Corrigé détaillé de l'examen national de mathématiques — 2ᵉ Bac Sciences Mathématiques (A) et (B), session normale 2023. L'épreuve (durée 4 h, coefficient 9) comporte cinq exercices indépendants : un long exercice d'analyse (encadrement de ln(1+x), étude de f(x)=g(x)e−x avec suite récurrente), un exercice sur les sommes de Riemann (longueur de la courbe de l'exponentielle), un exercice sur les nombres complexes (forme exponentielle, suites couplées, collinéarité et triangle rectangle), un exercice d'arithmétique (petit théorème de Fermat, binôme de Newton, résidu quadratique) et un exercice sur les structures algébriques (anneau de matrices, sous-espace vectoriel, corps commutatif). Chaque question est reprise puis résolue pas à pas. Le sujet officiel est téléchargeable en haut de page.
Exercice 1 · Analyse (7,75 points)
Partie I
Énoncé — Partie I
1) a) Montrer que ∀t∈[0,+∞[,(2+t)24≤1+t1≤21(1+(1+t)21).
b) En déduire que ∀x∈[0,+∞[,2+x2x≤ln(1+x)≤21(1+xx2+2x).
2) Soit g la fonction définie sur ]0,+∞[ par g(x)=xln(1+x). Montrer que x→0x>0limxg(x)−1=−21.
Voir la solution — Partie I
1) a) Encadrement de 1+t1
Pour tout t≥0, on compare les trois expressions.
Inégalité de gauche :(2+t)24≤1+t1 équivaut à 4(1+t)≤(2+t)2=4+4t+t2, soit 4+4t≤4+4t+t2, c'est-à-dire t2≥0. C'est vrai pour tout t≥0. ✓
Inégalité de droite :1+t1≤21(1+(1+t)21). Posons u=1+t≥1. On doit montrer u1≤21(1+u21)=2u2u2+1, soit 2u≤u2+1, c'est-à-dire (u−1)2≥0. C'est toujours vrai. ✓ ∎
1) b) Encadrement de ln(1+x)
On intègre les trois membres de l'encadrement de la question 1)a) entre 0 et x (avec x≥0). Comme les fonctions sont continues et l'intégrale conserve l'ordre :
∫0x(2+t)24dt≤∫0x1+t1dt≤∫0x21(1+(1+t)21)dt.
Terme central :∫0x1+tdt=ln(1+x).
Terme de gauche :∫0x(2+t)24dt=[−2+t4]0x=−2+x4+2=2+x2x.
Terme de droite :∫0x21(1+(1+t)21)dt=21[t−1+t1]0x=21(x−1+x1+1)=21⋅1+xx2+2x.
D'où 2+x2x≤ln(1+x)≤2(1+x)x2+2x pour tout x≥0. ∎
2) Limite de xg(x)−1 en 0+
On a g(x)=xln(1+x) pour x>0. On divise l'encadrement de 1)b) par x>0 :
2+x2≤xln(1+x)≤2(1+x)x+2,
c'est-à-dire 2+x2≤g(x)≤2(1+x)x+2. On soustrait 1 :
2+x2−1≤g(x)−1≤2(1+x)x+2−1,
soit 2+x−x≤g(x)−1≤2(1+x)−x. On divise par x>0 :
2+x−1≤xg(x)−1≤2(1+x)−1.
Quand x→0+, les deux bornes tendent vers −21. Par le théorème des gendarmes :
x→0x>0limxg(x)−1=−21.∎
Partie II
Énoncé — Partie II
Soit f la fonction définie sur [0,+∞[ par f(0)=1 et ∀x∈]0,+∞[,f(x)=g(x)e−x. Soit (C) sa courbe dans un repère orthonormé (O,i,j).
1) Calculer x→+∞limf(x) et interpréter graphiquement.
2) a) Montrer que f est continue à droite en 0. b) Vérifier que ∀x∈]0,+∞[,xf(x)−1=(xe−x−1)g(x)+(xg(x)−1). c) En déduire que f est dérivable à droite en 0 et déterminer fd′(0).
