=−1,i3=−i,i4=1,… Elles sont périodiques de période 4 : pour in, on divise n par 4 et l'on ne garde que le reste.
1.2 Opérations dans C
Somme & produit
Pour z=a+ib et z′=a′+ib′ : z+z′=(a+a′)+i(b+b′) et zz′=(aa′−bb′)+i(ab′+a′b) (on développe, avec i2=−1).
Méthode — calculer un quotient
Pour écrire z′z sous forme algébrique, on multiplie numérateur et dénominateur par le conjugué du dénominateur : le dénominateur devient alors le réel ∣z′∣2.
Image & affixe
Le plan muni d'un repère orthonormé direct (O,u,v), à tout z=a+ib on associe le point M(a,b), appelé image de z. Réciproquement, z est l'affixe de M, noté zM.
Le point M d'affixe z=a+ib : sa distance à l'origine est le module∣z∣=r, l'angle avec l'axe des réels est l'argumentθ.
Les formules géométriques de base
Affixe d'un vecteur : zAB=zB−zA ;
affixe du milieuI de [AB] : zI=2zA+zB ;
affixe du centre de gravitéG de ABC : zG=3zA+zB+zC ;
Affixe d'un barycentre
Pour A1,…,An d'affixes z1,…,zn et coefficients α1,…,αn avec ∑αk=0, l'affixe du barycentre est
zG=α1+⋯+αnα1z1+⋯+αnzn=∑kαk∑kαkzk
Le milieu (n=2) et le centre de gravité (n=3), à poids égaux, en sont les cas particuliers.
1.4 Conjugué
Définition
Le conjugué de z=a+ib est zˉ=a−ib. Son image est le symétrique de celle de z par rapport à l'axe des réels.
Opérations & identité cléz+z′=zˉ+z′ˉ,zz′=zˉz′ˉ,(z′z)=z′ˉzˉ,zn=(zˉ)n.
Et surtout : zzˉ=a2+b2=∣z∣2 — la clé des quotients.
Caractérisationsz∈R⟺zˉ=z ; z imaginaire pur ⟺zˉ=−z. De plus z+zˉ=2Re(z) et z−zˉ=2iIm(z).
1.5 Module
Définition
Le module de z=a+ib est le réel positif ∣z∣=a2+b2. C'est la distanceOM.
Le module est une DISTANCE
C'est la clé de toute la géométrie complexe : AB=∣zB−zA∣. Dès que vous voyez un module d'une différence, pensez « distance » — et l'exercice devient géométrique.
Ensembles de points
∣z−zA∣=r : cercle de centre A et de rayon r ;
∣z−zA∣=∣z−zB∣ : médiatrice du segment [AB].
1.6 Argument et forme trigonométrique
Définition
Soit z=0 d'image M. On appelle argument de z toute mesure de l'angle orienté (u,OM), noté arg(z) (défini modulo 2π).
Méthode — trouver un argument
On pose r=∣z∣, puis on résout le systèmecosθ=raetsinθ=rb.
Piège — le cosinus SEUL ne suffit pascosθ=21 admet deux solutions dans ]−π,π] : 3π et −3π. C'est le sinus qui tranche le signe. Utilisez toujours les deux — c'est l'erreur la plus fréquente du chapitre.
Forme trigonométrique
Tout z=0 s'écrit z=r(cosθ+isinθ), avec r=∣z∣ et θ=arg(z). Propriétés :
arg(zz′)=argz+argz′,argz′z=argz−argz′,arg(zn)=nargz,arg(zˉ)=−argz,arg(−z)=argz+π.
1.7 Notation exponentielle
Définition
On pose eiθ=cosθ+isinθ. Tout z=0 s'écrit alors sous forme exponentiellez=reiθ. On a
eiθeiθ′=ei(θ+θ′),eiθ′eiθ=ei(θ−θ′),eiθ=e−iθ,eiθ=1.
Formule de Moivre
Pour tout n∈Z : (cosθ+isinθ)n=cos(nθ)+isin(nθ), c'est-à-dire (eiθ)n=einθ.
Moivre sert à développer : calculer zn, ou exprimer cos(3θ) en fonction de cosθ ;
Euler sert à linéariser : transformer cos3θ en somme de cos(kθ) — ce qui permet ensuite de primitiver.
Exemple : cos2θ=(2eiθ+e−iθ)2=42cos(2θ)+2=21+cos(2θ).
