Un vecteur, c'est un déplacement : une direction, un sens et une longueur, que l'on peut poser n'importe où dans le plan. Ce chapitre construit tout le calcul vectoriel dont vous aurez besoin en géométrie. On y apprend à additionner des vecteurs avec la relation de Chasles (AB + BC = AC), à les multiplier par un réel k (ce qui étire ou retourne le vecteur), et à traduire des faits géométriques — alignement, parallélisme, milieu — en égalités vectorielles. La notion clé est la colinéarité : deux vecteurs sont colinéaires quand l'un est k fois l'autre, ce qui prouve d'un coup qu'un point est sur une droite ou que deux droites sont parallèles. On passe ensuite aux coordonnées dans un repère : celles d'un vecteur AB (xB − xA, yB − yA), du milieu d'un segment, et le déterminant xy′ − yx′ qui vaut 0 exactement lorsque deux vecteurs sont colinéaires. En repère orthonormé, on termine avec la norme et la distance AB = √((xB − xA)² + (yB − yA)²).
1 · Résumé du cours
Un vecteur représente un déplacement caractérisé par une direction, un sens et une longueur. Le calcul vectoriel permet de traduire des propriétés géométriques sous forme d'égalités, puis de les exploiter dans un repère à l'aide des coordonnées et du déterminant.
1.1 Notion de vecteur
Définition
Soient A et B deux points distincts du plan. Le vecteur AB est caractérisé par sa direction (celle de la droite (AB)), son sens (de A vers B) et sa norme∥AB∥, égale à la distance AB. Le point A est l'origine du représentant AB et B son extrémité.
Définition — vecteur nul, vecteur unitaire
Pour tout point A, le vecteur AA est le vecteur nul, noté 0 : il n'a ni direction ni sens et sa norme est nulle. Un vecteur unitaire est un vecteur dont la norme vaut 1.
Propriété
Pour tous points A et B : AB=0⟺A=B,BA=−AB. Si A=B, les deux vecteurs unitaires colinéaires à AB sont AB1AB et −AB1AB.
Un vecteur n'a pas de position fixe
Deux représentants d'un même vecteur peuvent être placés à des endroits différents. Seules la direction, le sens et la norme comptent.
1.2 Égalité de deux vecteurs
Définition
Deux vecteurs non nuls sont égaux s'ils ont la même direction, le même sens et la même norme.
Propriété — caractérisation par un parallélogramme
Pour quatre points A,B,C,D : AB=DC⟺ABCD est un paralleˊlogramme,AB=CD⟺ABDC est un paralleˊlogramme.
PropriétéAB=CD⟺AC=BD. Autrement dit, les segments [AD] et [BC] ont le même milieu.
Théorème
Étant donné un point A et un vecteur u, il existe un unique point M tel que AM=u.
1.3 Somme et différence de vecteurs
Théorème — relation de Chasles
Pour tous points A, B et C : AB+BC=AC. On enchaîne le déplacement de A vers B, puis de B vers C.
Propriété — règle du parallélogramme
Si ABDC est un parallélogramme, alors AB+AC=AD. Réciproquement, cette égalité permet de construire la somme de deux vecteurs ayant la même origine A.
Définition — différence
La différence de deux vecteurs est définie par u−v=u+(−v).
Propriété — règles de l'addition
Pour tous vecteurs u, v et w : u+v=v+u,(u+v)+w=u+(v+w),u+0=u,u+(−u)=0.
Méthode — utiliser Chasles
Pour faire apparaître un point M, on écrit AB=AM+MB. On peut aussi réduire une chaîne : AB+BC+CD=AD.
1.4 Multiplication d'un vecteur par un réel
Définition
Soient k∈R et u=0. Le vecteur ku possède la même direction que u, le même sens si k>0 et le sens contraire si k<0, et la norme ∥ku∥=∣k∣∥u∥. De plus, 0u=0 et k0=0.
Propriété — règles de calcul
Pour tous vecteurs u,v et tous réels k,k′ : k(u+v)=ku+kv,(k+k′)u=ku+k′u,k(k′u)=(kk′)u,1u=u. Enfin, ku=0⟺k=0ouu=0.
Exemple.w=2(u+v)−4(21u−v)=2u+2v−2u+4v=6v.
Méthode — construire une combinaison linéaire
Pour construire au+bv, on construit d'abord au et bv, puis on additionne ces deux vecteurs avec la règle du parallélogramme ou la relation de Chasles.
1.5 Colinéarité, alignement et parallélisme
Définition
Deux vecteurs u et v sont colinéaires s'il existe un réel k tel que v=ku, lorsque u=0. Le vecteur nul est considéré comme colinéaire à tout vecteur.
Propriété
Soient A,B,C,D des points tels que A=B et C=D.
A,B,C sont alignés si et seulement si AB et AC sont colinéaires.
Les droites (AB) et (CD) sont parallèles si et seulement si AB et CD sont colinéaires.
Un point M appartient à (AB) si et seulement si AM et AB sont colinéaires.
