La limite décrit le comportement d'une fonction là où on ne peut pas simplement « remplacer x par sa valeur » : au bord de son domaine, tout près d'un point interdit, ou quand x file vers l'infini. C'est une idée subtile car elle parle de ce qui se passe autour d'un point, pas au point lui-même — une fonction peut très bien avoir une limite là où elle n'est même pas définie. Ce chapitre vous apprend à calculer une limite dans tous les cas de figure : substitution directe quand elle marche, limites à gauche et à droite pour repérer les asymptotes verticales, comportement à l'infini gouverné par le terme dominant, et surtout les techniques pour lever les quatre formes indéterminées (factoriser, simplifier, multiplier par la quantité conjuguée, utiliser sin x ⁄ x → 1). Le théorème des gendarmes vient encadrer les cas rebelles. Tout se rejoint dans la lecture graphique : asymptotes verticales, horizontales, obliques et branches paraboliques. À ce niveau, on n'aborde ni la continuité ni le théorème des valeurs intermédiaires — ils attendent la 2ᵉ Bac.
1 · Résumé du cours
Étudier une limite, c'est décrire le comportement de f(x) lorsque x s'approche d'un réel ou devient arbitrairement grand en valeur absolue. La limite ne décrit pas la valeur de la fonction au point considéré, mais ce qui se passe au voisinage de ce point. Elle sert notamment à prévoir les branches infinies et les asymptotes de la courbe.
1.1 Limite finie en un point
Voisinage · intervalle pointé
Un voisinage d'un réel a est un intervalle ouvert contenant a. Un intervalle pointé de centre a contient des points proches de a, mais pas a lui-même. Pour étudier x→alimf(x), f doit être définie près de a, mais pas nécessairement en a.
Limite finie
Soit f définie sur un intervalle pointé de centre a et ℓ∈R. On dit que f(x)tend vers ℓ quand x→a si f(x) devient aussi proche que l'on veut de ℓ dès que x est suffisamment proche de a. On écrit x→alimf(x)=ℓ, ce qui équivaut à x→alim∣f(x)−ℓ∣=0.
Unicité · fonctions usuelles
Lorsqu'une limite existe, elle est unique. Pour tout réel a : x→alimxn=an(n∈N∗), x→alimsinx=sina, x→alimcosx=cosa ; si a≥0, x→alimx=a ; si cosa=0, x→alimtanx=tana.
Substitution directe
Si P est un polynôme, x→alimP(x)=P(a). Si Q(a)=0, x→alimQ(x)P(x)=Q(a)P(a). C'est le premier calcul à essayer : il suffit tant qu'il ne produit ni forme indéterminée ni division par zéro.
Exemple.x→−1lim(2x3−x+4)=3 et x→2limx+3x2+1=1.
La valeur f(a) et la limite en a
Ce sont deux choses différentes. f(x)=x−1x2−1 n'est pas définie en 1, mais pour x=1, f(x)=x+1, donc x→1limf(x)=2. Une limite peut exister même si f(a) n'existe pas.
1.2 Limites latérales et limites infinies
Limites latéralesx→a+limf(x) : x tend vers a en restant >a. x→a−limf(x) : en restant <a.
Existence d'une limite bilatéralex→alimf(x)=ℓ⟺x→a−limf(x)=x→a+limf(x)=ℓ.
Si les deux limites latérales diffèrent, la limite en an'existe pas.
Modèle de la fonction inversex→0+limx1=+∞, x→0−limx1=−∞ : x→0limx1 n'existe pas. Pour n∈N∗ : x→0+limxn1=+∞, et x→0−limxn1=+∞ si n pair, −∞ si n impair.
Méthode — signe près d'un zéro du dénominateur
Pour Q(x)P(x) près de a avec Q(a)=0, P(a)=0 : déterminer le signe de P près de a, puis séparément le signe de Q à gauche et à droite, dire si Q→0+ ou 0−, et appliquer la règle des signes. « Le dénominateur tend vers 0 » ne suffit pas : son signe est indispensable.
1.3 Limites à l'infini
Limites de référence
Pour n∈N∗ : x→+∞limxn=+∞ ; x→−∞limxn=+∞ si n pair, −∞ si n impair ; x→±∞limxn1=0 ; x→+∞limx=+∞. Le 0 peut être précisé en 0+ ou 0− si le signe joue un rôle.
Exemple. Lorsque x→−∞ : x4→+∞, x3→−∞, x31→0−.
1.4 Opérations sur les limites
Limites finies
Si limf=ℓ et limg=ℓ′ (finies) : lim(f+g)=ℓ+ℓ′, lim(fg)=ℓℓ′, lim(fn)=ℓn. Si ℓ′=0, limgf=ℓ′ℓ. Si f≥0 au voisinage et ℓ≥0, limf=ℓ.
Calculs avec l'infiniℓ+(+∞)=+∞, (+∞)+(+∞)=+∞ (et symétriques). Si ℓ=0, le produit ℓ×(±∞) est infini (règle des signes). Enfin ±∞ℓ=0. Pour gf avec f→ℓ>0 et g→0 : +∞ si g→0+, −∞ si g→0− (signes inversés si ℓ<0).
