L'arithmétique dans ℤ est l'une des signatures du programme de Sciences Mathématiques. Ce cours présente la division euclidienne, l'algorithme d'Euclide, le PGCD et le PPCM, les théorèmes de Bézout et de Gauss, les congruences et la résolution des équations diophantiennes. C'est un domaine où la démonstration l'emporte sur le calcul : on y attend un raisonnement d'une rigueur totale. Vous apprendrez notamment à traduire un problème de divisibilité en congruences modulo n, souvent le chemin le plus court vers la solution. Très présente dans les sujets d'examen national, l'arithmétique récompense la logique et la précision : ce cours vous en pose méthodiquement les bases.
1 · Résumé du cours
L'arithmétique est un chapitre emblématique de la filière Sciences Maths : elle demande moins de calcul que de raisonnement. Chaque théorème y a des conditions d'application précises, qu'il faut citer explicitement — c'est là que se gagnent (ou se perdent) les points.
1.1 Divisibilité & division euclidienne
Divisibilitéadiviseb (noté a∣b) s'il existe k∈Z tel que b=ka ; b est alors un multiple de a. Règles : a∣a, 1∣a, a∣0 ; transitivité (a∣b et b∣c⇒a∣c) ; a∣b et a∣c⇒a∣(bu+cv) ; a∣b et b∣a⇒a=±b.
Division euclidienne
Pour tout a∈Z et tout b=0, il existe un unique couple (q,r) tel que \boxed{\,a=bq+r,\ \ 0\le r<|b|\,}. q est le quotient, r le reste.
L'unicité est la clé
Ce n'est pas l'existence qui rend la division euclidienne utile, mais l'unicité de (q,r). C'est elle qui autorise à raisonner « le reste vaut nécessairement… » et qui fonde toute la théorie des congruences.
1.2 PGCD & algorithme d'Euclide
PGCD & premiers entre eux
Le PGCD de a,b (non tous deux nuls) est leur plus grand diviseur commun, noté pgcd(a,b) ou a∧b. Ils sont premiers entre eux lorsque a∧b=1.
Algorithme d'Euclide
Si r est le reste de a par b(b=0), alors pgcd(a,b)=pgcd(b,r). On répète jusqu'à un reste nul : le dernier reste non nul est le PGCD. Si d=a∧b, alors a=da′, b=db′ avec a′∧b′=1.
Exemple252=2×105+42, 105=2×42+21, 42=2×21+0. Dernier reste non nul : pgcd(252,105)=21.
1.3 Le PPCM
PPCM
Le PPCM de a,b non nuls est le plus petit de leurs multiples communs strictement positifs, noté ppcm(a,b) ou a∨b.
Relation fondamentale & décompositionspgcd(a,b)×ppcm(a,b)=∣ab∣ (donc si a∧b=1, ppcm=∣ab∣). Sur les décompositions : pgcd=∏pimin(αi,βi), ppcm=∏pimax(αi,βi). De plus m est multiple commun ⟺ppcm(a,b)∣m.
min et max
Le PGCD prend les plus petits exposants, le PPCM les plus grands. Comme min(α,β)+max(α,β)=α+β, la relation pgcd×ppcm=∣ab∣ en découle. Exemple : ppcm(252,105)=21252×105=1260.
Piège — plusieurs entiers
Pour n≥3 entiers : « premiers entre eux dans leur ensemble » (pgcd(a1,…,an)=1) est plus faible que « deux à deux » (pgcd(ai,aj)=1). Ex : 6,10,15 : pgcd=1 mais pgcd(6,10)=2. PGCD/PPCM se calculent de proche en proche : pgcd(a1,…,an)=pgcd(pgcd(a1,…,an−1),an). La relation pgcd×ppcm=∣ab∣ ne se généralise PAS à trois entiers.
1.4 Bézout & Gauss
Identité de Bézouta∧b=1⟺ il existe u,v∈Z tels que au+bv=1. Plus généralement, il existe toujours u,v tels que au+bv=pgcd(a,b). Bézout généralisé :pgcd(a1,…,an)=1⟺∃ui,∑aiui=1.
Théorème de Gauss
Si a∣bceta∧b=1, alors a∣c.
