La rotation est une transformation qui fait pivoter tout le plan autour d'un centre fixe, d'un angle donné. C'est un déplacement rigide : rien n'est déformé, tout est simplement tourné — d'où sa puissance en géométrie, car la figure image garde exactement les mêmes longueurs, les mêmes angles et la même aire que la figure de départ. Ce chapitre définit la rotation par ses deux conditions (même distance au centre, angle orienté imposé), puis en déroule les conséquences : réciproque, composition de rotations de même centre, et surtout la longue liste des invariants (alignement, parallélisme, milieux, barycentres, nature des figures). Vous apprendrez à construire l'image d'un point ou d'une figure, à retrouver le centre d'une rotation par l'intersection de deux médiatrices, à en lire l'angle sur deux segments correspondants, et à traduire tout cela en coordonnées grâce aux formules de rotation dans un repère orthonormé. La rotation devient alors un outil de démonstration : prouver qu'un triangle est isocèle rectangle, que deux droites sont perpendiculaires, qu'un point est un milieu.
1 · Résumé du cours
Une rotation fait tourner tous les points du plan autour d'un même centre et d'un même angle orienté. Elle ne déforme pas les figures : elle conserve les longueurs, les angles, l'alignement et les aires. Pour l'utiliser, il faut savoir reconnaître deux points correspondants, déterminer le centre et l'angle, puis transférer les propriétés de la figure initiale à sa figure image.
1.1 Définition et premières propriétés
Rotation
Soient Ω un point et θ un réel. La rotation de centre Ω et d'angle θ, notée r(Ω,θ), transforme tout point M en M′ tel que : M′=Ω si M=Ω ; sinon
ΩM′=ΩMet(ΩM,ΩM′)≡θ(mod2π).
Le point M′ reste à la même distance de Ω, et le rayon [ΩM] tourne de l'angle orienté θ.
Point invariant · cas particuliers
Le centre est toujours invariant : r(Ω,θ)(Ω)=Ω. Si θ≡0(mod2π), c'est l'unique point invariant.
θ≡0(mod2π) : identité ;
θ≡π(mod2π) : symétrie centrale de centre Ω ;
θ=2π : quart de tour direct ; θ=−2π : quart de tour indirect.
Exemple. Dans un carré direct ABCD, r(A,π/2) envoie B sur D ; r(O,π) (centre du carré) envoie A sur C et B sur D. Lire le sens direct de la figure est indispensable pour le signe de l'angle.
1.2 Construire et reconnaître l'image d'un point
Méthode — construire M′=r(Ω,θ)(M)
Pour M=Ω : tracer le cercle de centre Ω et de rayon ΩM ; depuis [ΩM), construire la demi-droite formant l'angle orienté θ ; M′ est son intersection avec le cercle ; contrôler ΩM′=ΩM et le sens de l'angle. Angle négatif ⇒ sens indirect.
Méthode — reconnaître l'image
Pour prouver r(Ω,θ)(M)=N, vérifier les deux conditions : ΩM=ΩN et (ΩM,ΩN)≡θ(mod2π). Une seule ne suffit pas.
Configurations usuelles
carré : angles ±2π ou π ;
triangle équilatéral : ±3π autour d'un sommet, ±32π autour du centre ;
triangle isocèle rectangle : ±2π autour du sommet de l'angle droit.
Toujours vérifier l'orientation avant de fixer le signe.
1.3 Rotation réciproque et composition
Rotation réciproque
Toute rotation est une bijection, de réciproque la rotation de même centre et d'angle opposé :
r(Ω,θ)−1=r(Ω,−θ),r(Ω,θ)(M)=M′⟺r(Ω,−θ)(M′)=M.M est l'antécédent de M′.
Rotations de même centrer(Ω,β)∘r(Ω,α)=r(Ω,α+β),(r(Ω,θ))n=r(Ω,nθ)(n∈Z).
Si nθ≡0(mod2π), la n-ième itération ramène chaque point à sa position initiale.
Exemple. Dans un triangle équilatéral de centre O, la rotation d'angle 32π permute cycliquement les sommets ; sa 3ᵉ itération est l'identité car 3×32π=2π.
1.4 Propriété fondamentale et conservations
Propriété fondamentale
Si A′=r(A) et B′=r(B) pour une rotation d'angle θ, alors
A′B′=ABet(AB,A′B′)≡θ(mod2π).
Le segment image a la même longueur, et sa direction est celle de AB tournée de θ. De plus, la colinéarité se conserve : AC=λAB⇒A′C′=λA′B′.
Conservation des angles et du barycentre
Angles orientés conservés : (A′B′,A′C′)≡(AB,AC)(mod2π). Barycentre conservé : si G=bar{(Ai,αi)} (avec ∑αi=0) et Ai′=r(Ai), alors r(G)=bar{(Ai′,αi)}. En particulier, l'image du milieu de [AB] est le milieu de [A′B′].
