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1ʳᵉ Bac · Sciences Expérimentales · Chapitre 3

Suites numériques

Une suite, c'est une liste ordonnée de nombres indexée par les entiers : le capital d'un compte année après année, une population qui évolue, un échéancier de remboursement. Ce chapitre pose le vocabulaire (terme général, définition explicite ou récurrente, sens de variation, suite majorée / minorée / bornée) puis se concentre sur les deux modèles que vous retrouverez partout : les suites arithmétiques (on ajoute toujours la même raison) et les suites géométriques (on multiplie toujours par la même raison). Vous apprendrez à reconnaître chaque type, à calculer le terme de rang n, à sommer un grand nombre de termes d'un coup, et à traiter une suite arithmético-géométrique u(n+1) = a·u(n) + b grâce au point fixe. La notion de limite d'une suite, elle, est réservée à la 2ᵉ Bac.

1 · Résumé du cours

Une suite est une liste ordonnée de nombres, indexée par les entiers. On la rencontre partout : intérêts d'un capital, populations, échéanciers. Ce chapitre installe le vocabulaire (terme général, monotonie, bornes) puis étudie les deux modèles fondamentaux : les suites arithmétiques et géométriques.

1.1 Généralités

Définition — suite numérique Une suite numérique est une fonction définie sur N\mathbb{N}, ou sur une partie de N\mathbb{N}, et à valeurs dans R\mathbb{R}. L'image de l'entier nn se note unu_n : c'est le terme de rang nn. Si la suite commence au rang pp, on la note (un)np(u_n)_{n\ge p} et son premier terme est upu_p.
Définition — deux modes de définition
  • Explicite : unu_n est donné directement en fonction de nn, par exemple un=n21u_n=n^2-1 ;
  • Récurrente : on donne un ou plusieurs termes initiaux et une relation permettant de calculer les suivants, par exemple u0=2u_0=2 et un+1=3un+1u_{n+1}=3u_n+1.

Exemple. Si un=2n23u_n=2n^2-3, alors u0=3u_0=-3, u1=1u_1=-1, u2=5u_2=5. Si v0=1v_0=1 et vn+1=2vn+3v_{n+1}=2v_n+3, alors v1=5v_1=5 et v2=13v_2=13.

Le rang initial fait partie de la définition La formule seule ne suffit pas toujours. Les suites (un)n0(u_n)_{n\ge0} et (un)n1(u_n)_{n\ge1} données par un=1nu_n=\dfrac1n n'ont pas le même domaine : la première n'est pas définie au rang 00, la seconde l'est bien.

1.2 Représentation graphique

Dans un repère, une suite (un)(u_n) est représentée par les points Mn(n,un)M_n(n,u_n). Les abscisses étant des entiers, c'est un ensemble de points isolés, pas une courbe continue. Pour une suite récurrente un+1=f(un)u_{n+1}=f(u_n), on peut construire les termes « en escalier » à l'aide de la courbe y=f(x)y=f(x) et de la droite y=xy=x : on lit un+1u_{n+1} sur la courbe de ff, puis on le reporte sur l'axe grâce à y=xy=x.

Explicite ou récurrente : ne pas confondre Avec une formule explicite, on calcule u100u_{100} directement. Avec une formule récurrente, il faut connaître unu_n pour obtenir un+1u_{n+1} : calculer u100u_{100} demande en principe tous les termes précédents — d'où l'intérêt de trouver le terme général.

