Une fonction, ce n'est pas seulement une formule : c'est une forme et un comportement. Ce chapitre vous donne tout le vocabulaire pour décrire ce comportement — ensemble de définition, parité, périodicité, monotonie, bornes, symétries — et surtout les outils pour le démontrer proprement, sans encore utiliser la dérivée (elle arrive plus tard dans l'année). Vous apprendrez à déterminer un domaine, à lire une courbe, à prouver qu'une fonction est croissante par le signe de f(b) − f(a), à reconnaître une fonction majorée, minorée ou bornée, à comparer deux fonctions par le signe de leur différence, et à composer deux fonctions. Les fonctions de référence, le second degré et la fonction homographique complètent la boîte à outils que vous réutiliserez dans l'étude des fonctions, les limites et la dérivabilité.
1 · Résumé du cours
Une fonction ne se résume pas à sa formule : elle a une forme, un comportement. Ce chapitre installe le vocabulaire qui décrit ce comportement — parité, monotonie, bornes, symétries — et les outils qui permettent de le démontrer, sans encore recourir à la dérivée.
1.1 Fonction numérique et ensemble de définition
Définition — fonction numérique
Une fonction numériquef définie sur un ensemble D⊂R associe à chaque réel x∈D un unique réel noté f(x) :
f:D⟶R,x⟼f(x).
Le nombre f(x) est l'image de x par f. Si f(x)=y, alors x est un antécédent de y par f.
Image unique, antécédents éventuels
Un nombre x∈D possède une seule image. En revanche, un réel y peut avoir aucun, un ou plusieurs antécédents. Chercher les antécédents de y revient à résoudre l'équation f(x)=y dans Df.
Définition — ensemble de définition
L'ensemble de définitionDf est l'ensemble de tous les réels x pour lesquels l'expression f(x) a un sens.
Règles usuelles pour déterminer Df
une fonction polynomiale est définie sur R ;
une fraction B(x)A(x) exige B(x)=0 ;
une racine carrée A(x) exige A(x)≥0 ;
une expression A(x)1 exige A(x)>0.
Lorsque plusieurs contraintes apparaissent, Df est leur intersection.
Exemple. Pour f(x)=x−32x−1, il faut simultanément 2x−1≥0 et x−3=0. Ainsi Df=[21,+∞[∖{3}.
Définition — égalité de deux fonctions
Deux fonctions f et g sont égales si elles ont le même ensemble de définition et si ∀x∈Df,f(x)=g(x). Une même formule sur un domaine différent ne définit donc pas la même fonction.
Exemple. Les expressions x−1x2−1 et x+1 sont égales pour tout x=1, mais les fonctions qu'elles définissent ne sont pas égales si la seconde est prise sur R : leurs domaines diffèrent.
1.2 Représentation graphique et lectures
Dans un repère, la courbe représentativeCf de f est l'ensemble des points M(x,f(x)) avec x∈Df.
Traductions graphiques
f(a)=b signifie que le point (a,b) appartient à Cf ;
les solutions de f(x)=k sont les abscisses des intersections de Cf avec la droite horizontale y=k ;
les solutions de f(x)=g(x) sont les abscisses des intersections de Cf et Cg ;
f(x)≥k lorsque Cf est au-dessus de la droite y=k ;
f(x)≥g(x) lorsque Cf est au-dessus de Cg.
Méthode — résoudre graphiquement
repérer la courbe ou tracer la droite de comparaison ;
lire les abscisses des points d'intersection pour une équation ;
lire les intervalles où une courbe est au-dessus / au-dessous pour une inéquation ;
donner des valeurs approchées si la lecture n'est pas exacte.
1.3 Parité et périodicité
Définition — parité
Soit f définie sur Dfsymétrique par rapport à 0 (c.-à-d. x∈Df⇒−x∈Df).
f est paire si ∀x∈Df,f(−x)=f(x) ;
f est impaire si ∀x∈Df,f(−x)=−f(x).
Traduction graphique
f paire ⟺Cf est symétrique par rapport à l'axe des ordonnées(Oy) ;
f impaire ⟺Cf est symétrique par rapport à l'origineO.
La parité permet de n'étudier f que sur Df∩[0,+∞[, puis de compléter par symétrie.
