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1ʳᵉ Bac · Sciences Maths · Chapitre 18

Le produit vectoriel

1 · Résumé du cours

1.1 Orienter l'espace

Trièdre et base directe Trois vecteurs non coplanaires ı,ȷ,k\vec\imath,\vec\jmath,\vec k forment un trièdre. Orienter l'espace, c'est décider lesquels de ces trièdres seront dits directs. La convention universelle est la règle du bonhomme d'Ampère : le bonhomme, couché le long de k\vec k, les pieds à l'origine et la tête vers la pointe, regardant ı\vec\imath, doit avoir ȷ\vec\jmath à sa gauche.
La main droite, plus rapide Pouce =ı=\vec\imath, index =ȷ=\vec\jmath, majeur =k=\vec k : si les trois doigts de la main droite se placent naturellement ainsi, la base est directe. Avec la main gauche, elle est indirecte.
Le produit vectoriel dépend de l'orientation Tout ce chapitre suppose l'espace orienté et travaille dans une base orthonormée directe. Échanger deux vecteurs de la base change le sens du résultat : uv\vec u\wedge\vec v n'a de sens que l'orientation étant fixée.

1.2 Définition du produit vectoriel

Définition L'espace étant orienté, le produit vectoriel de u\vec u et v\vec v est le vecteur noté uv\vec u\wedge\vec v défini par :
  • si u\vec u et v\vec v sont colinéaires : uv=0\vec u\wedge\vec v=\vec0 ;
  • sinon, uv\vec u\wedge\vec v est le vecteur orthogonal à u\vec u et à v\vec v, tel que (u,v,uv)(\vec u,\vec v,\vec u\wedge\vec v) soit une base directe, et de norme uv=uvsin(u,v^).\|\vec u\wedge\vec v\|=\|\vec u\|\,\|\vec v\|\,\big|\sin\big(\widehat{\vec u,\vec v}\big)\big|.
Interprétation de la norme uv\|\vec u\wedge\vec v\| est l'aire du parallélogramme construit sur u\vec u et v\vec v. C'est la lecture géométrique à retenir : le produit vectoriel mesure « ce qui reste » quand on enlève la part de v\vec v parallèle à u\vec u.
Scalaire ou vectoriel : deux natures Le produit scalaire uv\vec u\cdot\vec v est un nombre : il sert aux angles, à l'orthogonalité, aux distances à un plan. Le produit vectoriel uv\vec u\wedge\vec v est un vecteur : il sert aux directions normales, à la colinéarité et aux aires. Écrire uv=3\vec u\wedge\vec v=3 est une faute de nature, pas de calcul.

1.3 Propriétés

Antisymétrie et linéarité Pour tous vecteurs u,v,w\vec u,\vec v,\vec w et tout réel λ\lambda : vu=(uv),uu=0,\vec v\wedge\vec u=-\,(\vec u\wedge\vec v),\qquad \vec u\wedge\vec u=\vec0, (λu)v=u(λv)=λ(uv),(\lambda\vec u)\wedge\vec v=\vec u\wedge(\lambda\vec v)=\lambda\,(\vec u\wedge\vec v), u(v+w)=uv+uw.\vec u\wedge(\vec v+\vec w)=\vec u\wedge\vec v+\vec u\wedge\vec w. Le produit vectoriel est donc antisymétrique et bilinéaire.
Le test de colinéarité uv=0    u et v sont colineˊaires.\vec u\wedge\vec v=\vec0 \iff \vec u \text{ et } \vec v \text{ sont colinéaires}. En particulier, A,B,CA,B,C sont alignés si et seulement si ABAC=0\overrightarrow{AB}\wedge\overrightarrow{AC}=\vec0.
Sur une base orthonormée directe ıȷ=k,ȷk=ı,kı=ȷ.\vec\imath\wedge\vec\jmath=\vec k,\qquad \vec\jmath\wedge\vec k=\vec\imath,\qquad \vec k\wedge\vec\imath=\vec\jmath. On tourne toujours dans le même sens ıȷkı\vec\imath\to\vec\jmath\to\vec k\to\vec\imath ; remonter le cycle change le signe.
Ni commutatif, ni associatif uvvu\vec u\wedge\vec v\neq\vec v\wedge\vec u dès que les vecteurs ne sont pas colinéaires, et en général (uv)wu(vw).(\vec u\wedge\vec v)\wedge\vec w \neq \vec u\wedge(\vec v\wedge\vec w). On n'écrit donc jamais uvw\vec u\wedge\vec v\wedge\vec w sans parenthèses.