3) Montrer que f est dérivable sur ]0,+∞[ et que
∀x∈]0,+∞[,f′(x)=x2(1+x)x−(1+x)2ln(1+x)e−x.
4) a) Montrer que ∀x∈]0,+∞[,−23<x2(1+x)x−(1+x)2ln(1+x)<0. b) En déduire que ∀x∈]0,+∞[,−23<f′(x)<0.
5) a) Dresser le tableau de variations de f. b) Tracer la courbe (C) en faisant apparaître le demi-tangent à droite au point d'abscisse 0 (on prend ∣i∣=2cm).
Voir la solution — Partie II
1) Limite en +∞
Pour x>0 : f(x)=xln(1+x)e−x. Or ln(1+x)≤x+1 (par concavité du logarithme), donc
0<f(x)≤xx+1e−x=(1+x1)e−xx→+∞0.
Par le théorème des gendarmes, x→+∞limf(x)=0.
Interprétation : la droite y=0 (l'axe des abscisses) est asymptote horizontale à (C) en +∞. ∎
2) a) Continuité à droite en 0
x→0+limf(x)=x→0+limg(x)e−x=1×e0=1=f(0) (car g(x)→1 d'après I-1)b) par les gendarmes). Donc f est continue à droite en 0. ∎
2) b) Identité du taux d'accroissement
Pour x>0 :
xf(x)−1=xg(x)e−x−1=xg(x)e−x−g(x)+g(x)−1=g(x)⋅xe−x−1+xg(x)−1.
C'est l'identité demandée. ∎
2) c) Dérivabilité à droite en 0
Quand x→0+ :
xe−x−1→−1(taux de e−x en 0),g(x)→1,xg(x)−1→−21(partie I-2).
Donc x−0f(x)−f(0)→1×(−1)+(−21)=−23. Ainsi f est dérivable à droite en 0 et fd′(0)=−23. ∎
3) f′ sur ]0,+∞[
Pour x>0, f(x)=xln(1+x)e−x. On dérive le produit xln(1+x)⋅e−x :
(xln(1+x))′=x21+xx−ln(1+x)=x2(1+x)x−(1+x)ln(1+x).
Par la règle du produit :
f′(x)=x2(1+x)x−(1+x)ln(1+x)e−x+xln(1+x)⋅(−e−x).
On factorise x2(1+x)e−x :
f′(x)=x2(1+x)e−x[x−(1+x)ln(1+x)−x(1+x)ln(1+x)]=x2(1+x)e−x[x−(1+x)2ln(1+x)].
D'où f′(x)=x2(1+x)x−(1+x)2ln(1+x)e−x. ∎
4) a) Encadrement du facteur rationnel
Posons h(x)=x2(1+x)x−(1+x)2ln(1+x) pour x>0.
Borne droite h(x)<0 : pour x>0, ln(1+x)>0 et (1+x)2>1, donc (1+x)2ln(1+x)>ln(1+x). Or l'encadrement de I-1)b) donne ln(1+x)≥2+x2x>0 pour x>0, donc (1+x)2ln(1+x)>x (car (1+x)2⋅2+x2x≥x se vérifie en développant). Ainsi le numérateur x−(1+x)2ln(1+x)<0, et h(x)<0.
Borne gauche h(x)>−23 : on utilise la borne droite de I-1)b), ln(1+x)≤2(1+x)x2+2x :
(1+x)2ln(1+x)≤(1+x)2⋅2(1+x)x2+2x=2(1+x)(x2+2x)=2x(1+x)(x+2).
Donc le numérateur vérifie :
x−(1+x)2ln(1+x)≥x−2x(1+x)(x+2)=x(1−2(1+x)(x+2))=x⋅22−x2−3x−2=2−x2(x+3).