Bilan des invariants
Une rotation conserve : distances, périmètres, aires ; alignement et ordre des points alignés ; parallélisme et perpendicularité ; angles orientés et géométriques ; milieux, rapports de colinéarité et barycentres ; la nature des figures (triangle équilatéral, carré, cercle…). La figure image est superposable à la figure initiale et conserve son orientation.
1.5 Images de figures usuelles
Droite, segment, cercle, polygone
Avec A′=r(A), B′=r(B), A=B : r((AB))=(A′B′), r([AB])=[A′B′] — deux points suffisent. L'image du cercle C(I,R) est le cercle C(I′,R) avec I′=r(I) : centre transformé, rayon conservé. L'image d'un polygone est le polygone des images de ses sommets (mêmes longueurs, angles, périmètre, aire).
Méthode — image d'une figure
Repérer les points caractéristiques (sommets, centre d'un cercle, extrémités d'un segment), construire leurs images, reconstruire la figure avec les mêmes relations d'incidence, contrôler longueurs et angles. Inutile de faire tourner séparément tous les points d'une droite ou d'un cercle.
1.6 Déterminer une rotation
Lieu du centre
Si une rotation transforme A en A′=A, son centre Ω vérifie ΩA=ΩA′ : Ω est sur la médiatrice de [AA′].
Méthode — centre à partir de deux couples
Avec A↦A′, B↦B′ (A=A′, B=B′) : tracer les médiatrices de [AA′] et [BB′] ; leur intersection est le centre Ω ; vérifier ΩA=ΩA′ et ΩB=ΩB′ ; puis θ≡(ΩA,ΩA′)(mod2π).
Angle sans le centre · attention aux correspondances
L'angle se lit directement sur deux segments correspondants : θ≡(AB,A′B′)(mod2π), même sans avoir construit Ω. Avant de chercher le centre, écrire clairement les couples A↦A′, B↦B′ : une médiatrice entre deux points qui ne sont pas images l'un de l'autre donne un faux centre.
1.7 Formule analytique dans un repère orthonormé
Expression générale
Dans un repère orthonormé direct, l'image M′(x′,y′) de M(x,y) par r(Ω,θ) avec Ω(a,b) :
x′y′=a+(x−a)cosθ−(y−b)sinθ,=b+(x−a)sinθ+(y−b)cosθ.
Autour de l'origine
Pour Ω=O : x′=xcosθ−ysinθ, y′=xsinθ+ycosθ. Cas remarquables :
θ=2π:(x,y)↦(−y,x),θ=−2π:(x,y)↦(y,−x),θ=π:(x,y)↦(−x,−y).
Méthode — appliquer la formule
Former x−a et y−b (translation), appliquer la rotation d'angle θ, rajouter a et b, puis contrôler que l'image du centre est le centre et que ΩM′=ΩM. Le contrôle par la distance détecte une erreur de signe devant le sinus.
Exemple.r(O,π/2) transforme M(3,−2) en M′(2,3), et OM=13=OM′.
1.8 Utiliser une rotation dans une démonstration
Stratégie générale
repérer un angle remarquable et deux longueurs égales pour choisir centre et angle ;
identifier au moins deux images (r(A)=A′, r(B)=B′) ;
transformer le segment, la droite ou le cercle utile ;
exploiter la conservation voulue (longueur, angle, alignement, parallélisme, barycentre) ;
traduire la conclusion sur la figure initiale.
Exemple. Si r(O,π/2) transforme F en G, alors OF=OG et (OF,OG)=2π : le triangle FOG est isocèle rectangle en O.
L'essentiel du chapitre
Rotation de centre Ω, angle θ : ΩM′=ΩM et (ΩM,ΩM′)=θ.
Réciproque : même centre, angle −θ ; cas θ=π = symétrie centrale.
C'est une isométrie : conserve distances, angles orientés, milieux/barycentres, aires — figure image superposable.
Image d'un cercle : cercle de même rayon, de centre l'image du centre.
Analytique : quart de tour direct (x,y)↦(−y,x).
2 · Exercices résolus
Triangle équilatéral
Exercice 1
ABC est un triangle équilatéral direct de centre O. Identifier l'image de A par la rotation de centre O et d'angle 32π.
Voir la correction
Les sommets sont sur un cercle de centre O, espacés de 32π. La rotation de centre O et d'angle 32π envoie A sur le sommet suivant dans le sens direct : r(A)=B (de même r(B)=C, r(C)=A). ■
Isométrie · angle droit
Exercice 2
Soit r la rotation de centre Ω et d'angle 2π. On note A′=r(A), B′=r(B). Montrer que A′B′=AB et (A′B′)⊥(AB).
Voir la correction
Longueur : une rotation est une isométrie, donc A′B′=AB.
Angle :AB devient A′B′, tourné de 2π, donc (AB,A′B′)=2π. Un angle droit signifie l'orthogonalité : (A′B′)⊥(AB). ■
Conservation du milieu
Exercice 3
r est une rotation ; A,B,C ont pour images A′,B′,C′, et I est le milieu de [BC]. Que peut-on dire de r(I) ?
Voir la correction
I est l'isobarycentre de B et C. Une rotation conserve le barycentre, donc r(I) est le milieu de [B′C′]. ■