1.4 Expression analytique

Coordonnées en base orthonormée directe Si u(x,y,z)\vec u(x,y,z) et v(x,y,z)\vec v(x',y',z') dans une base orthonormée directe : uv=(yzzy ,  zxxz ,  xyyx).\vec u\wedge\vec v=\big(\,yz'-zy'\ ,\ \ zx'-xz'\ ,\ \ xy'-yx'\,\big).
Comment ne pas se tromper Écrire les deux triplets l'un sous l'autre. Pour la première coordonnée, on barre la première ligne et on croise ce qui reste : yzzyyz'-zy'. Pour la troisième, on barre la troisième : xyyxxy'-yx'. La deuxième se calcule pareil mais on change le signe — d'où la forme zxxzzx'-xz', et non xzzxxz'-zx'.
Identité de Lagrange uv2+(uv)2=u2v2.\|\vec u\wedge\vec v\|^{2}+(\vec u\cdot\vec v)^{2}=\|\vec u\|^{2}\,\|\vec v\|^{2}. Elle relie les deux produits et permet de contrôler un calcul : si les deux membres diffèrent, une coordonnée est fausse.

1.5 Les trois applications au programme

Aires Aire du parallélogramme construit sur u\vec u et v\vec v :  uv\ \|\vec u\wedge\vec v\|. Aire du triangle ABCABC : A(ABC)=12ABAC.\mathcal{A}(ABC)=\tfrac12\,\big\|\overrightarrow{AB}\wedge\overrightarrow{AC}\big\|.
Plan défini par trois points non alignés Si A,B,CA,B,C ne sont pas alignés, le vecteur n=ABAC\vec n=\overrightarrow{AB}\wedge\overrightarrow{AC} est normal au plan (ABC)(ABC), et M(ABC)    AMn=0.M\in(ABC)\iff \overrightarrow{AM}\cdot\vec n=0. En développant, on obtient l'équation cartésienne ax+by+cz+d=0ax+by+cz+d=0 avec n(a,b,c)\vec n(a,b,c).
Distance d'un point à une droite Soit (D)(D) la droite passant par AA et de vecteur directeur u0\vec u\neq\vec0, et soit MM un point de l'espace : d(M,(D))=AMuu.d\big(M,(D)\big)=\dfrac{\big\|\overrightarrow{AM}\wedge\vec u\big\|}{\|\vec u\|}. C'est l'aire du parallélogramme divisée par sa base : il reste la hauteur.
Pourquoi la physique s'en sert Le moment d'une force F\vec F appliquée en BB par rapport à un point AA vaut M=ABF\overrightarrow{\mathcal{M}}=\overrightarrow{AB}\wedge\vec F, et la force de Laplace s'écrit F=IB\vec F=I\,\vec\ell\wedge\vec B. Le produit vectoriel est l'outil qui traduit « faire tourner » — d'où son sens et sa direction perpendiculaires au plan de rotation.

2 · Exercices résolus

Calcul

Exercice 1

Dans une base orthonormée directe, on donne u(1,2,3)\vec u(1,-2,3) et v(2,1,1)\vec v(2,1,-1).

1) Calculer uv\vec u\wedge\vec v et vérifier le résultat. 2) Déterminer les vecteurs unitaires orthogonaux à la fois à u\vec u et à v\vec v.