Alors h(x)≥2x2(1+x)−x2(x+3)=2(1+x)−(x+3). Or 2(1+x)x+3=21+1+x1<23, donc h(x)>−23. ∎
4) b) Encadrement de f′(x)
Comme e−x>0 pour tout x, on a f′(x)=h(x)e−x avec −23<h(x)<0 et 0<e−x≤1. Donc
−23<h(x)e−x<0,soit−23<f′(x)<0.∎
5) a) Tableau de variations
D'après 4)b), f′(x)<0 pour tout x>0 et fd′(0)=−23<0. Donc f est strictement décroissante sur [0,+∞[.
Tableau de variationsxf′(x)f0−231−↘+∞0
5) b) Construction de (C)
Éléments de tracé : f(0)=1, demi-tangente à droite de pente −23 ; f strictement décroissante de 1 à 0 ; asymptote horizontale y=0 en +∞ ; f(x)>0 pour tout x≥0. La courbe part du point (0,1) et descend vers l'axe des abscisses sans le toucher.
Partie III
Énoncé — Partie III
1) Montrer que l'équation f(x)=3x admet une unique solution α dans ]0,+∞[.
2) Soient β∈R+ et (un) la suite définie par u0=β et un+1=31f(un) pour tout n∈N. a) Montrer que un≥0 pour tout n. b) Montrer que ∣un+1−α∣≤21∣un−α∣. c) Montrer par récurrence que ∣un−α∣≤2n1∣β−α∣. d) En déduire que (un) converge vers α.
Voir la solution — Partie III
1) Unicité de α
Posons φ(x)=f(x)−3x sur ]0,+∞[. On a φ′(x)=f′(x)−3<0−3<0 (car f′(x)<0 sur ]0,+∞[), donc φ est strictement décroissante.
De plus x→0+limφ(x)=f(0)−0=1>0 et x→+∞limφ(x)=0−∞=−∞<0. Par le théorème des valeurs intermédiaires (et la stricte décroissance), l'équation φ(x)=0, c'est-à-dire f(x)=3x, admet une unique solutionα∈]0,+∞[. ∎
2) a) un≥0
Par récurrence. u0=β≥0. Si un≥0, alors f(un)≥0 (car f≥0 sur [0,+∞[), donc un+1=31f(un)≥0. D'où un≥0 pour tout n. ∎
2) b) Contraction
Posons ψ(x)=31f(x). Alors ψ(α)=31f(α)=31⋅3α=α et ψ′(x)=31f′(x). D'après 4)b), −23<f′(x)<0, donc −21<ψ′(x)<0, soit ∣ψ′(x)∣<21 pour tout x>0.
Par le théorème des accroissements finis sur l'intervalle d'extrémités un et α, il existe c entre eux tel que
∣un+1−α∣=∣ψ(un)−ψ(α)∣=∣ψ′(c)∣∣un−α∣≤21∣un−α∣.∎
2) c) Par récurrence
Initialisation :∣u0−α∣=∣β−α∣=201∣β−α∣. ✓
Hérédité : supposons ∣un−α∣≤2n1∣β−α∣. D'après 2)b) :
∣un+1−α∣≤21∣un−α∣≤21⋅2n1∣β−α∣=2n+11∣β−α∣.
La propriété est héréditaire. ∎
2) d) Convergence
0≤∣un−α∣≤2n∣β−α∣n→+∞0. Par le théorème des gendarmes, ∣un−α∣→0, c'est-à-dire un→α. ∎
Exercice 2 · Sommes de Riemann et longueur de courbe (2,25 points)
Énoncé
On considère la fonction x↦ex et (Γ) sa courbe dans un repère orthonormé (O,i,j). Pour tout n∈N∗ et tout k∈{0,1,…,n}, on note Mk le point de (Γ) de coordonnées (nk,ek/n).
1) a) Montrer que ∀k∈{0,…,n−1},∃ck∈]nk,nk+1[:e(k+1)/n−ek/n=n1eck. b) En déduire que MkMk+1=n11+e2ck. c) En déduire que n11+e2k/n≤MkMk+1≤n11+e2(k+1)/n.
