Le produit scalaire est l'outil qui fait entrer les longueurs et les angles dans le calcul. À partir de deux vecteurs, il fabrique un nombre — pas un vecteur — et ce nombre encode à la fois les normes et l'angle qui les sépare. Sa vertu principale : il vaut zéro exactement quand les deux vecteurs sont orthogonaux, ce qui transforme toute question de perpendicularité en une simple équation. Ce chapitre en donne les quatre façons de le calculer (angle, projection, coordonnées, longueurs d'un triangle) puis passe à l'étude analytique dans un repère orthonormé, où u·v = xx′ + yy′ : vous en déduirez les distances, les angles, les équations de droites via un vecteur normal, la distance d'un point à une droite, et toute l'étude analytique du cercle — centre, rayon, tangente, et positions relatives d'une droite et d'un cercle. C'est le chapitre qui relie la géométrie du plan à l'algèbre des coordonnées.
1 · Résumé du cours
Le produit scalaire transforme des questions de géométrie (longueurs, angles, orthogonalité) en simples calculs de coordonnées. C'est le pont entre la géométrie et l'algèbre : équations de droites, de cercles, distances et angles s'en déduisent mécaniquement.
1.1 Produit scalaire et orthogonalité
Définition
Le produit scalaire de deux vecteurs u et v est le réel
u⋅v=∥u∥∥v∥cos(u,v)
(et u⋅v=0 si l'un des vecteurs est nul). Le résultat est un nombre réel, pas un vecteur.
Signe et colinéarité
Pour deux vecteurs non nuls colinéaires : u⋅v=∥u∥∥v∥ (même sens) ou −∥u∥∥v∥ (sens contraires). Plus généralement, le signe du produit indique la nature de l'angle : positif si aigu, nul si droit, négatif si obtus.
Calcul par projection orthogonale
Si H est le projeté orthogonal de C sur (AB) (avec A=B), alors AB⋅AC=AB⋅AH=±AB×AH (signe + si AB et AH ont même sens, − sinon). Plus généralement AB⋅CD=AB⋅C′D′ avec C′,D′ les projetés de C,D sur (AB).
Orthogonalité · règles de calculu⊥v⟺u⋅v=0. Le produit scalaire est symétrique et bilinéaire :
u⋅v=v⋅u,u⋅(v+w)=u⋅v+u⋅w,(ku)⋅v=k(u⋅v),u⋅u=∥u∥2.
Identités avec les normes∥u+v∥2=∥u∥2+2u⋅v+∥v∥2,∥u−v∥2=∥u∥2−2u⋅v+∥v∥2.
On en déduit u⋅v=21(∥u∥2+∥v∥2−∥u−v∥2), et dans un triangle ABC :
AB⋅AC=21(AB2+AC2−BC2).
Méthode — choisir la bonne expression
coordonnées connues ⇒xx′+yy′ ;
normes et angle connus ⇒∥u∥∥v∥cosθ ;
figure avec hauteur / projeté ⇒ projection orthogonale ;
trois longueurs d'un triangle ⇒21(AB2+AC2−BC2).
1.2 Expression analytique dans un repère orthonormé
Formule fondamentale
Dans un repère orthonormé(O,,), pour u(x,y) et v(x′,y′) :
u⋅v=xx′+yy′.
(Non valable telle quelle dans un repère quelconque.) Si A(xA,yA) et B(xB,yB), alors AB(xB−xA,yB−yA).
Méthode — déterminer un angle / un paramètre
Pour l'angle θ∈[0,π] : calculer u⋅v, puis ∥u∥ et ∥v∥, former cosθ=∥u∥∥v∥u⋅v, puis θ=arccos(⋯) ; le signe du produit sert de contrôle (aigu / obtus). Si une coordonnée dépend d'un réel m, traduire u⊥v⟺u⋅v=0 et résoudre en m.
Aire par le déterminant
Avec det(u,v)=xy′−x′y : l'aire du triangle ABC vaut A=21det(AB,AC), celle du parallélogramme det(u,v). Exemple :u(3,1), v(−2,4) : u⋅v=−6+4=−2=0 (non orthogonaux), ∥u∥=10.
1.3 Droite : point et vecteur normal
Définition — vecteur normal
Un vecteur normal à une droite (D) est un vecteur non nul orthogonal à sa direction.
Équation cartésienne
La droite passant par A(xA,yA) de vecteur normal n(a,b) a pour équation a(x−xA)+b(y−yA)=0, soit ax+by+c=0. Réciproquement, si (a,b)=(0,0), la droite ax+by+c=0 admet n(a,b) pour vecteur normal et u(−b,a) pour vecteur directeur.
Lire le vecteur normal sur l'équation
Dans ax+by+c=0, le vecteur normal se lit directement : n(a,b). C'est le moyen le plus rapide de tester deux droites perpendiculaires (n⋅n′=0) ou parallèles (n,n′ colinéaires).
Distance d'un point à une droited(M,(D))=a2+b2∣ax0+by0+c∣pour M(x0,y0),(D):ax+by+c=0.