Méthode — étudier la parité
vérifier d'abord que Df est symétrique (sinon f n'est ni paire ni impaire) ;
calculer f(−x) ;
comparer à f(x) (paire) et à −f(x) (impaire).
Exemple.f(x)=x2+cosx sur R : f(−x)=(−x)2+cos(−x)=x2+cosx=f(x). La fonction est paire.
Axe ou centre de symétrie quelconque
Soit Cf la courbe de f.
la droite x=a est un axe de symétrie de Cf si le domaine est symétrique par rapport à a et si ∀h,f(a−h)=f(a+h) ;
le point I(a,b) est un centre de symétrie de Cf si le domaine est symétrique par rapport à a et si ∀h,f(a−h)+f(a+h)=2b.
La parité correspond au cas a=0 ; pour une fonction impaire, le centre est O(0,0).
Exemple. Pour f(x)=(x−2)2+1, on a f(2−h)=h2+1=f(2+h). La droite x=2 est donc un axe de symétrie de Cf.
Définition — périodicitéf est périodique de période T>0 si, pour tout réel x,
x∈Df⟺x+T∈Dfetf(x+T)=f(x).
Sa courbe est alors invariante par la translation de vecteur T : il suffit de l'étudier sur un intervalle de longueur T.
Exemple.x↦cosx et x↦sinx sont périodiques de période 2π ; x↦tanx est périodique de période π.
1.4 Opérations sur les fonctions
Soient f et g deux fonctions et λ∈R. Pour tout réel x où les expressions ont un sens :
Domaines des opérationsDf+g=Df−g=Dfg=Df∩Dg,Df/g={x∈Df∩Dg∣g(x)=0}.
Multiplier une fonction par un réel ne change pas son domaine, sauf si la nouvelle écriture masque une restriction de la fonction initiale.
Exemple. Pour f(x)=x+1 et g(x)=x−2, on a Df=[−1,+∞[ et Dg=R. Donc Df+g=[−1,+∞[ et Df/g=[−1,+∞[∖{2}.
Déterminer le domaine avant de simplifier
Une simplification algébrique ne réintroduit jamais une valeur interdite. Par exemple, x−1x2−1=x+1seulement pour x=1 : la restriction x=1 doit être conservée.
1.5 Monotonie
Définition — sens de variation
Soit f définie sur un intervalle I. f est, sur I :
croissante si ∀a,b∈I,a≤b⇒f(a)≤f(b) (elle conserve l'ordre) ;
décroissante si ∀a,b∈I,a≤b⇒f(a)≥f(b) (elle inverse l'ordre) ;
constante si f garde la même valeur sur I.
On parle de monotonie stricte avec des inégalités strictes.
Définition — taux de variation
Le taux de variation de f entre deux réels distincts a et b de I est
τ=b−af(b)−f(a).
Monotonie par le taux de variation
Sur un intervalle I :
f croissante⟺τ≥0 pour tous a=b,f deˊcroissante⟺τ≤0.
Pour une monotonie stricte, on remplace ≥0 et ≤0 par >0 et <0.
Méthode — étudier la monotonie sans dérivée
Pour deux réels a<b de I, on calcule et on étudie le signe de la différence f(b)−f(a) (ou du taux τ). Un signe constant ⇒f est monotone.
Exemple.f(x)=x2 est croissante sur [0,+∞[ : pour 0≤a<b, f(b)−f(a)=b2−a2=(b−a)(b+a)>0 car b−a>0 et b+a>0.
Parité et variations · translations verticales
si f est paire, les variations sur la partie négative sont inverses de celles observées sur la partie positive ;
si f est impaire, les variations sur les deux parties ont le même sens ;
k+f a le même sens de variation que f (translation verticale) ;
kf a le même sens que f si k>0, le sens contraire si k<0.
1.6 Fonction majorée, minorée, bornée
Définition
Soit f définie sur D. f est :
majorée sur D s'il existe M∈R tel que ∀x∈D,f(x)≤M (M est un majorant) ;
minorée s'il existe m∈R tel que ∀x∈D,f(x)≥m (m est un minorant) ;
bornée si elle est à la fois majorée et minorée : ∃m,M,∀x∈D,m≤f(x)≤M.