1.3 Sens de variation

Définition La suite (un)np(u_n)_{n\ge p} est :
  • croissante si, pour tous m,npm,n\ge p, mnumunm\le n\Rightarrow u_m\le u_n ;
  • décroissante si, pour tous m,npm,n\ge p, mnumunm\le n\Rightarrow u_m\ge u_n ;
  • constante si tous ses termes sont égaux ;
  • monotone si elle est croissante ou décroissante.
Les inégalités strictes définissent une suite strictement croissante ou décroissante.
Comparaison de deux termes consécutifs (un) croissante    np, un+1un,(un) deˊcroissante    np, un+1un.(u_n)\text{ croissante}\iff\forall n\ge p,\ u_{n+1}\ge u_n,\qquad (u_n)\text{ décroissante}\iff\forall n\ge p,\ u_{n+1}\le u_n.
Méthode — étudier la monotonie
  1. Signe de un+1unu_{n+1}-u_n : positif \Rightarrow croissante ;
  2. si tous les termes sont >0>0, comparer un+1un\dfrac{u_{n+1}}{u_n} à 11 ;
  3. si un=f(n)u_n=f(n) est explicite, la monotonie de ff donne celle de la suite.

Exemple. Pour un=n2nu_n=n^2-n : un+1un=(n+1)2(n+1)(n2n)=2n0u_{n+1}-u_n=(n+1)^2-(n+1)-(n^2-n)=2n\ge0. La suite est croissante.

1.4 Suite majorée, minorée, bornée

Définition (un)(u_n) est majorée s'il existe MM tel que n, unM\forall n,\ u_n\le M ; minorée s'il existe mm tel que n, unm\forall n,\ u_n\ge m ; bornée si elle est majorée et minorée.
Caractérisation par la valeur absolue (un)(u_n) est bornée si et seulement s'il existe un réel A>0A>0 tel que n, unA\forall n,\ |u_n|\le A.
Méthode — encadrer une suite récurrente Pour démontrer qu'une suite récurrente reste dans [a,b][a,b], on utilise une récurrence :
  1. vérifier que up[a,b]u_p\in[a,b] ;
  2. supposer un[a,b]u_n\in[a,b] ;
  3. utiliser un+1=f(un)u_{n+1}=f(u_n) pour prouver un+1[a,b]u_{n+1}\in[a,b].

Exemple. Soit u0=0u_0=0 et un+1=1+un2u_{n+1}=1+\dfrac{u_n}{2}. Au rang 00, 0u020\le u_0\le2. Si 0un20\le u_n\le2, alors 0un210\le\dfrac{u_n}{2}\le1, donc 1un+121\le u_{n+1}\le2, et en particulier 0un+120\le u_{n+1}\le2. Par récurrence, 0un20\le u_n\le2 pour tout nn : la suite est bornée.

1.5 Suites arithmétiques

Définition (un)(u_n) est arithmétique s'il existe un réel rr, la raison, tel que n, un+1=un+r\forall n,\ u_{n+1}=u_n+r. On passe d'un terme au suivant en ajoutant toujours rr.
Terme général Si (un)(u_n) est arithmétique de raison rr : un=u0+nret plus geˊneˊralementun=up+(np)r(np).u_n=u_0+n\,r\qquad\text{et plus généralement}\qquad u_n=u_p+(n-p)\,r\quad(n\ge p). Si le premier terme est u1u_1, alors un=u1+(n1)ru_n=u_1+(n-1)r.
Reconnaître · varier · trois termes
  • (un)(u_n) arithmétique     un+1un\iff u_{n+1}-u_n est constant ;
  • variation selon le signe de rr : croissante si r>0r>0, décroissante si r<0r<0, constante si r=0r=0 ;
  • trois réels a,b,ca,b,c (dans cet ordre) sont consécutifs d'une suite arithmétique     2b=a+c\iff 2b=a+c ; ainsi 2un+1=un+un+22u_{n+1}=u_n+u_{n+2}.
Somme de termes consécutifs La somme vaut le nombre de termes multiplié par la demi-somme des extrêmes : u0+u1++un=(n+1)u0+un2,up++un=(np+1)up+un2.u_0+u_1+\dots+u_n=(n+1)\,\dfrac{u_0+u_n}{2},\qquad u_p+\dots+u_n=(n-p+1)\dfrac{u_p+u_n}{2}. En particulier 1+2++n=n(n+1)21+2+\dots+n=\dfrac{n(n+1)}2.
Compter les termes · notation sigma Dans une somme du rang pp au rang nn, le nombre de termes est np+1n-p+1 (à calculer avant d'appliquer la formule). On note k=pnuk=up+up+1++un\displaystyle\sum_{k=p}^{n}u_k=u_p+u_{p+1}+\dots+u_n, où kk est un indice muet.
« Nombre de termes × moyenne des bords » Somme == (nombre de termes) ×premier+dernier2\times\dfrac{\text{premier}+\text{dernier}}2. Attention : de u0u_0 à unu_n, il y a n+1n+1 termes (et non nn).