Voir la correction

1) On applique la formule : uv=((2)(1)3×1 ,  3×21×(1) ,  1×1(2)×2)=(1,7,5).\vec u\wedge\vec v=\big((-2)(-1)-3\times1\ ,\ \ 3\times2-1\times(-1)\ ,\ \ 1\times1-(-2)\times2\big)=(-1,\,7,\,5).

Vérification par orthogonalité : u(uv)=114+15=0,v(uv)=2+75=0.\vec u\cdot(\vec u\wedge\vec v)=-1-14+15=0,\qquad \vec v\cdot(\vec u\wedge\vec v)=-2+7-5=0. Le résultat est bien orthogonal aux deux vecteurs.

2) Les vecteurs orthogonaux à u\vec u et v\vec v sont exactement les vecteurs colinéaires à uv\vec u\wedge\vec v. Or uv=(1)2+72+52=75=53.\|\vec u\wedge\vec v\|=\sqrt{(-1)^{2}+7^{2}+5^{2}}=\sqrt{75}=5\sqrt3.

Il y a donc deux vecteurs unitaires convenables, opposés l'un de l'autre : w=±153(1,7,5).\vec w=\pm\dfrac{1}{5\sqrt3}\,(-1,\,7,\,5). Oublier le signe - est l'erreur classique de cette question. ∎

Plan et aire

Exercice 2

On considère A(1,2,0)A(1,2,0), B(2,0,1)B(2,0,1) et C(0,1,3)C(0,1,3).

1) Montrer que A,B,CA,B,C ne sont pas alignés et déterminer une équation cartésienne du plan (ABC)(ABC). 2) Calculer l'aire du triangle ABCABC.

Voir la correction

1) AB(1,2,1)\overrightarrow{AB}(1,-2,1) et AC(1,1,3)\overrightarrow{AC}(-1,-1,3), donc n=ABAC=((2)(3)(1)(1) ,  (1)(1)(1)(3) ,  (1)(1)(2)(1))=(5,4,3).\vec n=\overrightarrow{AB}\wedge\overrightarrow{AC}=\big((-2)(3)-(1)(-1)\ ,\ \ (1)(-1)-(1)(3)\ ,\ \ (1)(-1)-(-2)(-1)\big)=(-5,\,-4,\,-3).

Ce vecteur n'est pas nul : les points ne sont pas alignés, et n\vec n est normal au plan (ABC)(ABC). En prenant l'opposé (5,4,3)(5,4,3), qui convient tout autant, l'équation s'écrit 5(x1)+4(y2)+3(z0)=0    5x+4y+3z13=0.5(x-1)+4(y-2)+3(z-0)=0 \iff 5x+4y+3z-13=0.

Contrôle sur les trois points : 5+8+013=05+8+0-13=0, 10+0+313=010+0+3-13=0, 0+4+913=00+4+9-13=0. ✔

2) n=25+16+9=50=52\|\vec n\|=\sqrt{25+16+9}=\sqrt{50}=5\sqrt2, donc A(ABC)=12ABAC=522.\mathcal{A}(ABC)=\tfrac12\,\big\|\overrightarrow{AB}\wedge\overrightarrow{AC}\big\|=\dfrac{5\sqrt2}{2}.

Distance

Exercice 3

Soit (D)(D) la droite passant par A(1,0,1)A(1,0,-1) et de vecteur directeur u(2,1,2)\vec u(2,1,2). Calculer la distance du point M(3,2,1)M(3,2,1) à la droite (D)(D).

Voir la correction

AM(2,2,2)\overrightarrow{AM}(2,2,2) et u=4+1+4=3\|\vec u\|=\sqrt{4+1+4}=3. Puis AMu=(2×22×1 ,  2×22×2 ,  2×12×2)=(2,0,2),\overrightarrow{AM}\wedge\vec u=\big(2\times2-2\times1\ ,\ \ 2\times2-2\times2\ ,\ \ 2\times1-2\times2\big)=(2,\,0,\,-2), d'où AMu=4+0+4=22\big\|\overrightarrow{AM}\wedge\vec u\big\|=\sqrt{4+0+4}=2\sqrt2.