2) Soit Sn=k=0∑n−1MkMk+1. a) Vérifier que n1k=0∑n−11+e2k/n≤Sn≤n1k=1∑n1+e2k/n. b) En déduire que n→+∞limSn=∫011+e2xdx.
Voir la solution
1) a) Théorème des accroissements finis
La fonction t↦et est continue sur [nk,nk+1] et dérivable sur l'intervalle ouvert. Par le TAF, il existe ck∈]nk,nk+1[ tel que
e(k+1)/n−ek/n=eck(nk+1−nk)=n1eck.∎
1) b) Distance MkMk+1
Mk(nk,ek/n) et Mk+1(nk+1,e(k+1)/n), donc
MkMk+1=(n1)2+(e(k+1)/n−ek/n)2=n21+n2e2ck=n11+e2ck.∎
1) c) Encadrement de MkMk+1
Comme nk<ck<nk+1 et t↦e2t est croissante :
e2k/n<e2ck<e2(k+1)/n,
donc 1+e2k/n<1+e2ck<1+e2(k+1)/n, et en divisant par n :
n11+e2k/n≤MkMk+1≤n11+e2(k+1)/n.∎
2) a) Encadrement de Sn
On somme l'encadrement de 1)c) pour k=0,1,…,n−1 :
n1k=0∑n−11+e2k/n≤k=0∑n−1MkMk+1≤n1k=0∑n−11+e2(k+1)/n.
La somme de droite se réindexe en n1k=1∑n1+e2k/n. D'où l'encadrement. ∎
2) b) Limite de Sn
Posons φ(x)=1+e2x, continue sur [0,1]. Les deux sommes encadrant Sn sont des sommes de Riemann de φ sur [0,1] :
n1k=0∑n−1φ(nk)≤Sn≤n1k=1∑nφ(nk).
Chacune converge vers ∫01φ(x)dx=∫011+e2xdx. Par le théorème des gendarmes :
n→+∞limSn=∫011+e2xdx.∎
InterprétationSn est la longueur de la ligne polygonale M0M1⋯Mn, qui approche l'arc de la courbe (Γ) entre les points d'abscisses 0 et 1. La limite est la longueur de l'arc de la courbe y=ex entre x=0 et x=1.
Exercice 3 · Nombres complexes (3,5 points)
Énoncé
On considère le nombre complexe u=1+(2−3)i.
1) a) Écrire sous forme exponentielle les nombres complexes 1−i et 1+3i. b) Montrer que 22(1−i)(1+3i)=eiπ/12. c) En déduire que tan12π=2−3. d) Montrer que u=(6−2)eiπ/12.
2) On considère les suites (xn) et (yn) définies par x0=1, y0=0 et
∀n∈N,{xn+1=xn−(2−3)ynyn+1=(2−3)xn+yna) Montrer par récurrence que xn+iyn=un pour tout n. b) En déduire que xn=(cos12π)ncos(12nπ) et yn=(cos12π)nsin(12nπ).
3) Le plan complexe est rapporté à un repère orthonormé direct (O,e1,e2). On note An le point d'affixe un. a) Déterminer les entiers n≥0 pour lesquels O, A0 et An sont alignés. b) Montrer que pour tout entier n≥1, le triangle OAnAn+1 est rectangle en An.
Voir la solution
1) a) Formes exponentielles
1−i : ∣1−i∣=2, arg(1−i)=−4π. Donc 1−i=2e−iπ/4.
1+3i : ∣1+3i∣=1+3=2, arg=3π. Donc 1+3i=2eiπ/3. ∎
Calculons le produit directement : (1−i)(1+3i)=1+3i−i−3i2=(1+3)+(3−1)i. Donc
eiπ/12=22(1+3)+(3−1)i.