1.8 Sommes géométriques & angle moitié
Somme géométrique dans C
Pour z=1 et n∈N : k=0∑nzk=1+z+⋯+zn=1−z1−zn+1 (si z=1, la somme vaut n+1). Binôme de Newton : (a+b)n=∑k=0n(kn)akbn−k.
Factorisation par l'angle moitié1+eiθ=2cos2θeiθ/21−eiθ=−2isin2θeiθ/2
et plus généralement eia+eib=2cos2a−bei2a+b.
Séparer module et argument
L'angle moitié transforme une somme (1±eiθ) en un produit : un facteur réel (2cos2θ ou 2sin2θ) qui porte le module, et eiθ/2 qui porte l'argument. Attention au signe du facteur réel : négatif, il ajoute π à l'argument. Associée à la somme géométrique, elle permet de calculer k=0∑neikθ.
1.9 Racines n-ièmes
Racines n-ièmes de l'unité
Soit n∈N∗. Une racine n-ième de l'unité est un z tel que zn=1 ; leur ensemble est Un. L'équation zn=1 admet exactement n solutions : ωk=ein2kπ,k∈{0,…,n−1}.
Deux faits à retenir
Les images de Un sont les sommets d'un polygone régulier à n côtés inscrit dans le cercle unité, l'un d'eux étant 1 ;
leur somme est nulle dès que n≥2 : k=0∑n−1ωk=0.
Les 6 racines sixièmes de l'unité : sommets d'un hexagone régulier inscrit dans le cercle unité, ω0=1. Leur somme vaut 0.
Le nombre j
On note j=ei32π=−21+i23. Les racines cubiques de l'unité sont U3={1,j,j2}, avec j2=jˉ=j1, j3=1 et 1+j+j2=0.
Racines n-ièmes d'un complexe non nul
Soit a=ρeiφ=0. L'équation zn=a admet exactement n solutions :
zk=nρeinφ+2kπ,k∈{0,…,n−1}
On les obtient toutes en multipliant l'une d'elles par les racines n-ièmes de l'unité. Méthode : mettre a sous forme exponentielle, prendre nρ et les arguments nφ+2kπ.
1.10 Complexes et géométrie
Angle de deux vecteursarg(zB−zA) mesure l'angle (u,AB), et
(AB,AC)=argzB−zAzC−zA[2π]
Les configurations à reconnaître
En posant Z=zB−zAzC−zA :
A,B,Calignés⟺Z∈R ;
(AB)⊥(AC)⟺Zimaginaire pur ;
ABCisocèle en A⟺∣Z∣=1 ;
ABCrectangle isocèle en A⟺Z=±i ;
ABCéquilatéral⟺Z=e±iπ/3.
Cocyclicité :A,B,C,D distincts sont cocycliques ou alignés ⟺ le birapport zC−zBzC−zA÷zD−zBzD−zA∈R.
1.11 L'équation du second degré dans C
L'équation z2=a, a∈Ra>0 : deux solutions réelles ±a ; a=0 : z=0 ; a<0 : deux solutions imaginaires pures±i∣a∣.
Équation az2+bz+c=0, coefficients réels
Soit Δ=b2−4ac.
Δ>0 : deux racines réelles 2a−b±Δ ;
Δ=0 : racine double −2ab ;
\Delta<0 : deux racines complexes conjuguéesz1=2a−b+i∣Δ∣, z2=z1.
Dans tous les cas z1+z2=−ab et z1z2=ac.
Dans C, il y a TOUJOURS des solutions
Un discriminant négatif ne signifie plus « pas de solution », mais « deux solutions conjuguées ». Et elles le sont parce quea,b,c sont réels — si les coefficients étaient complexes, les racines n'auraient aucune raison d'être conjuguées.
Racines carrées d'un complexe (méthode algébrique)
Tout w=0 admet deux racines carrées opposées. Pour w=x+iy, on cherche δ=α+iβ tel que δ2=w en résolvant α2−β2=x, 2αβ=y, α2+β2=x2+y2 ; le signe de 2αβ=y fixe si α,β sont de même signe.
Équation à coefficients complexes
Pour az2+bz+c=0 avec a,b,c∈C, a=0, Δ=b2−4ac : si δ est une racine carrée de Δ, les solutions sont z=2a−b±δ. Le schéma est identique au cas réel : on ne peut plus écrire Δ, on choisitδ.
1.12 Transformations & similitude directe
Écritures complexes
Pour M(z)↦M′(z′) :
Translation de vecteur d'affixe b : z′=z+b ;
Homothétie de centre Ω(ω), rapport k∈R∗ : z′−ω=k(z−ω) ;
Rotation de centre Ω(ω), angle θ : z′−ω=eiθ(z−ω).