1.6 Suites géométriques

Définition (un)(u_n) est géométrique s'il existe un réel qq, la raison, tel que n, un+1=qun\forall n,\ u_{n+1}=q\,u_n. On passe d'un terme au suivant en multipliant toujours par qq.
Terme général Si (un)(u_n) est géométrique de raison q0q\neq0 : un=u0qnet plus geˊneˊralementun=upqnp(np).u_n=u_0\,q^{\,n}\qquad\text{et plus généralement}\qquad u_n=u_p\,q^{\,n-p}\quad(n\ge p). Si le premier terme est u1u_1, alors un=u1qn1u_n=u_1q^{n-1}. Si q=0q=0, tous les termes à partir de up+1u_{p+1} sont nuls.
Reconnaître · trois termes · sens de variation
  • si tous les termes sont non nuls, (un)(u_n) géométrique     un+1un\iff\dfrac{u_{n+1}}{u_n} est constant ;
  • a,b,ca,b,c consécutifs d'une suite géométrique b2=ac\Rightarrow b^2=ac ; réciproquement, si a0a\neq0 et b2=acb^2=ac, ils sont consécutifs de raison q=baq=\dfrac ba ;
  • avec up>0u_p>0 : si q>1q>1 croissante, si 0<q<10<q<1 décroissante ; si q<0q<0 les signes alternent (non monotone) ; si q=1q=1 constante.
Somme de termes consécutifs (q1q\neq1) 1+q+q2++qn=1qn+11q,u0+u1++un=u01qn+11q,1+q+q^2+\dots+q^n=\dfrac{1-q^{\,n+1}}{1-q},\qquad u_0+u_1+\dots+u_n=u_0\,\dfrac{1-q^{\,n+1}}{1-q}, et plus généralement up++un=up1qnp+11qu_p+\dots+u_n=u_p\dfrac{1-q^{\,n-p+1}}{1-q}.
« Premier terme × 1qnb termes1q\dfrac{1-q^{\text{nb termes}}}{1-q} » De u0u_0 à unu_n : n+1n+1 termes, d'où l'exposant n+1n+1. Si q=1q=1, la suite est constante et la somme vaut simplement (n+1)u0(n+1)\,u_0.

1.7 Suites arithmético-géométriques

Une suite définie par un+1=aun+bu_{n+1}=a\,u_n+b n'est en général ni arithmétique ni géométrique. On la transforme en suite géométrique grâce au point fixe.

Méthode — recherche du point fixe
  1. si a=1a=1, alors un+1=un+bu_{n+1}=u_n+b : la suite est arithmétique ;
  2. si a1a\neq1, on cherche \ell vérifiant =a+b\ell=a\ell+b, soit =b1a\ell=\dfrac{b}{1-a} ;
  3. on pose vn=unv_n=u_n-\ell. Alors vn+1=un+1=a(un)=avnv_{n+1}=u_{n+1}-\ell=a(u_n-\ell)=a\,v_n : (vn)(v_n) est géométrique de raison aa ;
  4. on en déduit vn=(u0)anv_n=(u_0-\ell)a^n et un=+(u0)anu_n=\ell+(u_0-\ell)a^n.