La condition oubliée (erreur nº1)
Gauss n'est vrai qu'à condition que a soit premier avec b. Sans elle, faux : 6∣4×3 mais 6 ne divise ni 4 ni 3. Citez toujours cette condition.
Méthodes
Prouver a∧b=1 : exhiber une combinaison de Bézout au+bv=1 (plus rapide que calculer le PGCD).
Couple de Bézout : écrire les divisions d'Euclide, puis remonter en isolant le PGCD et en remplaçant les restes ligne après ligne.
1.5 Équations diophantiennes ax+by=c
Existence & structure
Soit d=a∧b. (E):ax+by=c admet des solutions dans Z2⟺d∣c. Si (x0,y0) est une solution particulière et a=da′, b=db′ (a′∧b′=1), l'ensemble des solutions est
{(x0+kb′,y0−ka′):k∈Z}
Méthode — résoudre ax+by=c① Calculer d=a∧b, tester d∣c (sinon aucune solution). ② Simplifier par d : a′x+b′y=c′, a′∧b′=1. ③ Solution particulière (à vue ou par remontée d'Euclide). ④ Solution générale (x0+kb′,y0−ka′). ⑤Vérifier (les k disparaissent).
Les deux fautes d'examenOublier de tester d∣c avant de calculer ; et intervertir a′ et b′ dans la solution générale. Retenez : le coefficient de k dans x est celui de l'autre inconnue (b′), avec changement de signe pour y. La vérification lève tout doute.
1.6 Nombres premiers
Définition & décompositionp≥2 est premier s'il n'a que deux diviseurs positifs : 1 et lui-même. Tout n≥2 se décompose de manière unique (à l'ordre près) : n=p1α1⋯pkαk. Si p premier et p∣ab, alors p∣a ou p∣b. Pour tester n, il suffit de vérifier qu'aucun premier p≤n ne le divise.
Nombre de diviseurs
Si n=p1α1⋯pkαk, les diviseurs positifs sont les p1β1⋯pkβk avec 0≤βi≤αi, et leur nombre est τ(n)=(α1+1)(α2+1)⋯(αk+1).
Pourquoi ce produit — & infinité des premiers
Choisir un diviseur = choisir indépendamment chaque exposant βi parmi αi+1 valeurs ; d'où le produit. Ex : 360=23×32×5, τ(360)=4×3×2=24. — Il existe une infinité de premiers : sinon, N=p1⋯pk+1 aurait un diviseur premier pi qui diviserait N et p1⋯pk, donc 1 : impossible.
Petit théorème de Fermat
Soit ppremier. Si p∤a : ap−1≡1[p]. Pour touta : ap≡a[p].
Deux conditions à surveillerp doit être premier, et la première forme exige p∤a. La seconde forme (ap≡a) est valable sans restriction — celle qu'on utilise quand on ignore si p∣a.
1.7 Les congruences
Définition
Pour n≥1 : a≡b[n] lorsque n∣(a−b), c'est-à-dire lorsque a et b ont le même reste dans la division par n.
Compatibilité avec les opérations
Si a≡b[n] et c≡d[n], alors a+c≡b+d, ac≡bd, ak≡bk[n].
À quoi servent les congruences
Elles remplacent un nombre par son reste — souvent minuscule. Pour 2100 modulo 7, on cherche un petit exposant où 2k≡1, puis on exploite la périodicité. Des calculs gigantesques deviennent de l'arithmétique de poche.
Simplifier avec précautionac≡bc[n] et c∧n=1⇒a≡b[n]. Sans c∧n=1, faux : 2×3≡2×0[6] mais 3≡0[6].
Critères de divisibilité (en 3 lignes)
Avec N=∑ak10k : 10≡1[9]⇒N≡∑ak (div. par 9 ou 3⟺ somme des chiffres) ; 10≡−1[11]⇒N≡∑(−1)kak (div. par 11⟺ somme alternée) ; 10k≡0[4] si k≥2 (div. par 4⟺ deux derniers chiffres).