Finalement d(M,(D))=AMuu=223.d\big(M,(D)\big)=\dfrac{\big\|\overrightarrow{AM}\wedge\vec u\big\|}{\|\vec u\|}=\dfrac{2\sqrt2}{3}.

La distance est non nulle : MM n'appartient pas à (D)(D). ∎

Démonstration

Exercice 4

Démontrer que pour tous vecteurs u\vec u et v\vec v de l'espace : uv2+(uv)2=u2v2.\|\vec u\wedge\vec v\|^{2}+(\vec u\cdot\vec v)^{2}=\|\vec u\|^{2}\,\|\vec v\|^{2}.

Voir la correction

Si u=0\vec u=\vec0 ou v=0\vec v=\vec0, les deux membres sont nuls et l'égalité est vraie. On suppose donc les deux vecteurs non nuls et on note θ\theta une mesure de (u,v^)\big(\widehat{\vec u,\vec v}\big).

Par définition du produit scalaire et du produit vectoriel : uv=uvcosθ,uv=uvsinθ.\vec u\cdot\vec v=\|\vec u\|\,\|\vec v\|\cos\theta,\qquad \|\vec u\wedge\vec v\|=\|\vec u\|\,\|\vec v\|\,|\sin\theta|.

En élevant au carré et en additionnant : uv2+(uv)2=u2v2(sin2θ+cos2θ)=u2v2.\|\vec u\wedge\vec v\|^{2}+(\vec u\cdot\vec v)^{2}=\|\vec u\|^{2}\|\vec v\|^{2}\big(\sin^{2}\theta+\cos^{2}\theta\big)=\|\vec u\|^{2}\|\vec v\|^{2}.

Cette identité se vérifie sur l'exercice 1 : uv2=75\|\vec u\wedge\vec v\|^{2}=75, uv=223=3\vec u\cdot\vec v=2-2-3=-3 donc (uv)2=9(\vec u\cdot\vec v)^{2}=9, et u2v2=14×6=84=75+9\|\vec u\|^{2}\|\vec v\|^{2}=14\times6=84=75+9. ∎

L'essentiel du chapitre
  • Définition : uv\vec u\wedge\vec v est orthogonal à u\vec u et v\vec v, oriente (u,v,uv)(\vec u,\vec v,\vec u\wedge\vec v) en base directe, et uv=uvsinθ\|\vec u\wedge\vec v\|=\|\vec u\|\|\vec v\||\sin\theta|.
  • Coordonnées : uv=(yzzy, zxxz, xyyx)\vec u\wedge\vec v=(yz'-zy',\ zx'-xz',\ xy'-yx') — attention au signe de la deuxième.
  • Colinéarité : uv=0    u,v\vec u\wedge\vec v=\vec0\iff\vec u,\vec v colinéaires ; A,B,CA,B,C alignés     ABAC=0\iff\overrightarrow{AB}\wedge\overrightarrow{AC}=\vec0.
  • Aires : parallélogramme uv\|\vec u\wedge\vec v\| ; triangle 12ABAC\tfrac12\|\overrightarrow{AB}\wedge\overrightarrow{AC}\|.
  • Plan (ABC)(ABC) : normale n=ABAC\vec n=\overrightarrow{AB}\wedge\overrightarrow{AC}, puis AMn=0\overrightarrow{AM}\cdot\vec n=0.
  • Distance à une droite : d(M,(D))=AMuud\big(M,(D)\big)=\dfrac{\|\overrightarrow{AM}\wedge\vec u\|}{\|\vec u\|}.
  • Pièges : ni commutatif, ni associatif ; le résultat est un vecteur, jamais un nombre.
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