Exemple. Soit u0=4u_0=4 et un+1=3un2u_{n+1}=3u_n-2. Le point fixe : =32=1\ell=3\ell-2\Rightarrow\ell=1. En posant vn=un1v_n=u_n-1, on a vn+1=3vnv_{n+1}=3v_n et v0=3v_0=3, donc vn=3n+1v_n=3^{n+1} et un=1+3n+1u_n=1+3^{n+1}.

L'essentiel du chapitre
  • Une suite est définie par une formule explicite ou par une relation récurrente + termes initiaux.
  • Arithmétique : +r+r à chaque pas, un=up+(np)ru_n=u_p+(n-p)r, variation selon le signe de rr, et 2un+1=un+un+22u_{n+1}=u_n+u_{n+2}.
  • Géométrique : ×q\times q à chaque pas, un=upqnpu_n=u_pq^{n-p} (si q0q\neq0), et un+12=unun+2u_{n+1}^2=u_nu_{n+2}.
  • Sommes : arithmétique == (nb termes)×1er+dernier2\times\dfrac{\text{1er}+\text{dernier}}2 ; géométrique == (1er)×1qnb termes1q\times\dfrac{1-q^{\text{nb termes}}}{1-q}.
  • Monotonie : signe de un+1unu_{n+1}-u_n, ou comparaison de un+1un\dfrac{u_{n+1}}{u_n} à 11 (termes positifs).
  • Pour un+1=aun+bu_{n+1}=au_n+b, le point fixe =b1a\ell=\dfrac{b}{1-a} fournit la suite géométrique vn=unv_n=u_n-\ell (si a1a\neq1).

2 · Exercices résolus

Suite arithmétique

Exercice 1

Soit (un)(u_n) définie par u0=5u_0=5 et un+1=un3u_{n+1}=u_n-3. Déterminer sa nature, son terme général, puis la somme S=u0+u1++u10S=u_0+u_1+\dots+u_{10}.

Voir la correction

un+1un=3u_{n+1}-u_n=-3 est constant : (un)(u_n) est arithmétique de raison r=3r=-3. Donc un=u0+nr=53nu_n=u_0+n\,r=5-3n.

La somme compte 1111 termes (n=0n=0 à 1010), avec u10=530=25u_{10}=5-30=-25 : S=11×u0+u102=11×5+(25)2=11×(10)=110. S=11\times\dfrac{u_0+u_{10}}{2}=11\times\dfrac{5+(-25)}2=11\times(-10)=-110.\ \blacksquare

Suite géométrique

Exercice 2

Soit (vn)(v_n) géométrique de premier terme v0=2v_0=2 et de raison q=3q=3. Calculer v5v_5 et la somme S=v0+v1++v5S=v_0+v_1+\dots+v_5.

Voir la correction

Terme général : vn=2×3nv_n=2\times3^n, donc v5=2×35=2×243=486v_5=2\times3^5=2\times243=486.

La somme compte 66 termes : S=v01q61q=2×13613=2×17292=2×364=728. S=v_0\,\dfrac{1-q^6}{1-q}=2\times\dfrac{1-3^6}{1-3}=2\times\dfrac{1-729}{-2}=2\times364=728.\ \blacksquare

Suite auxiliaire géométrique

Exercice 3

Soit (wn)(w_n) définie par w0=1w_0=1 et wn+1=2wn+3w_{n+1}=2w_n+3. On pose tn=wn+3t_n=w_n+3. Montrer que (tn)(t_n) est géométrique, puis exprimer wnw_n en fonction de nn.

Voir la correction

tn+1=wn+1+3=(2wn+3)+3=2wn+6=2(wn+3)=2tnt_{n+1}=w_{n+1}+3=(2w_n+3)+3=2w_n+6=2(w_n+3)=2\,t_n. Donc (tn)(t_n) est géométrique de raison 22, de premier terme t0=w0+3=4t_0=w_0+3=4.

Ainsi tn=4×2n=2n+2t_n=4\times2^n=2^{n+2}, d'où wn=tn3=2n+23w_n=t_n-3=2^{n+2}-3. \blacksquare

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