Trièdre et base directe
Trois vecteurs non coplanaires ,,k forment un trièdre. Orienter l'espace, c'est décider lesquels de ces trièdres seront dits directs. La convention universelle est la règle du bonhomme d'Ampère : le bonhomme, couché le long de k, les pieds à l'origine et la tête vers la pointe, regardant , doit avoir à sa gauche.
La main droite, plus rapide
Pouce =, index =, majeur =k : si les trois doigts de la main droite se placent naturellement ainsi, la base est directe. Avec la main gauche, elle est indirecte.
Le produit vectoriel dépend de l'orientation
Tout ce chapitre suppose l'espace orienté et travaille dans une base orthonormée directe. Échanger deux vecteurs de la base change le sens du résultat : u∧v n'a de sens que l'orientation étant fixée.
1.2 Définition du produit vectoriel
Définition
L'espace étant orienté, le produit vectoriel de u et v est le vecteur noté u∧v défini par :
si u et v sont colinéaires : u∧v=0 ;
sinon, u∧v est le vecteur orthogonal à u et à v, tel que (u,v,u∧v) soit une base directe, et de norme
∥u∧v∥=∥u∥∥v∥sin(u,v).
Interprétation de la norme∥u∧v∥ est l'aire du parallélogramme construit sur u et v. C'est la lecture géométrique à retenir : le produit vectoriel mesure « ce qui reste » quand on enlève la part de v parallèle à u.
Scalaire ou vectoriel : deux natures
Le produit scalaireu⋅v est un nombre : il sert aux angles, à l'orthogonalité, aux distances à un plan. Le produit vectorielu∧v est un vecteur : il sert aux directions normales, à la colinéarité et aux aires. Écrire u∧v=3 est une faute de nature, pas de calcul.
1.3 Propriétés
Antisymétrie et linéarité
Pour tous vecteurs u,v,w et tout réel λ :
v∧u=−(u∧v),u∧u=0,(λu)∧v=u∧(λv)=λ(u∧v),u∧(v+w)=u∧v+u∧w.
Le produit vectoriel est donc antisymétrique et bilinéaire.
Le test de colinéaritéu∧v=0⟺u et v sont colineˊaires.
En particulier, A,B,C sont alignés si et seulement si AB∧AC=0.
Sur une base orthonormée directe∧=k,∧k=,k∧=.
On tourne toujours dans le même sens →→k→ ; remonter le cycle change le signe.
Ni commutatif, ni associatifu∧v=v∧u dès que les vecteurs ne sont pas colinéaires, et en général
(u∧v)∧w=u∧(v∧w).
On n'écrit donc jamaisu∧v∧w sans parenthèses.
1.4 Expression analytique
Coordonnées en base orthonormée directe
Si u(x,y,z) et v(x′,y′,z′) dans une base orthonormée directe :
u∧v=(yz′−zy′,zx′−xz′,xy′−yx′).
Comment ne pas se tromper
Écrire les deux triplets l'un sous l'autre. Pour la première coordonnée, on barre la première ligne et on croise ce qui reste : yz′−zy′. Pour la troisième, on barre la troisième : xy′−yx′. La deuxième se calcule pareil mais on change le signe — d'où la forme zx′−xz′, et non xz′−zx′.
Identité de Lagrange∥u∧v∥2+(u⋅v)2=∥u∥2∥v∥2.
Elle relie les deux produits et permet de contrôler un calcul : si les deux membres diffèrent, une coordonnée est fausse.
1.5 Les trois applications au programme
Aires
Aire du parallélogramme construit sur u et v : ∥u∧v∥. Aire du triangleABC :
A(ABC)=21AB∧AC.
Plan défini par trois points non alignés
Si A,B,C ne sont pas alignés, le vecteur n=AB∧AC est normal au plan (ABC), et
M∈(ABC)⟺AM⋅n=0.
En développant, on obtient l'équation cartésienne ax+by+cz+d=0 avec n(a,b,c).
Distance d'un point à une droite
Soit (D) la droite passant par A et de vecteur directeur u=0, et soit M un point de l'espace :
d(M,(D))=∥u∥AM∧u.
C'est l'aire du parallélogramme divisée par sa base : il reste la hauteur.