Méthode — montrer un alignement ou un parallélisme
On exprime les deux vecteurs concernés en fonction des mêmes vecteurs de base, puis on cherche un réel k tel que l'un soit égal à k fois l'autre.
1.6 Milieu d'un segment et théorème des milieux
Propriété — caractérisations du milieu
Le point I est le milieu de [AB] si et seulement si l'une des relations équivalentes suivantes est vérifiée : AI=IB,AI=21AB,IA+IB=0. Pour tout point M du plan : MA+MB=2MI.
Théorème des milieux
Dans un triangle ABC, si I et J sont les milieux respectifs de [AB] et [AC], alors IJ=21BC. En particulier, (IJ)∥(BC) et IJ=21BC.
Propriété
Si K est le milieu de [BC], alors AB+AC=2AK.
1.7 Coordonnées de points et de vecteurs
Définition
Dans un repère (O,i,j), si A(xA,yA) et B(xB,yB), alors AB=(xB−xAyB−yA).
Propriété — égalité et opérations
Si u=(xy) et v=(x′y′), alors u=v⟺x=x′ety=y′, et u+v=(x+x′y+y′),ku=(kxky).
Méthode — déterminer les coordonnées d'un point
Pour un point M défini par une relation vectorielle : (1) on pose M(x,y) ; (2) on écrit les coordonnées de tous les vecteurs de la relation ; (3) on utilise l'égalité des abscisses et des ordonnées.
Exemple. Soient A(2,−1) et B(3,4). Cherchons M(x,y) tel que AM=3AB. Comme AB=(15) et AM=(x−2y+1), on a {x−2=3y+1=15⇒M(5,14).
1.8 Déterminant et colinéarité dans un repère
Définition
Pour u=(xy) et v=(x′y′), le déterminant de u et v est det(u,v)=xy′−yx′.
Théorème
Deux vecteurs u et v sont colinéaires si et seulement si det(u,v)=0.
Méthode — montrer que trois points sont alignés
On calcule les coordonnées de AB et AC, puis leur déterminant : A,B,C alignés ⟺det(AB,AC)=0.
Exemple. Pour A(−3,4), B(3,13) et C(1,10) : AB=(69), AC=(46). Alors det(AB,AC)=6×6−9×4=0 : les points A,B,C sont alignés.
1.9 Coordonnées du milieu, norme et distance
Propriété — coordonnées du milieu
Si I est le milieu de [AB], alors I(2xA+xB,2yA+yB).
Propriété — repère orthonormé
Dans un repère orthonormé, si u=(xy), alors ∥u∥=x2+y2. Pour A(xA,yA) et B(xB,yB) : AB=(xB−xA)2+(yB−yA)2.
Exemple. Pour A(1,−2) et B(5,1), le milieu de [AB] est I(3,−21) et AB=(5−1)2+(1+2)2=16+9=5.
L'essentiel du chapitre
AB+BC=AC : relation de Chasles.
∥ku∥=∣k∣∥u∥ ; le signe de k détermine le sens.
Colinéarité : v=ku, d'où alignement ou parallélisme.
Milieu : IA+IB=0 et MA+MB=2MI.
AB(xB−xA,yB−yA).
det(u,v)=0 caractérise la colinéarité.
Dans un repère orthonormé, AB=(xB−xA)2+(yB−yA)2.
2 · Exercices résolus
Chasles · milieu
Exercice 1
ABC est un triangle et I le milieu de [BC]. Montrer que AB+AC=2AI.
Voir la correction
Par la relation de Chasles : AB=AI+IB et AC=AI+IC. En additionnant, AB+AC=2AI+IB+IC.
Comme I est le milieu de [BC], IB+IC=0. Donc AB+AC=2AI. ■
Alignement
Exercice 2
Soient A(−2,1), B(4,5) et C(7,7). Montrer que ces trois points sont alignés et préciser la position de B sur [AC].
Voir la correction
AB=(64) et AC=(96). On remarque que AB=32AC.
Les deux vecteurs sont colinéaires, donc A,B,C sont alignés. Comme 0<32<1, le point B appartient au segment [AC]. ■
Coordonnées d'un point
Exercice 3
Dans un repère, on considère A(2,−1) et B(3,4). Déterminer le point M tel que AM=3AB, puis vérifier que A,B,M sont alignés.
Voir la correction
AB=(15)⇒3AB=(315). Si M(x,y), alors AM=(x−2y+1).
L'égalité AM=3AB donne x−2=3 et y+1=15, soit M(5,14). De plus, AM est un multiple de AB ; les points A,B,M sont donc alignés. ■
Milieu · distance
Exercice 4
Dans un repère orthonormé, soient A(−1,2) et B(5,−2). Déterminer les coordonnées du milieu I de [AB] et calculer la distance AB.
Voir la correction
Le milieu I a pour coordonnées I(2−1+5,22−2)=(2,0).
La distance est AB=(5+1)2+(−2−2)2=36+16=52=213. ■