Reconnaître une transformation z′=λz+β
λ=1 : translation de vecteur d'affixe β ;
λ∈R∖{0,1} : homothétie de rapport λ ;
∣λ∣=1,λ=1 : rotation d'angle argλ.
Le centre ω est le point fixe : on résout ω=λω+β.
Similitude directe
Toute transformation z′=az+b,a∈C∗,b∈C. Si a=1 : centreω=1−ab (point fixe), rapportk=∣a∣, angleθ=arg(a), et z′−ω=a(z−ω).
Rotation & homothétie : deux cas particuliers
Selon a (a=1) : ∣a∣=1 ⇒ rotation d'angle arga ; a∈R+∗ ⇒ homothétie de rapport a ; cas général = composée d'une rotation d'angle arga et d'une homothétie de rapport ∣a∣, de même centre. Une similitude directe conserve les angles orientés et multiplie toutes les distances par k=∣a∣.
Une sélection couvrant chaque compétence clé, avec correction guidée.
Forme exponentielle · Moivre
Exercice 1
Écrire z=1+i3 sous forme exponentielle, puis calculer z6.
Voir la correction
Module :∣z∣=12+(3)2=4=2.
Argument : on résout le systèmecosθ=21 et sinθ=23. Le cosinus seul autoriserait ±3π ; le sinus étant positif, θ=3π. Donc z=2eiπ/3.
Puissance : avec Moivre, z6=26ei×6×π/3=64e2iπ=64. Un nombre réel — voilà pourquoi on passe en exponentielle pour les puissances. ∎
Second degré · \Delta<0
Exercice 2
Résoudre dans C l'équation z2−2z+5=0.
Voir la correction
Coefficients réels. \Delta=(-2)^{2}-4\times1\times5=4-20=-16<0 : deux racines conjuguées. Comme ∣Δ∣=4 :
z1=22+4i=1+2i,z2=z1=1−2i.Vérif. : z1+z2=2=−ab ✓ et z1z2=(1+2i)(1−2i)=1+4=5=ac ✓ ∎
Euler · linéarisation
Exercice 3
Linéariser cos3θ (l'exprimer en somme de cosinus).
Voir la correction
Avec Euler cosθ=2eiθ+e−iθ :
cos3θ=81(eiθ+e−iθ)3=81(e3iθ+3eiθ+3e−iθ+e−3iθ).
On regroupe les conjugués : e3iθ+e−3iθ=2cos3θ et 3(eiθ+e−iθ)=6cosθ, d'où
cos3θ=4cos3θ+3cosθ.
Sous cette forme, cos3θ se primitive terme à terme. ∎
Racines n-ièmes
Exercice 4
Résoudre dans C l'équation z3=−8.
Voir la correction
On met le second membre sous forme exponentielle : −8=8eiπ. Les solutions sont
zk=38ei3π+2kπ=2ei3π+2kπ,k∈{0,1,2}.
On développe : z0=2eiπ/3=1+i3, z1=2eiπ=−2, z2=2ei5π/3=1−i3. Les trois images forment un triangle équilatéral de centre O. ∎
Transformation · rotation
Exercice 5
Déterminer la nature et les éléments caractéristiques de z′=iz+1−i.
Voir la correction
Ici λ=i. Comme ∣i∣=1 et i=1, c'est une rotation d'angle θ=arg(i)=2π.
Centre = point fixe : ω=iω+1−i⇒ω(1−i)=1−i⇒ω=1. Conclusion : rotation de centreΩ(1), angle2π.
Vérif. : z′−1=iz+1−i−1=i(z−1), forme z′−ω=eiθ(z−ω). ✓ ∎
Similitude directe
Exercice 6
Déterminer la nature et les éléments caractéristiques de z′=(1+i)z+2.
Conclusion : similitude directe de centreΩ(2i), rapport2, angle4π (composée d'une rotation d'angle 4π et d'une homothétie de rapport 2, de même centre). ∎
Besoin de plus d'exercices sur un point précis ? Demande à ton professeur en cours.
4 · Astuces & pièges à éviter
AstuceUne égalité complexe = deux équations réelles (parties réelle et imaginaire).
Astucezzˉ=∣z∣2 : la clé des quotients — on multiplie par le conjugué.
AstucePuissances ⇒ forme exponentielle (Moivre) ; linéarisation ⇒ Euler.
Astuce∣z−zA∣ est une distance : cercle, médiatrice, configurations géométriques.