La partie réelle est cos12π=221+3 et la partie imaginaire est sin12π=223−1. Ainsi
tan12π=1+33−1=(3)2−1(3−1)2=24−23=2−3.∎
1) d) Forme exponentielle de u
u=1+(2−3)i. Le module :
∣u∣=1+(2−3)2=1+4−43+3=8−43.
Or 8−43=2(4−23)=2(3−1)2, donc ∣u∣=(3−1)2=6−2.
L'argument : ∣u∣u=6−21+(2−3)i. On vérifie que 6−21=46+2=221+3=cos12π et 6−22−3=sin12π. Donc arg(u)=12π et
u=(6−2)eiπ/12.∎
2) a) xn+iyn=un par récurrence
Initialisation :x0+iy0=1+0⋅i=1=u0. ✓
Hérédité : supposons xn+iyn=un. Alors
xn+1+iyn+1=(xn−(2−3)yn)+i((2−3)xn+yn)=xn+iyn+(2−3)i(xn+iyn).
Car (2−3)i(xn+iyn)=(2−3)ixn−(2−3)yn. Donc
xn+1+iyn+1=(xn+iyn)(1+(2−3)i)=un⋅u=un+1.∎
2) b) Expressions de xn et yn
D'après 1)d), u=(6−2)eiπ/12, donc
un=(6−2)neinπ/12=(6−2)n(cos12nπ+isin12nπ).
Or 6−2=2(3−1) et cos12π=221+3, donc 6−2=cos(π/12)1 (vérifions : cos(π/12)1=1+322=222(3−1)=2(3−1)=6−2 ✓). Ainsi
xn=(cos12π)ncos(12nπ)etyn=(cos12π)nsin(12nπ).∎
3) a) Collinéarité de O, A0, An
A0 a pour affixe u0=1 et An a pour affixe un. Les points O, A0, An sont alignés si et seulement si 1un=un est réel, c'est-à-dire sin12nπ=0, soit 12nπ=kπ, c'est-à-dire n=12k avec k∈N.
Les entiers n≥0 cherchés sont n∈{0,12,24,…}=12N. ∎
3) b) Triangle OAnAn+1 rectangle en An
On calcule 0−unun+1−un=−unun(u−1)=−(u−1)=1−u=−(2−3)i. Ce quotient est imaginaire pur (non nul), donc les vecteurs AnAn+1 et AnO sont orthogonaux : le triangle OAnAn+1 est rectangle en An. ∎
Exercice 4 · Arithmétique (3 points)
Énoncé
Soit p un nombre premier impair. On considère l'équation (E):x2≡2[p].
1) a) Montrer que 2p−1≡1[p]. b) En déduire que 2(p−1)/2≡1[p] ou 2(p−1)/2≡−1[p].
2) Soit x une solution de (E). a) Montrer que p et x sont premiers entre eux. b) En déduire que 2(p−1)/2≡1[p].
3) Montrer que pour tout k∈{1,…,p−1}, p divise (kp).
4) a) En utilisant la formule de Moivre, montrer que
(1+i)p=2p/2cos(4pπ)+i2p/2sin(4pπ).
b) (On admet que (1+i)p=k=0∑(p−1)/2(−1)k(2kp)+ik=0∑(p−1)/2(−1)k(2k+1p).) Montrer que 2p/2cos(4pπ)≡1[p] et que 2p/2cos(4pπ)∈Z.
5) En déduire que si p≡5[8], alors (E) n'admet pas de solution dans Z.
Voir la solution
1) a) Petit théorème de Fermat
p est premier et gcd(2,p)=1 (car p est impair). Par le petit théorème de Fermat, 2p−1≡1[p]. ∎
1) b) Racine carrée de 1 modulo p
Posons a=2(p−1)/2. Alors a2=2p−1≡1[p], donc p∣a2−1=(a−1)(a+1). Comme p est premier, p∣(a−1) ou p∣(a+1), c'est-à-dire a≡1[p] ou a≡−1[p]. ∎
2) a) gcd(p,x)=1
Si x2≡2[p], supposons p∣x. Alors x2≡0[p], donc 2≡0[p], soit p∣2. Or p est premier impair, donc p≥3 : contradiction. Ainsi p∤x, et comme p est premier, gcd(p,x)=1. ∎
2) b) 2(p−1)/2≡1[p]
Comme gcd(p,x)=1, Fermat donne xp−1≡1[p]. Or x2≡2[p], donc
xp−1=(x2)(p−1)/2≡2(p−1)/2[p].