Les quatre formes indéterminées∞−∞,0×∞,∞∞,00.
Une forme indéterminée ne veut pas dire que la limite n'existe pas : elle veut dire qu'il faut transformer l'expression avant d'appliquer les règles.
1.5 Méthodes pour lever une indétermination
Polynômes et fractions à l'infini
À ±∞, un polynôme a la même limite que son terme de plus haut degré. Pour une fraction rationnelle bmxm+⋯anxn+⋯, même limite que bmanxn−m : 0 si n<m, bman si n=m, infini si n>m. Réservé aux limites à l'infini.
Méthode — factoriser près d'un réel (F.I. 00)
Vérifier que numérateur et dénominateur s'annulent en a ; comme P(a)=0⇒(x−a)∣P(x), factoriser puis simplifier x−a pour x=a, et calculer la limite simplifiée. Ex. : x−2x2−4=x+2(x=2), donc x→2limx−2x2−4=4.
Méthode — quantité conjuguée
Face à une racine donnant ∞−∞ ou 00, multiplier et diviser par la quantité conjuguée, via (A−B)(A+B)=A−B. La différence de racines disparaît, ce qui permet de simplifier.
Limites trigonométriques de référencex→0limxsinx=1,x→0limxtanx=1,x→0limx21−cosx=21.
Il faut multiplier et diviser par l'argument pour faire apparaître exactement usinu ou utanu avec u→0.
Exemple.xsin(4x)=44xsin(4x)→4, et x21−cos(3x)=9(3x)21−cos(3x)→29.
Ordre de décision
tenter la substitution directe ;
identifier la forme obtenue ;
pas d'indétermination ⇒ règles de calcul et de signes ;
vérifier le domaine et, près d'un zéro du dénominateur, étudier les deux côtés.
1.6 Limites et ordre
Conservation de l'ordre
Si f(x)≤g(x) au voisinage et si les deux limites finies existent, alors limf≤limg. En particulier, f≥0 au voisinage ⇒ sa limite ℓ≥0.
Théorème des gendarmes
Si g(x)≤f(x)≤h(x) au voisinage et limg=limh=ℓ, alors limf=ℓ. Valable en un réel, à gauche, à droite, en +∞ ou −∞. Comparaison à l'infini : f≥g et g→+∞⇒f→+∞ ; f≤g et g→−∞⇒f→−∞.
Image mentale. Deux « gendarmes » g et h encadrent f et convergent vers la même limite ℓ : f, coincée entre eux, est forcée de tendre vers ℓ.
Encadrer une fonction trigonométrique−1≤sinx≤1 et −1≤cosx≤1 sont précieuses. Pour x>0 : −x1≤xcosx≤x1, et comme les bornes tendent vers 0, les gendarmes donnent xcosx→0.
1.7 Asymptotes et branches infinies
Asymptotes verticale et horizontale
Si une limite latérale de f en a est infinie, la droite x=a est asymptote verticale à Cf. Si x→±∞limf(x)=b (fini), la droite y=b est asymptote horizontale au voisinage correspondant.
Asymptote obliqueΔ:y=ax+b (a=0) est asymptote oblique en ±∞ si x→±∞lim(f(x)−(ax+b))=0. On la recherche par
a=x→±∞limxf(x),b=x→±∞lim(f(x)−ax).
Branches paraboliques
Si f(x)→±∞ : xf(x)→0⇒ branche parabolique de direction (Ox) ; xf(x)→±∞⇒ direction (Oy) ; xf(x)→a=0 mais f(x)−ax→±∞⇒ direction y=ax.
Méthode — position par rapport à une asymptote
Étudier le signe de f(x)−(ax+b) : la courbe est au-dessus de Δ là où c'est positif, au-dessous là où c'est négatif.
L'essentiel du chapitre
Limite en un point : distinguer gauche et droite si un dénominateur s'annule (asymptote verticale).
Limite à l'infini : polynôme ∼ terme dominant ; fraction rationnelle ∼ quotient des termes dominants.
Formes indéterminées∞−∞,0×∞,∞∞,00 : factoriser, simplifier ou conjuguer.
Trigo : xsinx→1, x21−cosx→21.
Gendarmes : encadrer f entre deux fonctions de même limite.
2 · Exercices résolus
Quantité conjuguée
Exercice 1
Calculer x→+∞lim(x2+x−x).
Voir la correction
C'est une F.I. ∞−∞. On multiplie par la quantité conjuguée :
x2+x−x=x2+x+x(x2+x)−x2=x2+x+xx.
En factorisant x2+x=x1+x1 (pour x>0) :
=x(1+x1+1)x=1+x1+11x→+∞21.■
Limite trigonométrique
Exercice 2
Calculer x→0limsin(2x)sin(5x).
Voir la correction
On fait apparaître deux motifs □sin□ :
sin(2x)sin(5x)=→15xsin(5x)⋅→1sin(2x)2x⋅25x→025.■
Gendarmes
Exercice 3
Montrer que x→+∞limxcosx=0.
Voir la correction
Pour tout x>0, −1≤cosx≤1 donne −x1≤xcosx≤x1. Or x→+∞lim(−x1)=x→+∞limx1=0. Par le théorème des gendarmes, x→+∞limxcosx=0. ■