1.8 L'anneau Z/nZ
Classes de congruence
La classe de a modulo n est aˉ={x∈Z:x≡a[n]}={a+kn:k∈Z}. On a aˉ=bˉ⟺a≡b[n] : deux classes sont égales ou disjointes (elles partitionnentZ). Il y a exactement n classes : Z/nZ={0ˉ,1ˉ,…,n−1}.
Structure d'anneau
On pose aˉ+bˉ=a+b et aˉ×bˉ=ab. Ces opérations sont bien définies (indépendantes des représentants — c'est la compatibilité des congruences), et (Z/nZ,+,×) est un anneau commutatif unitaire, de zéro 0ˉ, d'unité 1ˉ.
Table de Z/5Z (×)×0ˉ1ˉ2ˉ3ˉ4ˉ0ˉ0ˉ0ˉ0ˉ0ˉ0ˉ1ˉ0ˉ1ˉ2ˉ3ˉ4ˉ2ˉ0ˉ2ˉ4ˉ1ˉ3ˉ3ˉ0ˉ3ˉ1ˉ4ˉ2ˉ4ˉ0ˉ4ˉ3ˉ2ˉ1ˉ
Chaque ligne non nulle contient un 1ˉ : tout élément non nul est inversible (ex. 2ˉ×3ˉ=1ˉ, donc 2ˉ−1=3ˉ).
Z/12Z : les 12 classes disposées en cercle. On « tourne en rond » : 12≡0, 13≡1, −1≡11… C'est l'arithmétique de l'horloge, image concrète des congruences.
Inversibles & corpsaˉ est inversible (pour ×) ⟺a∧n=1 (Bézout : au+nv=1⇒aˉ−1=uˉ). Et (Z/nZ,+,×) est un corps⟺n est premier : pour p premier, tous les éléments non nuls de Z/pZ sont inversibles.
Corps ⟺ premier — le contraste
Dans Z/6Z : 2ˉ×3ˉ=0ˉ avec 2ˉ,3ˉ=0ˉ — des diviseurs de zéro, donc pas un corps (6 non premier). Dans Z/5Z : aucun produit de non-nuls n'est nul, tout non-nul est inversible — un corps (5 premier). C'est l'exemple fondamental de corps fini, et il éclaire Fermat : les p−1 classes non nulles forment un groupe multiplicatif, d'où aˉp−1=1ˉ.
1.9 Systèmes de numération
Écriture en base b
Soit b≥2. Tout N≥1 s'écrit de manière uniqueN=anbn+⋯+a1b+a0, 0\le a_i<b, an=0 ; on note N=an…a0b. En base b>10, on utilise A=10,…,F=15 (hexadécimal, b=16 ; binaire, b=2).
Méthode — changer de baseBase b→base 10 : développer ∑aibi. Base 10→base b : divisions euclidiennes successives par b ; les restes, lus du dernier au premier (de bas en haut), donnent les chiffres. Un entier est divisible par b⟺ son dernier chiffre est nul (N≡a0[b]).
Calculer en base b
On pose l'opération comme en base 10, mais on retient dès que l'on atteint b : à chaque colonne, si le total vaut s, on écrit smodb et on reporte ⌊s/b⌋. Ex : 45=1011012 (car 32+8+4+1=45) ; 345+235=1125 (car 19+13=32).
2 · Feuille de route
L'ordre conseillé pour maîtriser le chapitre.
1
Division euclidienne
a=bq+r, 0\le r<|b| : unicité de (q,r).
2
PGCD / PPCM
Euclide ; pgcd×ppcm=∣ab∣ (2 entiers).
3
Bézout & Gauss
au+bv=1 ; Gauss (condition a∧b=1).
4
Diophantiennes
ax+by=c : d∣c, puis (x0+kb′,y0−ka′).
5
Premiers & Fermat
τ(n)=∏(αi+1) ; ap−1≡1[p].
6
Congruences
Remplacer par le reste ; périodicité ; critères.
7
Z/nZ
Anneau ; inversible ⟺a∧n=1 ; corps ⟺n premier.
8
Bases
Divisions par b, restes lus de bas en haut.
3 · Exercices choisis
Une sélection couvrant chaque compétence clé, avec correction guidée.
Bézout · premiers entre eux
Exercice 1
Montrer que pour tout entier n, les entiers 2n+1 et 3n+1 sont premiers entre eux.