Positions relatives de deux droites
Pour (D):ax+by+c=0 et (D′):a′x+b′y+c′=0 :
(D)∥(D′)⟺ab′−a′b=0 ;
(D)⊥(D′)⟺aa′+bb′=0.
Si ab′−a′b=0, les droites sont sécantes en un point unique.
Méthode — perpendiculaire, médiatricePerpendiculaire à (D) par A : prendre un vecteur directeur de (D) — par exemple (−b,a) — comme vecteur normal, puis écrire l'équation point-normale. Médiatrice de [AB] : elle passe par le milieu I de [AB] et admet AB pour vecteur normal (méthode rapide), ou c'est l'ensemble des M tels que MA2=MB2.
1.4 Étude analytique du cercle
Équation d'un cercle
Le cercle de centre Ω(a,b) et de rayon r>0 a pour équation (x−a)2+(y−b)2=r2. Représentation paramétrique : x=a+rcost,y=b+rsint, t∈[0,2π[.
Forme développée
Pour x2+y2+αx+βy+γ=0, on complète les carrés :
(x+2α)2+(y+2β)2=ρ,ρ=4α2+β2−γ.
Si ρ>0 : cercle de centre Ω(−2α,−2β) et de rayon ρ ; si ρ=0 : le point Ω ; si ρ<0 : l'ensemble vide.
Cercle de diamètre [AB]M appartient au cercle de diamètre [AB] si et seulement si MA⋅MB=0 (l'angle AMB est droit — angle inscrit dans un demi-cercle).
Point / cercle · tangenteM est intérieur si ΩM<r, sur le cercle si ΩM=r, extérieur si ΩM>r. Avec F(x,y)=x2+y2+αx+βy+γ, on a F(x0,y0)=ΩM02−r2 : le signe de F(x0,y0) donne la position. La tangente en M0(x0,y0) du cercle : (x0−a)(x−a)+(y0−b)(y−b)=r2.
Méthode — cercle par trois points non alignés
Vérifier det(AB,AC)=0, puis : (1) centre Ω = intersection de deux médiatrices, rayon ΩA ; ou (2) partir de x2+y2+αx+βy+γ=0, y substituer A,B,C et résoudre le système en α,β,γ.
Positions relatives d'une droite et d'un cercle
Avec d=d(Ω,(D)) :
d>r : C∩(D)=∅ — droite extérieure ;
d=r : C∩(D)={H} — droite tangente (H = projeté de Ω sur (D)) ;
d<r : C∩(D)={A,B} — droite sécante (le projeté est le milieu de [AB]).
Pour les points exacts, résoudre le système {équation droite, équation cercle} : on obtient une équation du second degré.
Reconnaître un cercle dans une équation développée
Toujours compléter les carrés pour ramener x2+y2+αx+βy+γ=0 à (x−a)2+(y−b)2=R. Si R>0, cercle de rayon R ; si R=0, un seul point ; si R<0, ensemble vide.
L'essentiel du chapitre
Quatre méthodes de calcul : angle, projection orthogonale, coordonnées, ou normes.
Orthogonalité⟺ produit scalaire nul ; angle par cos=∥u∥∥v∥u⋅v.
Droiteax+by+c=0 : vecteur normal n(a,b) lu directement ; distance a2+b2∣ax0+by0+c∣.
Cercle : (x−a)2+(y−b)2=r2 ; diamètre [AB] : MA⋅MB=0 ; forme développée ⇒ compléter les carrés.
Droite et cercle : comparer d(Ω,(D)) au rayon r (zéro, un ou deux points).
2 · Exercices résolus
Droite · distance
Exercice 1
On donne A(1,2) et n(3,−1). Déterminer une équation de la droite (D) passant par A de vecteur normal n, puis la distance de O à (D).
Voir la correction
Vecteur normal n(3,−1) : (D) est de la forme 3x−y+c=0. Comme A(1,2)∈(D) : 3−2+c=0⟺c=−1. Donc (D):3x−y−1=0.
Distance de O(0,0) : d(O,(D))=32+(−1)2∣3×0−0−1∣=101=1010. ■
Cercle · compléter les carrés
Exercice 2
Déterminer le centre et le rayon du cercle d'équation x2+y2−4x+6y−3=0.
Voir la correction
On regroupe : (x2−4x)+(y2+6y)−3=0. Or x2−4x=(x−2)2−4 et y2+6y=(y+3)2−9, donc
(x−2)2+(y+3)2=4+9+3=16.
C'est le cercle de centreΩ(2,−3) et de rayonr=4. ■
Cercle de diamètre
Exercice 3
A(0,1), B(4,3). Déterminer une équation du cercle de diamètre [AB].
Voir la correction
Pour tout M(x,y) : M∈C⟺MA⋅MB=0. Avec MA(−x,1−y) et MB(4−x,3−y) :
(−x)(4−x)+(1−y)(3−y)=0⟺x2−4x+y2−4y+3=0.
Une équation est x2+y2−4x−4y+3=0. Contrôle : centre I(2,2) (milieu de [AB]), AB=16+4=25, r=5, soit (x−2)2+(y−2)2=5. ■