Pourquoi la physique s'en sert
Le moment d'une force F appliquée en B par rapport à un point A vaut M=AB∧F, et la force de Laplace s'écrit F=Iℓ∧B. Le produit vectoriel est l'outil qui traduit « faire tourner » — d'où son sens et sa direction perpendiculaires au plan de rotation.
2 · Exercices résolus
Calcul
Exercice 1
Dans une base orthonormée directe, on donne u(1,−2,3) et v(2,1,−1).
1) Calculer u∧v et vérifier le résultat. 2) Déterminer les vecteurs unitaires orthogonaux à la fois à u et à v.
Voir la correction
1) On applique la formule :
u∧v=((−2)(−1)−3×1,3×2−1×(−1),1×1−(−2)×2)=(−1,7,5).
Vérification par orthogonalité :
u⋅(u∧v)=−1−14+15=0,v⋅(u∧v)=−2+7−5=0.
Le résultat est bien orthogonal aux deux vecteurs.
2) Les vecteurs orthogonaux à u et v sont exactement les vecteurs colinéaires à u∧v. Or
∥u∧v∥=(−1)2+72+52=75=53.
Il y a donc deux vecteurs unitaires convenables, opposés l'un de l'autre :
w=±531(−1,7,5).
Oublier le signe − est l'erreur classique de cette question. ∎
Plan et aire
Exercice 2
On considère A(1,2,0), B(2,0,1) et C(0,1,3).
1) Montrer que A,B,C ne sont pas alignés et déterminer une équation cartésienne du plan (ABC). 2) Calculer l'aire du triangle ABC.
Voir la correction
1) AB(1,−2,1) et AC(−1,−1,3), donc
n=AB∧AC=((−2)(3)−(1)(−1),(1)(−1)−(1)(3),(1)(−1)−(−2)(−1))=(−5,−4,−3).
Ce vecteur n'est pas nul : les points ne sont pas alignés, et n est normal au plan (ABC). En prenant l'opposé (5,4,3), qui convient tout autant, l'équation s'écrit
5(x−1)+4(y−2)+3(z−0)=0⟺5x+4y+3z−13=0.
Contrôle sur les trois points : 5+8+0−13=0, 10+0+3−13=0, 0+4+9−13=0. ✔
2) ∥n∥=25+16+9=50=52, donc
A(ABC)=21AB∧AC=252. ∎
Distance
Exercice 3
Soit (D) la droite passant par A(1,0,−1) et de vecteur directeur u(2,1,2). Calculer la distance du point M(3,2,1) à la droite (D).
Voir la correction
AM(2,2,2) et ∥u∥=4+1+4=3. Puis
AM∧u=(2×2−2×1,2×2−2×2,2×1−2×2)=(2,0,−2),
d'où AM∧u=4+0+4=22.
Finalement
d(M,(D))=∥u∥AM∧u=322.
La distance est non nulle : M n'appartient pas à (D). ∎
Démonstration
Exercice 4
Démontrer que pour tous vecteurs u et v de l'espace :
∥u∧v∥2+(u⋅v)2=∥u∥2∥v∥2.
Voir la correction
Si u=0 ou v=0, les deux membres sont nuls et l'égalité est vraie. On suppose donc les deux vecteurs non nuls et on note θ une mesure de (u,v).
Par définition du produit scalaire et du produit vectoriel :
u⋅v=∥u∥∥v∥cosθ,∥u∧v∥=∥u∥∥v∥∣sinθ∣.
En élevant au carré et en additionnant :
∥u∧v∥2+(u⋅v)2=∥u∥2∥v∥2(sin2θ+cos2θ)=∥u∥2∥v∥2.
Cette identité se vérifie sur l'exercice 1 : ∥u∧v∥2=75, u⋅v=2−2−3=−3 donc (u⋅v)2=9, et ∥u∥2∥v∥2=14×6=84=75+9. ∎
L'essentiel du chapitre
Définition :u∧v est orthogonal à u et v, oriente (u,v,u∧v) en base directe, et ∥u∧v∥=∥u∥∥v∥∣sinθ∣.
Coordonnées :u∧v=(yz′−zy′,zx′−xz′,xy′−yx′) — attention au signe de la deuxième.