Voir la correction
On cherche une combinaison de Bézout : 3(2n+1)−2(3n+1)=6n+3−6n−2=1. On a donc (2n+1)×3+(3n+1)×(−2)=1. D'après Bézout, 2n+1 et 3n+1 sont premiers entre eux, et ce pour toutn. ∎
Euclide · remontée de Bézout
Exercice 2
Déterminer pgcd(252,105), puis un couple (u,v) tel que 252u+105v=pgcd(252,105).
Voir la correction
PGCD : Euclide donne 252=2×105+42, 105=2×42+21, 42=2×21+0, donc pgcd=21.
Bézout (remontée) : ligne 2 : 21=105−2×42. Ligne 1 : 42=252−2×105. On remplace :
21=105−2(252−2×105)=5×105−2×252.
Donc 252×(−2)+105×5=21, soit (u,v)=(−2,5). ∎
Congruences · périodicité
Exercice 3
Déterminer le reste de la division de 2100 par 7.
Voir la correction
Périodicité de 2k modulo 7 : 21≡2, 22≡4, 23≡8≡1[7]. Période 3. Or 100=3×33+1, donc
2100=(23)33×2≡133×2≡2[7].
Le reste est 2. ∎
Équation diophantienne
Exercice 4
Résoudre dans Z2 l'équation (E):24x+18y=30.
Voir la correction
①pgcd(24,18)=6 et 6∣30 : il y a des solutions. ② On divise par 6 : 4x+3y=5, avec 4∧3=1. ③ Solution particulière : 4×(−1)+3×3=5, donc (x0,y0)=(−1,3). ④ Avec a′=4,b′=3 :
(x,y)=(−1+3k,3−4k),k∈Z.⑤ Vérif. : 4(−1+3k)+3(3−4k)=−4+12k+9−12k=5 ✓ ∎
Fermat · grande puissance
Exercice 5
Déterminer le reste de 52026 modulo 13.
Voir la correction
13 est premier et 13∤5, donc par Fermat 512≡1[13]. Or 2026=12×168+10, d'où
52026=(512)168×510≡510[13].
Puis 52=25≡−1[13], donc 510=(52)5≡(−1)5=−1≡12[13]. Le reste est 12. ∎
Z/nZ · inverse & équation
Exercice 6
Dans Z/7Z : a) justifier que 4ˉ est inversible et donner son inverse ; b) résoudre 4ˉxˉ=5ˉ.
Voir la correction
a)7 est premier, donc Z/7Z est un corps et toute classe non nulle est inversible. Comme 4×2=8≡1[7], on a 4ˉ−1=2ˉ.
b) On multiplie par 2ˉ : 2ˉ×4ˉxˉ=2ˉ×5ˉ⇒1ˉxˉ=10=3ˉ. Donc xˉ=3ˉ. Vérif. : 4ˉ×3ˉ=12=5ˉ (car 12=7+5) ✓ ∎
Besoin de plus d'exercices sur un point précis ? Demande à ton professeur en cours.
4 · Astuces & pièges à éviter
AstuceLa division euclidienne est unique : c'est ce qui fait marcher tout le reste.
Astuce« Premiers entre eux » se prouve en exhibant une combinaison au+bv=1.
AstuceCouple de Bézout : algorithme d'Euclide, puis remontée ligne par ligne.
AstuceGrandes puissances ⇒ congruences (périodicité) ou Fermatap−1≡1[p].
Astuceτ(n)=∏(αi+1) pour le nombre de diviseurs.
AstuceZ/nZ corps ⟺n premier ; aˉ inversible ⟺a∧n=1 (par Bézout).
PiègeGauss exige a∧b=1 : sans cette condition, a∣bc n'entraîne pas a∣c.
PiègeDiophantienne : tester d∣cavant tout, et ne pas intervertir a′ et b′.
PiègeSimplifier une congruence par c n'est licite que si c∧n=1.
Piègepgcd×ppcm=∣ab∣ ne vaut que pour deux entiers, pas trois.
Piège « Premiers entre eux deux à deux » est plus fort que « dans leur ensemble ».