Ainsi 2(p−1)/2≡1[p]. ∎
3) p∣(kp) pour k∈{1,…,p−1}
On utilise l'identité k(kp)=p(k−1p−1). Donc p∣k(kp). Or 1≤k≤p−1 et p premier impliquent gcd(p,k)=1. Par le lemme de Gauss, p∣(kp). ∎
4) a) Formule de Moivre
1+i=2eiπ/4, donc par Moivre :
(1+i)p=(2)peipπ/4=2p/2(cos4pπ+isin4pπ).∎
4) b) Congruence et intégrité
Par le binôme de Newton, (1+i)p=j=0∑p(jp)ij. En séparant les puissances paires et impaires de i, on obtient l'expression admise. D'après la question 3, pour 1≤j≤p−1, p∣(jp). Les termes de la somme réelle pour k≥1 sont donc divisibles par p. Le terme k=0 vaut (0p)=1. Donc la partie réelle k=0∑(p−1)/2(−1)k(2kp)≡1[p].
Or cette somme est un entier (combinaison de coefficients binomiaux entiers) et elle égale 2p/2cos(4pπ). Donc 2p/2cos(4pπ)∈Z et 2p/2cos(4pπ)≡1[p]. ∎
5) Cas p≡5[8]
Si p≡5[8], alors 4pπ=4(8q+5)π=2qπ+45π, donc cos(4pπ)=cos(45π)=−22. Alors
2p/2cos4pπ=−22⋅2p/2=−2(p−1)/2.
D'après 4)b), cet entier est ≡1[p], donc 2(p−1)/2≡−1[p]. D'après 2)b), si (E) avait une solution, on aurait 2(p−1)/2≡1[p], ce qui contredit ≡−1[p] (car p≥5 donc 1≡−1[p]).
Conclusion
Si p≡5[8], l'équation (E):x2≡2[p]n'admet pas de solution dans Z. ∎
Exercice 5 · Structures algébriques (3,5 points)
Énoncé
On rappelle que (M2(R),+,×) est un anneau non commutatif d'élément neutre O=(0000) et d'unité I=(1001), et que (M2(R),+,⋅) est un espace vectoriel réel.
On considère l'ensemble
E={M(x,y)=(x+y2yyx−y);(x,y)∈R2}.
Partie I
Énoncé — Partie I
1) Montrer que E est un sous-groupe de (M2(R),+). 2) Montrer que E est un sous-espace vectoriel de (M2(R),+,⋅). 3) a) Vérifier que ∀(x,y,x′,y′)∈R4,M(x,y)×M(x′,y′)=M(xx′+3yy′,xy′+yx′). b) En déduire que (E,+,×) est un anneau commutatif et unitaire. 4) a) Vérifier que M(3,1)×M(−3,1)=O. b) En déduire que (E,+,×) n'est pas un corps.
Voir la solution — Partie I
1) Sous-groupe
O=M(0,0)∈E, donc E=∅. Pour M(x,y),M(x′,y′)∈E :
M(x,y)−M(x′,y′)=((x−x′)+(y−y′)2(y−y′)y−y′(x−x′)−(y−y′))=M(x−x′,y−y′)∈E.
Par le critère de sous-groupe, (E,+) est un sous-groupe de (M2(R),+). ∎
2) Sous-espace vectoriel
E est un sous-groupe de (M2(R),+) et pour tout λ∈R et M(x,y)∈E :
λ⋅M(x,y)=(λx+λy2λyλyλx−λy)=M(λx,λy)∈E.