Graphiquement, une fonction bornée a sa courbe prise entre les droites y=m et y=M.
Définition — extremumsf admet un maximum global en x0∈D si ∀x∈D,f(x)≤f(x0) ; un minimum global si ∀x∈D,f(x)≥f(x0). La valeur extrême est alors atteinte. Un extremum local ne vérifie l'inégalité que pour les x suffisamment proches de x0, et n'est pas nécessairement l'extremum sur tout le domaine.
Une fonction monotone sur un segment est bornée
Si f est monotone sur [a,b], alors pour x∈[a,b] :
f croissante⇒f(a)≤f(x)≤f(b),f deˊcroissante⇒f(b)≤f(x)≤f(a).
Majorant atteint ou nonM majore f sans forcément être une valeur de f. Pour f(x)=x2+1x2, on a f(x)<1 pour tout x : 1 est un majorant, mais jamais atteint — ce n'est donc pas un maximum.
1.7 Comparaison de deux fonctions
Définition
Soient f et g définies sur un même ensemble D. On dit que f≤g sur D si ∀x∈D,f(x)≤g(x).
Position relative des courbes
Le signe de la différence f−g situe les courbes l'une par rapport à l'autre :
f(x)−g(x)>0 : Cf est au-dessus de Cg ;
f(x)−g(x)<0 : Cf est au-dessous ;
f(x)−g(x)=0 : les courbes se coupent.
Comparer f et g, c'est donc étudier le signe de f(x)−g(x) (factorisation, tableau de signes).
1.8 Image d'un intervalle
Définition
L'image d'un intervalle I par f, notée f(I), est l'ensemble des valeurs f(x) obtenues lorsque x parcourt I : f(I)={f(x)∣x∈I}.
Encadrement par monotonie
Si f est monotone sur [a,b], alors :
f croissante⇒f([a,b])⊂[f(a),f(b)],f deˊcroissante⇒f([a,b])⊂[f(b),f(a)].
Les bornes sont atteintes en a et b.
Encadrement ≠ image exacte
La monotonie suffit pour encadrerf(x) entre les valeurs aux extrémités, mais elle ne prouve pas à elle seule que toutes les valeurs intermédiaires sont prises : cela sera garanti plus tard par la continuité.
1.9 Fonctions de référence
Les fonctions usuelles servent de modèles. Leurs domaines, variations et symétries doivent être connus.
Fonctions usuelles — domaine et variations
x↦ax+b sur R : croissante si a>0, décroissante si a<0, constante si a=0 ;
x↦x2 sur R : paire ; décroissante sur ]−∞,0], croissante sur [0,+∞[ ; minimum 0 ;
x↦x3 sur R : impaire et strictement croissante ;
x↦x1 sur R∖{0} : impaire ; strictement décroissante sur ]−∞,0[ et sur ]0,+∞[ ;
x↦x sur [0,+∞[ : strictement croissante ; minimum 0 ;
x↦∣x∣ sur R : paire ; décroissante sur ]−∞,0], croissante sur [0,+∞[ ; minimum 0.
Fonction du second degré
Soit f(x)=ax2+bx+c avec a=0. En posant α=−2ab et β=f(α), on obtient la forme canoniquef(x)=a(x−α)2+β. La courbe est une parabole de sommet S(α,β) et d'axe x=α :
si a>0 : décroissante sur ]−∞,α], croissante sur [α,+∞[ ; minimum β ;
si a<0 : croissante sur ]−∞,α], décroissante sur [α,+∞[ ; maximum β.
Exemple.f(x)=x2−4x+5=(x−2)2+1 : sommet S(2,1), axe x=2, minimum 1 sur R.
Fonction homographique
Soit f(x)=cx+dax+b avec c=0. Alors Df=R∖{−cd} et f(x)=ca+c(cx+d)bc−ad. Si ad−bc=0, la courbe a le centre de symétrieI(−cd,ca), et sur chacun des deux intervalles du domaine f est strictement croissante si ad−bc>0, strictement décroissante si ad−bc<0.
Homographique sans dérivée
Pour x=y dans le même intervalle : y−xf(y)−f(x)=(cx+d)(cy+d)ad−bc. Les deux facteurs du dénominateur ont le même signe ; le signe du taux est donc celui de ad−bc.