Donc E est stable par multiplication scalaire. C'est un sous-espace vectoriel. ∎
3) a) Produit dans E
M(x,y)×M(x′,y′)=(x+y2yyx−y)(x′+y′2y′y′x′−y′).
On calcule chaque coefficient :
3) b) Anneau commutatif unitaire
(E,+) est un groupe abélien. Le produit est interne (3)a)), commutatif (car xy′+yx′=x′y+y′x et xx′+3yy′=x′x+3y′y). L'unité est M(1,0)=I∈E. L'associativité et la distributivité se déduisent de celles de M2(R) (car E est stable). Donc (E,+,×) est un anneau commutatif unitaire. ∎
M(3,1)=O et M(−3,1)=O, mais leur produit vaut O : ce sont des diviseurs de zéro. Un corps n'a pas de diviseurs de zéro, donc (E,+,×)n'est pas un corps. ∎
Partie II
Énoncé — Partie II
Soient F={x+y3;(x,y)∈R2} et G={M(x,y);(x,y)∈R2}=E.
1) Montrer que x+y3=0 et (x=0 et y=0) sont équivalents. 2) Montrer que F∖{0} est un sous-groupe de (R∗,×). 3) Soit φ l'application définie de F∖{0} vers E par φ(x+y3)=M(x,y). a) Vérifier que φ(F∖{0})=G∖{O}. b) Montrer que φ est un morphisme de (F∖{0},×) vers (E,×). c) En déduire que (G∖{O},×) est un groupe commutatif. 4) Montrer que (G,+,×) est un corps commutatif.
Voir la solution — Partie II
1) Équivalence
Si x=0 et y=0, alors x+y3=0. Réciproquement, si x+y3=0 avec (x,y)∈Q2 (ou plus généralement R2), supposons y=0. Alors 3=−x/y∈Q, ce qui est absurde car 3 est irrationnel. Donc y=0, puis x=0. ∎
2) Sous-groupe
1=1+0⋅3∈F∖{0}. Pour a=x+y3 et b=x′+y′3 dans F∖{0} :
a⋅b−1=x′+y′3x+y3=x′2−3y′2(x+y3)(x′−y′3)=x′2−3y′2xx′−3yy′+x′2−3y′2yx′−xy′3.
Le dénominateur x′2−3y′2=0 (sinon b=0 par la question 1). Donc ab−1∈F∖{0}. Par le critère de sous-groupe, F∖{0} est un sous-groupe de (R∗,×). ∎
3) a) Image de φ
Pour a=x+y3∈F∖{0}, φ(a)=M(x,y). D'après la question 1, a=0 implique (x,y)=(0,0), donc M(x,y)=O. Ainsi φ(F∖{0})⊆G∖{O}. Réciproquement, tout M(x,y)=O est l'image de x+y3=0. Donc φ(F∖{0})=G∖{O}. ∎
3) b) Morphisme
Soient a=x+y3 et b=x′+y′3 dans F∖{0}. Alors
ab=(x+y3)(x′+y′3)=xx′+3yy′+(xy′+yx′)3.
Donc φ(ab)=M(xx′+3yy′,xy′+yx′). D'après la question I-3)a), c'est exactement M(x,y)×M(x′,y′)=φ(a)×φ(b). Ainsi φ est un morphisme de groupes. ∎
3) c) Groupe commutatif
φ est un morphisme surjectif de (F∖{0},×) vers (G∖{O},×). Or (F∖{0},×) est un groupe commutatif (sous-groupe de (R∗,×)). L'image d'un groupe (commutatif) par un morphisme surjectif est un groupe (commutatif). Donc (G∖{O},×) est un groupe commutatif. ∎
4) Corps commutatif
(G,+,×) est un anneau commutatif unitaire (Partie I). De plus, tout élément non nul de G admet un inverse pour × (car (G∖{O},×) est un groupe). Donc (G,+,×) est un corps commutatif. ∎
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