1.10 Composée de deux fonctions
Définition
Soient u et v deux fonctions. La composéev∘u (« v rond u ») est (v∘u)(x)=v(u(x)), pour les x tels que u(x) existe et appartient à Dv. Son domaine est
Dv∘u={x∈Du∣u(x)∈Dv}.
Exemple. Pour u(x)=3x+4 et v(t)=t+11 (Dv=R∖{−1}), il faut u(x)=−1, soit x=−35. Ainsi Dv∘u=R∖{−35} et (v∘u)(x)=3x+51.
On applique u d'abord
Dans v∘u, c'est u qui agit en premier (elle est « à l'intérieur »), puis v. L'ordre compte : en général v∘u=u∘v.
Monotonie d'une composée
Sur des intervalles où tout est défini :
u et v de même sens ⇒v∘ucroissante ;
u et v de sens contraires⇒v∘udécroissante.
(« Règle des signes » : +×+=+, −×−=+, +×−=−.)
Exemple.h(x)=−x+3 sur ]−∞,3] : c'est v∘u avec u(x)=−x+3 (décroissante) et v(t)=t (croissante). Sens contraires ⇒hdécroissante.
1.11 Transformations de courbes
Lire une courbe associée sans nouveau calcul
À partir de Cf, la courbe Cg se déduit par :
g(x)=f(x)+k : translation verticale de vecteur k ;
g(x)=f(x−a) : translation horizontale de vecteur a ;
g(x)=−f(x) : symétrie par rapport à l'axe (Ox) ;
g(x)=f(−x) : symétrie par rapport à l'axe (Oy) ;
g(x)=∣f(x)∣ : la partie sous (Ox) est rabattue au-dessus ;
g(x)=f(∣x∣) : la partie pour x≥0 est reproduite par symétrie par rapport à (Oy).
L'essentiel du chapitre
Domaine : traiter toutes les contraintes avant de simplifier ; une image est unique, un réel peut avoir plusieurs antécédents.
Lecture graphique : intersections pour les équations, positions relatives pour les inéquations.
Parité : Df symétrique, puis f(−x)=f(x) (paire, axe Oy) ou −f(x) (impaire, centre O).
Monotonie sans dérivée : signe de f(b)−f(a) pour a<b.
Bornée = majorée et minorée ; un majorant n'est pas toujours un maximum.
Comparerf et g = étudier le signe de f−g.
Connaître les fonctions de référence, le second degré et l'homographique.
Composéev∘u : u agit d'abord ; monotonie par la « règle des signes ».
Transformations : f+k, f(x−a), −f, f(−x), ∣f∣, f(∣x∣) se lisent sur Cf.
2 · Exercices résolus
Parité
Exercice 1
Étudier la parité de f(x)=x2+1x3−x sur R.
Voir la correction
Df=R est symétrique. On calcule
f(−x)=(−x)2+1(−x)3−(−x)=x2+1−x3+x=−x2+1x3−x=−f(x).f est donc impaire : sa courbe est symétrique par rapport à O. ■
Monotonie
Exercice 2
Montrer que f(x)=x1 est décroissante sur ]0,+∞[.
Voir la correction
Soient 0<a<b. Alors f(b)−f(a)=b1−a1=aba−b. Comme a−b<0 et ab>0, on a f(b)−f(a)<0 : f est strictement décroissante sur ]0,+∞[. ■
Fonction bornée
Exercice 3
Soit f(x)=x2+1x. Montrer que f est bornée sur R, avec −21≤f(x)≤21.
Voir la correction
Comme x2+1>0, on multiplie chaque inégalité par x2+1 sans changer de sens, et tout se ramène à un carré parfait.
Majoration :f(x)≤21⟺2x≤x2+1⟺0≤x2−2x+1=(x−1)2, toujours vrai. Donc f(x)≤21.
Minoration :f(x)≥−21⟺2x≥−(x2+1)⟺x2+2x+1≥0⟺(x+1)2≥0, toujours vrai. Donc f(x)≥−21.
Finalement −21≤f(x)≤21 : f est bornée (les bornes sont même atteintes, en x=1 et x=−1). ■